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 [Concours] Jugement Post-Mortem (le passé de Karl) [terminé]

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Karl Tirecorde
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MessageSujet: [Concours] Jugement Post-Mortem (le passé de Karl) [terminé]   Dim 15 Mar - 21:33

Première partie : L'Auberge du Croisse Bolet



« Eh bien, ça n’a pas l’air d’aller. »

« Pas vraiment.., je ne sais plus quoi penser, ni comment oublier. »

« J’ai peut-être une idée pour vous aider, qu’est-ce que vous boirez ? »

« Boaf, servez moi une bière. »

« Très bon choix, »

« Ho et puis non, donnez-moi quelque chose de fort. »

« Alors j’ai du Gin, de la Suze, de la Vodka, quelques Liqueurs divers, du Whisky, de la Gnôle, du Génépi… »

« Non non non,  plus fort, plus fort. »

« J’ai bien de l’absinthe… »

« Encore plus fort ! »

« Mais là on passe à l’alcool médical et… »

« Parfait ! »

Le regard inquiet et la mine surpris, l’aubergiste me servit un shoot d’alcool à 90 degré et poussa le verre devant mes pattes croisés, il rangea ensuite la fiole transparente dans le placard à pharmacie et entama la vaisselle qui s’accumulait dans l’évier en granit. L’auberge du Croisse Bolet se situait au centre du hameau des Perthuis, un bout de patelin accroché sur les contreforts des Montagnes de Cristal. La salle avait été aménagée avec les ressources à disposition, le sol était recouvert de pierres grossièrement taillées et assemblées comme les pièces d’un puzzle, les murs étaient en bois d’épicéa tout comme le plafond dont les poutres apparentes donnaient un certain charme à la pièce. Il n’y avait pas de cheminée mais plutôt un poêle cylindrique placé au centre de la pièce avec une caisse de bois de chauffage. Le mobilier sobre mais charmant se composait de quelques tables rondes qui se partageaient la salle, du comptoir en bois ouvragé où je m’étais affalé, de plusieurs lampes à huile qui éclairaient l’endroit de leurs lueurs grasse. Il flottait une odeur de feu cheminée mélangé à celle du bois, brûler du résineux dégageait un parfum doux et chaud donnant à l’auberge une atmosphère de bien-être une fois à l’intérieur.

               Je laissai mon verre sur le comptoir pour me rapprocher du poêle, j’avais besoin de réchauffer mon corps autant que mon âme, j’ouvris la porte de l’âtre pour y déposer une belle bûche, puis je tournai la clef du tirage afin de raviver les braises encore chaudes et enflammer le bois. Les flammes crépitaient dans le foyer et un peu de fumée sortit, je refermai le tirage avant de m’assoir sur la pierre tiède, fixant le cylindre de métal de mes yeux, je ne pensais à rien, je voulais seulement oublier.

« Eh, il ne faut pas vous mettre dans un tel état, vous pourriez être encore dehors sous ce temps abominable.»

« La météo n’a rien à voir avec tout cela ! » Lui répondis-je sèchement.

« Il y a bien une raison à votre mauvaise mine, on ne tombe pas trente-six pieds sous terre comme ça. » S’indigna l’aubergiste.

Il sortit de derrière son comptoir pour me rejoindre près du poêle, il s’assit à côté de moi et regarda un moment la porte avant de tourner sa tête en direction de la mienne.

« Vous savez, je ne suis pas à une chambre près, je doute que vous ayez un logis par ici et ce serait de la folie de descendre dans la vallée sous la neige. Restez donc ici, je vous offre le gîte et le couvert. »

Je regardai le mâle aux traits rustres mais bienveillants, il avait l’air sincère.

« Suivez-moi, j’ai préparé des matafans pour ce soir vous allez voir, c’est un vrai régal. »

Je suivis l’aubergiste jusqu’au comptoir où il apporta un plat remplis de beignets. J’en portais un à ma bouche, la texture était épaisse et rebondie mais une fois mâché, elle libéra un doux goût sucré et amère d’agrumes agrémenté quelques morceaux d’écorce.

« C’est vraiment bon, mais pourquoi des matafans ? »

« En fait, matafan veut dire "Mate la faim", c’est une sorte de beignet fait avec de la farine, du lait et des œufs, après on peut ajouter ce que l’on souhaite, certains appellent ça des crêpes, d’autres des pancakes, chez nous c’est des matafans. »

« Je vois, je peux en reprendre un deuxième ? »

« Mais servez-vous donc, ils sont là pour ça. »

Je repris un de ces délicieux beignets, mes maux m’avait fait oublier les cris de mon estomac et l’aubergiste avait vu juste, j’étais pris d’une grande faim. Je mangeais de bon appétit sous le regard amusé de l’aubergiste, on aurait dit un gamin se régalant du goûter que son père lui aurait préparé.

« Et… Il vous est arrivé quoi au juste ? »

Je m’arrêtai de mâcher, en quoi cela le concernait ? Pensait-il que ce soit une simple histoire de cœur, la perte d’un proche, ou je ne sais quoi ; j’avalai ma bouché.

« Ce qui s’est passé ne regarde que moi. »

L’aubergiste un peu déçu ne lâcha pas l’affaire, il se rapprocha comme pour faire une confidence.

« Voyez-vous, lorsque j’étais encore jeune, je rêvais de parcourir le monde, de marcher vers l’inconnu, de vivre au jour le jour. J’aurai voulu rencontrer des dragons, visiter Concordia, voir l’océan ; mais un mal logé dans mon corps rompit mes désirs d’aventures. Ne sachant comment étancher ma soif de voyage, l’idée d’ouvrir une auberge me vint ; si je ne pouvais aller à la rencontre des autres, ce sont eux qui viendraient me conter leurs récits. Depuis plus de trente ans, je me nourris des histoires de ceux qui viennent se reposer chez moi, donc si vous n’y voyez pas d’inconvénients, j’aimerais écouter la vôtre. »

Il insistait, le mâle aux traits épais, aux yeux surplombés par une épaisse arcade, à la crinière mi- longue brune délavée, et à la barbe fournie ; était au fond de lui un enfant quémandant aux gens une histoire. Ses pupilles étaient pleines d’étincelles, un sourire pouvant faire craquer les brutes les plus épaisses, il semblait faire quarante ans de moins.

« Bon, c’est d’accord. Mais seulement à quelques conditions. Ne répétez à personne ce dont je vais vous parler, ne mentionnez ni de nom, ni de lieu. Mais surtout, n’allez jamais, Ô grand jamais à l’endroit indiqué. Ce que j’ai vécu là-bas, je ne le souhaite à personne. »

« Vous n’êtes pas le premier à réclamer mon silence. Ne vous en faites pas, je sais tenir ma parole. »

« Merci, tout a commencé comme ceci… »

***************************************



               La nuit était bien avancée sur la ville d’Ottapaw, les flux de bijoux et de pierres précieuses internes à la cité attiraient autant les plus grands joaillers que les pires voleurs. Une fois la lune levée, les rues devenaient le théâtre de nombreux méfaits, bandits et marauds se plaisaient à entrer par effraction dans les échoppes de la ville ; des bandes organisées avaient petit à petit mis en place une économie parallèle, un marché souterrain, où toute sorte de marchandises non-déclarées et objets volés circulaient en toute impunité. Il y avait tout d’abord les opérateurs, ils étaient dirigés par un comité représentatif des intérêts illégaux collectifs, leur rôle était de mettre en place toute la logistique de transport : tel chariot devait partir à telle heure de tel endroit avec à son bord telle marchandise cachée dans tel tonneau. Les exportations marchaient d’un bon train et aidés par quelques taupes dans la garde municipale, la Confrérie de la Niche ne connaissait que peu de pertes dues aux contrôles et aux découvertes de caches clandestines. Venait-ensuite les receleurs ; ils devaient mettre en place des réseaux de vente et notamment dénicher de potentielles clients pour de nouveaux produits comme le marché des drogues minérales. Arrivaient après les transporteurs ; rapides et fins connaisseurs de la cité, ils transportaient les marchandises entre les divers caches et faisaient office de messagers internes à la confrérie ; Ils pouvaient aussi être amené à jouer le rôle de convoyeurs de grande distance, traversant les régions et les nations d’Equestria à la tête d’un chariot ou comme chef de convoi ferroviaire. Enfin, les bandes criminelle et compagnies de voleurs s’occupaient à la récolte de biens chez les particuliers ou les commerçants, ils géraient la production des produits manufacturés ou cultivés. Mais les spécialisations étaient divers une part importante de ces fonctionnaires des marchés noirs étaient affilié à une bande, cela avait pour avantage de limité le nombre de messager de profession pouvant par leur trop grand effectif alerter les autorités. Le nombre important de mines aux alentours d’Ottapaw permit la création de nombreuses caches et de fermes souterraines. Les principaux produits cultivés étaient : Champignons hallucinogènes, mousses anesthésiantes, fongus aphrodisiaques, poudre de granit, Fungi-Ascomycota ; la confrérie avait aussi aménagé des serres pour la culture de la sauge des devins.
Cette organisation gérait par le biais de ses membres et de ses comptoirs la production et l’exportation de nombreuses pierres précieuses à des prix défiant la concurrence légale, mais aussi le trafic des denrées illicites que sont : le salpêtre des profondeurs, la coke des mines (mélange de Lapis-lazuli, de résidus ferrugineux, de quartz et de pierres de sang), la bile de taupe vendue en pastille, et la liqueur d’herbe à chat.

                La lumière est la première chose qui trahissait un cambriolage ; minuit était déjà passé et l’astre sélénite caché par temps nuageux, il ne restait plus que les réverbères et les lanternes pour voir où l’on posait les pattes. Le pire rôle dans un casse : c’était celui du guetteur ; caché dans un recoin sombre quand il y en un, il devait se faire discret ; Le reste du groupe comptait sur lui au cas où la maréchaussée pointerait le bout de son museau. Il devait être capable de prévenir les autres et d’assurer leur fuite tout en occupant les gardes, il pouvait aussi bien utiliser la force que la ruse en les faisant tourner en rond et en les neutralisant un à un ; pendant ce temps, les voleurs allaient se mettre à l’abri. C’était une fonction difficile, pas très bien payée, et si le coup échouait on prenait autant que les autres ; fort heureusement, je n’occupais pas un tel rôle. Durant ma période de service à la Niche, je m’occupais d’une ligne de transport entre la cache de liqueur d’herbe à chat et le dépôt ferroviaire. Durant certaine nuit, je traversais la ville en tirant ma charrette sous le sceau du service des Postes. Je transportais effectivement du courrier, mais à l’intérieur des sacs étaient cachés des bouteilles dites Mathusalems remplies d’alcool. Cette combine nécessitait quelques aménagements : d’abord, un employé des Postes lié à la confrérie mettait de côté les sacs concerné pour le transfert. Un premier convoyeur les amenait au point de chargement, puis les sacs chargés m’étaient confiés pour le reste du trajet.



                Les roues de bois cerclées de fer laissaient derrière elles un sillon dans la boue, le mélange pluie/neige du début de la soirée n’avait pas arrangé l’état des rues non-pavé. Je traversai le faubourg des tanneurs et des abattoirs, un endroit nauséabond mais un chemin plus court et plus sûr car surveillé par la confrérie ; mon attelage longeait les enclos de porcs, les bêtes endormis ne remarquèrent à peine le passage de ma charrette. Je regagnais une artère pavée et je pris la direction de la cache située près d’une école, je garai mon véhicule en avançant à reculons dans un renfoncement du bâtiment, j’avais une heure d’avance, c’était le protocole habituel. Je quittai mon collier d’attelage pour m’équiper de ma veste et de ma casquette des Postes, j’allumai ensuite les deux lanternes frontales et dépliai l’emblème des services postaux ; je repassai mon collier et fixai les deux brancards, je n’avais plus qu’à attendre le chargement. Les minutes passèrent, soudain un chariot fit interruption dans la rue avoisinante, il s’arrêta un instant puis il reprit son chemin ; cinq minutes plus tard, une trappe s’ouvrit au premier étage et une rampe en sortit. Les sacs glissèrent dans ma charrette, rangés en ligne et une ombre me confia le numéro du convoi où je devais les livrer. Je sortis de l’ombre, tirant la marchandise à travers la nuit ; il fallait que j’atteigne la voie D, un train devait partir à l’aube en direction de l’Empire de Crystal. Les roues claquaient sur les pavés, mais sous ma couverture du service des Postes, le risque n’était pas très grand ; et puis je n’étais pas seul, des veilleurs surveillaient les points de passages et les patrouilles de gardes.

                J’arrivais à hauteur du chef de convoi, je quittai mon attelage pour remplir quelques papiers auprès de lui : déclaration de livraison, origine du service, etc… Mon boulot terminé, je flânais devant les wagons que l’on chargeait ; d’autres chariots arrivèrent après moi et ce fut le même spectacle de sacs, de caisses, de balles que les agents de service se passaient et rangeaient soigneusement. L’équipe de conduite s’affairait dans la cabine, le chauffeur entretenait le feu et le mécanicien descendit pour allumer la lanterne à l’avant de la locomotive. On ferma les portes, le chef de gare siffla, la Consolidation répondit, le convoi se mit en branle sous les jets de vapeur et les tours de bielles, et le train disparut à l’horizon. Je quittais la gare pour retourner en ville où les habitants s’éveillaient doucement.
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MessageSujet: Re: [Concours] Jugement Post-Mortem (le passé de Karl) [terminé]   Sam 21 Mar - 2:36

Partie n°2 : La Tante Radine



La taverne du ‘’Poltron Minet’’ cachait bien des surprises, le patron : Francis Tertien, en échange d’une modique somme, consentait à l’aménagement d’une salle de la confrérie dans son sous-sol. J’empruntai l’escalier de service dont l’accès était dissimulé par un panneau de bois amovible près de la porte des sanitaires, les marches disposées en colimaçon demandaient un peu de souplesse à la montée et de l’équilibre à la descente, l’escalier un poil raide en avait déjà vu plus d’un débarouler et finir en bas les quatre fers en l’air. La salle dite du « Terrier félidé » devait faire environ vingt-cinq mètre sur vingt et un, les murs en pierres apparentes s’étaient avec le temps couvert d’une fine couche de poussière grise, la lumière ambiante était plutôt chaude car les lampes à huile faisaient refléter leur lueur sur le plafond en bois. Nombreux pensaient à tort qu’une salle situé au sous-sol devait être froide et humide, mais le Terrier félidé était bien au contraire un endroit sec et chaud ; un poêle centrale chauffait constamment la pièce et le tuyau de cheminée s’emboitait parfaitement avec ceux de la partie légale de la taverne. Les seuls inconvénients étaient qu’en cas d’incendie l’évacuation risquait d’être très difficile, et que le renouvellement de l’air laissait à désirer ; l’interdiction de fumer avait bien été indiquée mais pour des hors-la-loi, cette règle n’était que dérisoire car au final, fumeurs et non-fumeur recevaient la même dose de tabac par le simple fait de respirer.

Arrivé dans la salle, je zigzaguai entre les tables pour retrouver une amie : Scully Jolie, c’était une adorable cristal pony à la robe émeraude et à la crinière soignée, elle était receleuse. Son esprit malin lui avait permis d’intégrer le groupe de Mackie : une des bandes les plus prolifique ; malgré son apparence extérieur, son esprit lui était assez sordide. Je l’avais rencontré par hasard alors que je titubais sous l’effet de la boisson, je l’avais confondu avec… une fille de joie ; elle me mit K-O après que j’eus fait quelques sous-entendus de mauvais goût, et elle me piqua ma bourse. Me réveillant avec la gueule de bois et des douleurs aux cervicales, je me mis à la recherche de cette ponette bourrine ; je la retrouvai au détour d’une ruelle et attendant le bon moment, je mis mon épée sous sa gorge. Dans cette situation critique, elle me demanda si je voulais me faire de l’argent facile ; intrigué par proposition j’écoutai jusqu’au bout ses explications. Je rangeai mon épée et elle me rendit ma bourse qu’au final elle avait peu utilisée et m’emmena vers ce qui fut mon premier transport de liqueur d’herbe à chat ; ma prestation fut convaincante et l’on m’engagea pour ce poste. C’est ainsi que j’intégrai la Confrérie de la Niche, je restais en contact avec Scully car elle était sur le même secteur d’activité mais aussi parce que j’appréciais sa compagnie.



          Assise à une table dans un coin, son esprit semblait être pris par un tas de paperasse dispersé devant elle ; je m’assis à une place qui n’était pas encore recouverte de papiers et j’adressai un signe de tête à la ponette, elle me répondit brièvement en effectuant le même signe. Visiblement préoccupée cette paperasse, je me levai pour aller jusqu'au bar ; le serveur était occupé à préparer une autre commande, je l'interrompais pour lui demander un thé, l'intéressé acquiesça sans même lever la tête. Je retournai à ma place retrouvant Scully toujours concentré, elle soupirait devant les mots, une chemise posée sur la table semblait être une corne d'abondance de papier ; il y avait aussi une petite boîte en bois qui venait à peine d'être déballée. Le serveur apporta une théière de thé vert avec un sucrier, je me servis une tasse que je sirotais lentement ; la mine préoccupée de mon amie ne me laissait pas indifférent : ses yeux étaient crispés et ses sourcils froncés, elle chiquait machinalement son crayon, tenant sa tête d'un sabot et une feuille de l'autre. Que faire ? Fallait-il que je brise le silence ou que je laisse la situation telle qu’elle était ? Et puis, que pouvait bien contenir ce coffret ? Il avait été fait dans un bois sombre, l’assemblage était renforcé par un cerclage de métal, il n’avait pas non plus de serrure, juste un petit crochet pour le maintenir fermé. Scully plaqua sur la table la feuille qu’elle tenait et releva la tête en prenant une grande inspiration, elle saisit ensuite sa tasse qui trainait sur la table et vérifia s’il y restait encore un peu de liquide ; elle attrapa la théière et se servit allègrement avant de porter sa tasse à sa bouche qu’elle but d’une traite. Elle reposa son sabot promptement sur la table et attrapa sa pipe ainsi qu’une petite boîte contenant du tabac ; c’était le bon moment pour entamer la discussion,

« Quelque chose ne va pas ? » Demandai-je d’un ton timide.

« Non, rien d’important en soit. »

Elle bourra l’herbe dans le fourneau et approcha la lanterne posée sur la table et ouvrit la petite porte en verre ; à l’aide d’une tige de bois, elle recueillit une flammèche qu’elle posa sur le tabac tout en inspirant. Une fois allumée, Scully tint sa pipe d’un sabot et se cala contre le dossier de sa chaise tout en aspirant une bouffée de tabac.

« Ma tante est morte. » Répondit la ponette dans un nuage de fumer.

Je ne m’attendais pas à une telle nouvelle ; me voyant me gratter la tête d’un air gêné, Scully eut un petit rire.

« Faut pas t’en faire pour moi, je la haïssais. Elle était radine pour le moindre centime, elle aurait pu te réciter une reconnaissance de dette par cœur et en plus de ça, elle avait un caractère de cochon. C’est le facteur qui l’a découvert, il ne pouvait plus insérer son courrier dans la boîte aux lettres, il a toqué et comme personne ne lui répondait il a enfoncé la porte. Elle était étendue au pied de l’escalier, les os cassés et sa chair qui commençait à s’effriter, elle a dû chuter et à octante-huit ans, cela fut fatal. »

« Tu vas te rendre aux obsèques ? »

« C’étaient il y a trois semaines et j’ai reçu la nouvelle hier. Comme je étais son dernier parent, j’ai hérité de tous ses biens ainsi que de son chalet, là où elle vivait d’où, toute cette paperasserie pour les droits de succession.»

Scully se redressa et ouvrit le petit coffret, elle sortit une clef de taille moyenne ainsi qu’une note qu’elle me passa. Une adresse était marquée sur le papier : Le mazot des mésanges, Chemin des Tétras. Les Valamonts, Crystal Empire.

« Il m’arrivait d’aller rendre visite à ma chère tante avec mes parents. Les journées passées chez étaient longues, je ne pouvais faire un pas sans qu’elle me dise « Fais attention ! Tu as failli faire dégringoler ma collection de poules en argiles. ». Ou bien elle m’envoyait nourrir les oiseaux dehors, il y avait une bonne dizaine de mangeoires, toute accrochées sous le porche. Pour résumer, c’est un une maison que je déteste. »

« Et donc… »

« Et donc quoi ?! »

« Eh bien, que vas-tu en faire ? »

« Ah ça ! Je n’en sais rien. Il y aurait bien pas mal de bordel à revendre, le chalet compte deux étages et une cave. Au rez-de-chaussée il y avait : une salle commune, une cuisine, et une salle d’eau. À l’étage c’était : deux chambres et une espèce de grand placard. J’ignore le contenu de la cave car on m’a toujours défendu d’y pénétrer. »

« Je vois… »

« Et puis je manque de temps, la Niche a besoin de moi. »

« Tu voudrais que j’y aille ? »

« Comment ?! Qu’est-ce que tu ferais là-bas, tout seul, la vieille vivait en quasi ermite dans sa cahute. Le premier patelin est à trois heures de marche et encore, pendant la saison froide le chemin pour s’y rendre est bloqué ! Le facteur est un pégase, il n’a pas ce genre de problème mais toi, si tu es surpris par la neige, comment vas-tu t’en sortir ? Et puis merde, c’est mon héritage quand même ! »

« Je croyais que tu t’en foutais. »

La ponette haussa les épaules et tira quelques bouffées de tabac, son regard tomba sur la clef encore rangée dans le coffret,

« J’hésite… » Dit-elle, les yeux posés sur l’objet convoité. Puis elle prit d’un geste sec  clef et me la tendit.

« Je compte sur toi, tu rassemble ce qui est vendable et tu m’attendras là-bas, j’essayerai de me libérer prochainement. »

Je pris la clef que je rangeai immédiatement dans une sacoche, j’emportai aussi l’adresse de ce fameux chalet.

« Ah et une dernière chose : pas d’entourloupes…  Je m’arrangerai pour te trouver un remplaçant pendant ton absence. Une fois là-bas n’hésites pas à prendre tes aises, il y fait froid la nuit. »

J’acquiesçai ses propos avant de sortir quelques pièce pour régler mon addition, je quittai la table en faisant un signe de tête à mon amie, qu’elle imita aussitôt en soufflant un nuage de fumée. Je sortis de la taverne avec une certaine satisfaction et prit la direction de la gare pour rendre jusqu’au Crystal Mountain.

*******************************************************

« C’est donc pour cela que vous vous êtes aventuré dans nos montagnes. » Conclut l’aubergiste

« Tout à fait. » Répondis-je. « Le voyage dura environ deux jours, je profitai des derniers jours de l’automne pour faire le trajet et éviter de perdre trop de temps en dormant à l’auberge. J’arrivai sur les contreforts des hautes montagnes et déjà, je sentais le vent froid s’engouffrer sous ma cape.  Je suivis la route vers le village des Valamonts où je fis une pause et achetai assez de provision pour tenir en cas de mauvais temps. Les habitants me regardaient d’un mauvais œil lorsque je leur demandai quel chemin fallait-il prendre pour rejoindre ma destination, certains m’ignorèrent, d’autres me répondirent qu’ils ne savaient pas. J’ai dû consulter le plan des cadastre pour continuer ma route. Enfin, après quelques heures d’errance dans les alpages, je vis le chalet apparaitre à l’horizon. »
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MessageSujet: Re: [Concours] Jugement Post-Mortem (le passé de Karl) [terminé]   Sam 28 Mar - 9:00

Partie n°3 : Le Mazot des Mésanges


Les arbres feuillus ont laissé place aux résineux, épicéas et sapins se partageaient les flancs de la montagne ; je suivais un chemin de terre au milieu d’une forêt sous un ciel qui s’assombrissait, d’épais nuages obscurcissaient la clarté décroissante du soleil couchant. Un vent froid agitait les branches au-dessus de ma tête, soulevait la poussière en créant de petits tourbillons, et plaquait ma crinière sur mon visage ; J’avais beau cracher les mèche qui rentrait dans ma bouche, elles revenaient sans cesse s’y reloger. Ne pouvant lutter contre les éléments, je rabattis ma capuche sur ma tête pour contenir ma masse capillaire, cela ne servir strictement à rien puisque le vent s’engouffrait à l’intérieur, gonflant le tissu et, le tirai en arrière pour reprendre le contrôle de ma crinière qu’il s’empressa de la faire voleter devant mes yeux et d’insérer de nouvelles mèches entre mes dents, juste histoire de m’emmerder.

Un peu plus loin, le chemin bifurquait. Un panneau indiquait la direction du Haut-Fer de Nant Cruy, les pentes boisées de la montagne devaient être propice aux activités forestières de plus, la présence de torrents avait dû faciliter l’implantation de scieries hydrauliques utilisant la force motrice de l’eau pour mécaniser la coupe des billes de bois. Une fois j’ai eu l’occasion de visiter un haut fer, j’étais adolescent et avec des cousins, nous étions partie camper en montagne chez un de mes oncles. Il nous avait montré le fonctionnement : la scie montait et descendait rythmée par un mouvement alternatif et débitait en planche la bille poussée sur un chariot contre ses dents acérées.

Le vent soufflait de plus en plus fort, je rêvassais devant le panneau de mes souvenirs de jeunesse, une rafale me rappela qu’il fallait que j’atteigne le chalet avant la nuit. Couvert par la végétation, je trouvai un sentier qui au lieu de monter, longeait le flanc de la montagne. Adoptant une allure plus rapide, je fis quelques hectomètres restants en peu de temps et enfin j’arrivai à destination.

La bâtisse correspondait à la description de Scully, elle était bâtie flanc de montagne sur des fondations de pierres formant un triangle rectangle de mon point de vue, la cave avait donc une partie à l’air libre cloisonnée par des murs, et une autre qui devait être creusé dans la roche. Le rez-de-chaussée ainsi que l’étage supérieur était fait entièrement en bois sombre qui avait vieilli au fil du temps et de la rudesse du climat. L’ossature des murs se composait de poteaux aux angles et à intervalle régulier sur la longueur entre deux coins, le bardage était constitué de planches du même bois et étaient fixées à l’horizontale. Le premier étage devait être sous le toit puisque la gouttière n’était qu’à un mètre du sol ; la couverture était composée de tuiles de bois maintenues par des billots, une cheminée crevait cet ensemble par sa position proche de la panne faitière. 

Je montai un petit escalier accédant à la terrasse délimitée par une balustrade. Je me trouvai maintenant face au chalet, la largeur devait avoisinée les dix-onze mètre sur une profondeur de six-sept mètre ; le toit faisait une avancée d’environ un mètre et demi soutenu par des contrefiches protégeant un balcon ainsi que l’entrée. J’avais en face de moi la porte d’entrée entourée par deux fenêtres aux volets fermés à équidistance chacune de la porte. À l’étage, il y avait aussi deux fenêtres elles aussi cachées par des volets et situées au-dessus de leurs homologues du rez-de-chaussée ; l’accès au balcon se faisait par un escalier extérieur longeant la façade.

Quel dommage que ce soit la fin de l’après-midi et que l’on soit à cette période de l’année car, malgré son éloignement, le chalet devait être un lieu charmant à la belle saison, baigné par la lumière du soleil nuancée par l’ombre des résineux aux alentours. Je sortis la clef que Scully m’avait confié et pris le chemin de la porte ; n’ayant pas regardé où je posais mes sabots, je sentis subitement des os se briser. Reculant vivement, je me rendis compte que je venais d’écraser ce qui semblait être le squelette d’un chat, la présence de traces de griffes au bas de la porte me firent comprendre que l’animal devait être dehors au moment où l’on a dû sortir la dépouille de la défunte occupante, le animal resté dehors n’ayant plus grand-chose à se mettre sous la dent fini par mourir à petit feu de faim et de froid. 

D’un geste de patte, je balayai les restes du félin sur seuil de la porte et j’insérai la clef dans la serrure. L’ouverture de la porte fut accompagné d’un courant d’air qui souffla la poussière accumulé sur le planché, l’intérieur était plongé dans une obscurité total, la lumière extérieur ne me permettait de voir guère plus loin qu’un mètre ou deux devant l’entrée, j’allumai ma lanterne et j’entrepris d’exploration des lieux. Il y flottait une odeur de renfermé ainsi qu’un soupçon de macchabé, je décidai d’ouvrir toutes les fenêtres pour aérer un peu et de profiter de la lumière extérieure. J’ouvris les volets, laissant entrer l’air dans la bâtisse vide ; l’endroit s’était recouvert une fine couche de poussière qui n’avait épargné aucune surface.

Me retournant, je fus surpris par le nombre phénoménal d’objets, de bibelots, et de machins qui occupaient chaque étagère, murs, et tables de la pièce. Un vent glacial accompagné de neige entra dans la pièce en courant d’air soulevant des nuages de poussière, regardant à l’extérieur, je vis qu’il s’était mis à neiger. Je me précipitai à refermer les fenêtres puis je déboulai à l’extérieur pour voir si il n’y avait pas une stalle de bois rangé quelque part, j’en trouvai une sur un côté du chalet. Je ramenai à l’intérieur plusieurs grosses bûches destinées à être brulées durant la nuit, à mon dernier passage, je vis que des mésanges étaient là, posées sur des branches, patientant devant la terrasse. Je remarquai enfin les diverses mangeoires dont m’avait parlé Scully, farfouillant dans le placard de l’entrée, je sortis un sac de graines de tournesols et remplis les mangeoires à oiseaux sous le regard impatients de ceux-ci, c’est alors qu’ils fondèrent sur la nourriture à peine que j’eus le dos tourné.



Le feu avait mis un peu de temps à prendre, le bois humide ne m’avait pas été d’une grande aide mais qu’importe, le foyer de la cheminée était allumé par les flammes rougeoyantes dévorant le bois déposé dans l’âtre.  Il était temps de faire le tour du propriétaire, je pris ma lanterne et entrai dans une pièce qui semblait être la cuisine.

Une cuisinière à bois trônait contre le mur, entre un évier en faïence et un plan de travail recouvert d’une toile cirée à carreau elle-même recouverte d’une couche de poussière.  Il ne restait comme nourriture que des denrées non périssables telles que du sucre, de l’avoine et un pot de miel ; la vaisselle était rangée dans une armoire située à côté de la porte. Une panoplie de casseroles était accrochée au mur et une petite marmite était entreposée sous l’évier, je la sortis et la rinçai afin de pouvoir l’utiliser dans la cheminée, l’âtre possédait en effet deux barres de métal pourvus de crochet permettant de suspendre un chaudron au-dessus des flammes.

La salle d’eau se composait un petit lavabo surplombé par un petit placard avec un miroir fixé sur la porte ; d’une cuvette avec son rouleau de papier et de son bac de sciure à côté, le réservoir de la chasse était disposé au-dessus, l’eau descendait avec la gravité. Comme baignoire, c’était un bac en bois cerclé à la manière d’un tonneau, le ballon d’eau chaude était collé au conduit de la cheminée et chauffait tant qu’il y avait du feu. Le carrelage au sol avait bien vieilli mais gardait encore un peu de sa blancheur d’antan.

Je laissai de côté pour l’instant la visite de la cave et montai à l’étage vérifier l’état des chambres. Elles étaient toutes les deux identiques de vue du mobilier, c’est-à-dire un grand lit, deux tables de nuit avec une lampe à huile, et une commode simple. Par contre, l’une d’elle contenait bien plus d’affaire que l’autre comme de vieilles chemises de nuit et plusieurs photos posées sur une table de nuit avec il me semble, toujours la même personne, mais à des âges différents. Les lits étaient encore faits mais cette satanée poussière recouvrait les draps.

Oserai-je le faire ? Il faut avouer que la situation est tentante et puis, je suis seul dans une maison qui n’est pas la mienne dont la propriétaire s’en cogne la caboche avec une barre à mine. De toute façon, je ne dormirai pas dans la chambre ce soir. Roooh allez ! J’le fais !

Je détachai mes sacoches, mon fourreau et retirai ma cape, laissant la porte ouverte, je reculai dans le couloir et me mis dans l’axe du lit. Je pliai mes pattes de la même manière que les chats font avant s’élancer sur leur proie ; je m’élançai à mon tour, prenant de le plus de vitesse possible sur trois mètres de distance et arrivé devant le pied de lit, je bondis dans les airs pour retomber sur le matelas avec un grand sourire.  Ma chute souleva un nuage de poussière, tous ce qui était contenu dans les draps fut violemment expulsé, mais je brisai le sommier en deux dans un grand fracas. Il y avait tant de poussière dans la pièce que cela me fit tousser pendant deux bonnes minutes, je contemplai mon œuvre avec le sentiment d’avoir fait une connerie, j’avais détruit sous mon propre poids un lit ainsi qu’une table de nuit qui se mangea mes sabots dans un rebond non-calculé. Je refermai doucement la porte comme si cela allait changer quelque chose ou que ma bêtise serait mieux cachée, et je pris deux grandes couvertures dans l’espèce de grand placard situé à l’étage, puis je redescendis dans la pièce principale.

Devant l’âtre de la cheminée, se trouvait un grand canapé aux coussins à carreaux verts et blancs, à côté, il y avait une table où étonnement, rien n’était posé dessus. Derrière siégeait une bibliothèque contenant beaucoup d’ouvrages tel que : L’Île aux Blank flanks, La Vengeance du Docteur Cookyles, La Bête Équine, Le Pivoine et l’Anthracite ou encore, le Fabuleux destin de Findus le Poulain. Devant l’escalier siégeait une énorme table en chêne dont les quatre pieds massifs devaient chacun avoir le diamètre d’une de mes pattes ; Le plateau était recouvert d’une nappe blanche et entouré de six chaises hautes destinées aux convives.

************************************************

« Le chalet en soit était très coquet, mais ce qui me frappa le plus, c’était cette surabondance d’objets, de machins divers et variée. Presque toutes les surfaces disponibles étaient remplies d’objets décoratifs comme des pots, des assiettes décorées, ou même des bibelots en métal. Les murs n’étaient pas en reste, ils supportaient le poids de nombreux tableaux, de cadres photos et des points de croix terminés, mais pour tout vous dire, ils étaient vraiment laids, leur vu m’insupportais. »

« Elle n’était pas matérialiste la tante ? »


« Sûrement oui, Scully ne m'en avait pas beaucoup parler. Il faut dire qu'elle la détestait.Quand je suis arrivé au chalet, mis à part le nombre de pièces, je n'avais aucune idée de ce que j'aurais pu y trouver. »
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Karl Tirecorde
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MessageSujet: Re: [Concours] Jugement Post-Mortem (le passé de Karl) [terminé]   Dim 29 Mar - 11:21

Partie n°4 : Les magistrats squelettiques


****************************************************
J’étais assis en face de la cheminée, le feu crépitait et se reflétait contre le cul de la petite marmite. J’avais pris soin d’éclairer toute la pièce principale ainsi que les couloirs pour éviter à avoir me trimbaler une lanterne pendant tous mes déplacements. Il était environ sept heure du soir, mon petit réveil mécanique m’indiquai toujours l’heure exact ; étant un de mes souvenir d’enfance, j’en prenais grand soin et la remontais régulièrement.
L’heure. L’heure étais quelque chose d’important pour moi, connaitre l’heure exact m’avait permis quelques fois de sortir de situations difficiles et à d’autres moments, de les retourner en ma faveur. Jamais je ne me séparerai de mon réveil, de ses mécaniques précises, de son cadran blanc crème d’ailleurs, ne serait-ce pas une pendule perchée sur le haut de la cheminée ?

Je me levai et posai mon journal intime pour m’approcher de cette petite horloge, elle était en forme d’ogive et complètement couverte de bois. Le cadran se déformait selon l’angle duquel on l’observait, cela devait être du la vitre légèrement bombée. La hauteur entre le cadran et la base était d’environ trente centimètres, le fonctionnement devait être géré par un petit pendule et non par un échappement comme dans les montres ou mon réveil. L’objet était rustique mais dégageai une certaine classe, du moins sa présence convenait à l’ambiance de la pièce. J’approchai ma patte pour saisir l’objet,

« TOUCHES - PAS - A - ÇA ! »

Surpris, je reculai vivement et tombai contre le canapé. Était-ce moi ou bien quelqu’un venait de me crier dessus ? Me relevant, je scrutai la pièce afin de m’assurer de n’avoir rien omis durant ma visite des lieux. Pourtant, rien ne semblait avoir bougé, même les toiles d’araignée au plafond n’avaient pas été déchirées ; je saisis le pommeau de mon épée, et dégainai par simple sécurité. Pourtant mon regard vers l’horloge de la cheminée je fus pris par un afflux de questions sur l’origine de cet avertissement ; dehors, le vent soufflait et la neige tombait, ce n’était non plus une giboulée mais un blizzard. Les rafales de vent étaient l’auteur de ce cri épouvantable en s’engouffrant dans le conduit de cheminée puis mon imagination l’interpréta ? La pendule siégeait toujours au-dessus du foyer, sentinelle des heures et du feu, je méprisai sa présence ainsi que la frousse qu’elle me flanqua.

Cet événement m’avait presque fait oublier la raison pour laquelle j’étais venu ici. Laissant mon paquetage contre le canapé, je renfilai ma cape et m’équipai de mon arme ainsi que d’une lanterne puis je pris le chemin de la cave ; ouvrir la porte, c’était faire chanter les gonds rouillés dans un grincement strident. Un escalier de présenta face à moi dont je ne pouvais apercevoir la dernière marche tant la cave était sombre. Posant mon sabot sur la première marche, je fis sortir un grincement de douleur du bois, celui-ci semblait souffrir lorsque je prenais appuie dessus. Je posai un second sabot sur l’escalier, il fit arracher un autre grognement du bois ; après tout, la maison est vieille, ce ne sont pas quelques grincements qui m’empêcheront de descendre.

Une fois en bas, je déplaçai ma lanterne autour de moi. Le foutoir accumulé était impressionnant, une chatte n’y aurait pu retrouver ses petits, rien qu’autour de moi on pouvait trouver plusieurs malles, une commode, un porte-manteau, un poêle en fonte, deux grosses marmites, et je vous épargne le reste, faire tout l’inventaire de la cave prendrait bien plusieurs jours tant le nombre de meubles et d’objets était important. J’avançais à pas de loup pour ne manquer aucun détails, la faible lueur de ma lanterne ne permettait pas de voir au-delà de trois mètres, le reste était dans une obscurité floue et peu rassurante. Les toiles d’araignée fixées à la charpente apparente n’étaient que des nids de poussière, grise et compacte, même mes sabots laissaient des traces distinctes dans la couche de minons accumulée au sol.

Je passai entre quatre monticules chacun cachés sous un long drap blanc rendant leurs silhouettes semblables à celles de fantômes. Il n’y avait rien d’intéressant au bout de mon chemin, cela se terminait en cul-de-sac devant une crédence dont les carreaux avaient été brisés, je fis demi-tour pour regagner l’étage supérieur, repassant entre les quatre fantômes je m’aperçus qu’une cinquième était resté caché dans l’obscurité. Je dirigeai ma lanterne dans sa direction et à ma grande surprise, ce que vit mon regard n’était ni un meuble, ni un mannequin, mais le squelette d’un greffier.

****************************************************

« Le squelette d’un greffier ? Vous voulez dire celui d’un chat ? »

« Ah non, loin de là. Il s’agissait de celui d’une licorne, elle portait encore sur elle sa robe en laine noire ainsi que sa toque sur la tête et son épitoge blanche brodée. C’était un magistrat. »

« Vous voulez que la vieille conservait les restes d’une autre personne dans sa cave ?! »

« Exactement, et ce n’était pas le seul mort de cette maison. »

****************************************************

Le drap qui recouvrait en temps normal le squelette se trouvait à terre, le visage inexpressif qu’il me présentait ne m’inspirait guère confiance, il ne lui manquait aucune dents d’ailleurs, le reste du puzzle était complet, pas un os ne semblait manquer à cet assemblage macabre. J’observai une nouvelle fois ses orbites vides, figées sur la face de son crane blanc, surmontée par son appendice magique dont il ne risquait plus d’en faire usage.

ding…..ding…..ding…..ding…..ding…..ding…..ding…..ding…..

Vingt heure venait de sonner, la petite cloche de la cheminée était audible malgré le fait que je sois au fin fond de la cave. Le son de chaque coup pourrait être définit par une sensation froide et métallique mêlé à la douceur avec laquelle le marteau frappait la cloche. Et…. Je ne me souviens pas avoir remonté la pendule, on m’a même défendu d’y toucher.

La licorne trembla légèrement, la poussière sur ses os tomba, sa tête vibrait de plus en plus fort jusqu’à ce qu’une vertèbre claque. Le greffier s’immobilisa immédiatement ; mes oreilles rabattues, mes paupières ouvertes au maximum, j’observai le curieux manège de ce squelette ; la pendule sonna une deuxième fois Vingt heure. C’est alors que le crane pivota doucement dans ma direction, Je dégainai mon épée et pris une posture défensive.


« C’est…l’heeuure… » Annonça le greffier

C’est l’heure ?

« C’est l’heeeeuuuuure….. »

Le squelette trembla de nouveau, animé par une énergie mystérieuse, il bougea une patte et la posa à terre ; cette mascarade allait trop loin. Je portai un coup d’épée à son flanc gauche, tentant de briser ses os, mais ma lame ne put atteindre sa cible, ni même de s’en approcher, une protection magique créait une sorte de champ de force autour de sa personne.

« C’est l’heeuure… »

« Oui… c’est l’heeeuuure. »

Quelqu’un venait de répondre au greffier, je me retournai et m’aperçus que les quatre autres monticules s’étaient mis à trembler de la même manière que le greffier, les draps tombèrent révélant les macabres personnages se trouvant dessous. Horreur ! C’était un tribunal correctionnel au complet, voilà que je me retrouvais en compagnie d’un président, de son assesseur, d’un procureur, et d’un avocat, rajoutez à ça le greffier qui me suivait toujours. Tous ils marmonnaient que « c’était l’heure. », mais l’heure de quoi ? Les articulations frottaient, les vertèbres claquaient, le cortège osseux se rapprochaient, le président paré de sa robe rouge aux simarres de fourrure blanches pointées de lys noires, était l’individu le plus proche de moi. Il fallait que je sorte au plus vite de cet endroit ; n’essayant même pas de mettre en garde les squelettes, je remontai l’escalier au pas de course et fermai la porte derrière moi.

Je tournai la clef dans la serrure et filai me rééquiper de mon paquetage, j’harnachai mes sacoches sur mon dos et pris la direction de la porte d’entrée. Le poids de mon équipement me sembla soudainement plus lourd pourtant, je n’avais rien récupérer dans cette maison, la réponse était se trouvait dans l’ameublement. Tous, je dis bien tous les objets, les machins, les bibelots étaient tournés vers moi. Tous me fixaient, que ce soit la collection de poules en argile, les natures mortes accrochées aux murs, le clown tirant une tête d’enterrement qui siégeait dans l’escalier ; tous soutenaient leur regard et le faisait pesé sur mes épaules. Même la pendule au-dessus de la cheminée semblait m’en vouloir.

Assez tergiversé, j’ouvrai la porte d’entrée. Elle était bloquée, j’avais beau tourner la clef dans un sens puis dans l’autre, rien y faisait, je ne pouvais utiliser cette issue. Les squelettes étaient arrivés en haut des escaliers de la cave et tapaient maintenant contre le porte de la cave, saisissant une chaise, je la projetai contre une fenêtre dans l’espoir de la briser. Le siège rebondi contre une surface invisible avant même de toucher la vitre, on voulait m’empêcher de sortir de ce chalet. La cour brisa la serrure qui la retenait bloqué dans la cave et elle entra dans la pièce principale.

Les quatre magistraux et l’avocat se rangèrent en ligne et avançait d’un pas lent dans ma direction tout en répétant inlassablement « C’est l’heure. ».
J’usais mes derniers espoirs de fuite en tentant de défoncer une fenêtre, qu’importe si je me coupe avec les bris de verre, mais ce fut inutile, elle était tout aussi protégée que les squelettes. Ils n’étaient plus qu’à deux mètre de moi, je me tassai contre le mur, craignant  le contact physique avec ces êtres surnaturels. Qu’allaient-ils me faire ? Mes membres tremblaient, mes dents claquaient, mes paupières se plissaient, mes yeux pleuraient ; je mis mes pattes devant mon visage pour le protéger des horreurs qu’il allait subir et des atrocités dont il allait être le spectateur.

« C’est l’heeuure… » Répétaient-ils à l’unisson.

« Mais l’heure de quoi ? » Demandai-je complètement affolé

« C’est l’heure du… »

« L’heure du jugement ? L’heure d’de mon exécution ? L’heure du d’d’de ma mort ? L’heure du’du’d’d’d’d’d’d’d’duel ? »

« C’est l’heure…du thé. »
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Karl Tirecorde
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MessageSujet: Re: [Concours] Jugement Post-Mortem (le passé de Karl) [terminé]   Dim 29 Mar - 21:26

Partie N°5 : Le procès de Sylviane.



« Du thé ?... »

« Bien évidemment monsieur voyons, mes confrères et moi sommes enfermées dans cette cave depuis bien longtemps, et vous êtes la première personne extérieur à nous rendre visite depuis des lustres. »

« Ah, eh bien…je… »

« Ne soyez pas timide, relevez-vous, un homme de votre âge ne devrait pas être effrayé à la vue de quelques squelettes. »

« Je n’ai que vingt-trois ans… »

« Eh bien vous faites plus vieux, allez donc nous faire chauffer de l’eau. » 

Je me dirigeai vers la cuisine, les oreilles baissées et la tête dans les épaules.
Avais-je bu ce soir-là ? Non, ce n’était pas des hallucinations, il y avait bien une cour d’outre-tombe dans le salon, des squelettes habillés chacun de leur robe de fonction, et cerise sur le gâteau je devais leur préparer un thé.
Je rinçai une bouilloire et la remplis d’eau, je la posai ensuite sur le fourneau. Ouvrant le casier à bois, je récupérai des brindilles ainsi qu’un journal pour démarrer un feu dans la cuisinière. Malheureusement l’humidité ambiante faisait échouer chacune de mes tentatives, et il ne me restait plus beaucoup d’allumettes. C’est alors que le procureur entra.

« Auriez-vous besoin d’un peu d’aide ? »

« Le bois est humide et… »

« Ah ne vous bilez pas pour si peu, apportez-moi donc une bougie allumée. »

M’exécutant, j’en trouvai une sur un vieux chandelier et allumai la mèche.
 
« Bien, maintenant positionnez la flamme devant le foyer et écartez-vous. »

Tenant la bougie du bout de ma patte, le procureur approcha sa tête de la flammèche et murmura quelques mots. Une rafale de feu s’écrasa à l’intérieur de la cuisinière et enflamma le bois humide récalcitrant, la bougie avait presque entièrement fondue et la cire avait coulée sur mon sabot.

« Eeeeuuh.. merci. »

« Je vous en prie au fait, c’est Madame le procureur. »

« Entendu Madame. »

Elle sortit de la pièce, je regardai la cire blanche séchée sur mon sabot, j’aurai un mal fou à la gratter complètement. Dans la cuisinière, le feu avait effectivement prit et l’eau commençait à chauffer. Qui étaient-ils donc pour maitriser de tel pourvoir ? Ils avaient ouvert une porte fermée à clef sans posséder le double, ils me parlaient comme si cela était tout à fait naturel à leur condition, le procureur pouvait projeter des flammes en murmurant seulement quelques mots. Quelle était cette bande énergumènes d’outre-tombe, ce tribunal post-mortem ? Une chose était sûre, il ne valait mieux pas se les mettre à dos.

Fouinant dans les placards, je trouvai une boîte contenant de nombreuses sortes thés et de tisane, ainsi que plusieurs boules d’infusions individuelles. J’apportai sur un plateau le thé avec des tasses, des soucoupes et des cuillères préalablement lavées. Le tribunal occupait toutes les chaises autour de la table, les squelettes s’étaient assis et discutaient entre eux. Les quelques mots qui parvinrent à mes oreilles concernaient une affaire de séquestration et d’escroquerie, mais le brouhaha ambiant et la crainte que j’avais envers eux m’empêchèrent de savoir qui en était l’auteur. Je retournai dans la cuisine pour récupérer l’eau chaude ainsi qu’une boîte de biscuit trouvée par hasard, au fond d’un placard. Je rejoignis l’étrange tablée à laquelle, je fus convié. Le président sortit alors son marteau et tapa trois coups distincts faisant taire les dialogues et autres conversations qui proliféraient autour de la table.

[Président] « Bien, aujourd’hui nous avons une tierce personne à nos côté.» me regardant « Monsieur, veuillez-vous présentez. »

[Karl] « Je m’appelle Karl Tirecorde, Je suis tailleur de cuir dans une boutique à Stalliongrad. Une amie m’avait confié les clefs de ce chalet appartenant à feu sa tante, et voir récolter tous ce qui pourrait être vendus. » Mes activités professionnelles étant peu légales, je préférai leur cacher la vérité.

[Avocat] « Feu sa tante ! Mais n’était-ce point pour cela que nous étions venus trente années auparavant ? »

[Assesseur] « Mais vous avez raison maître, ainsi donc l’accusée est morte ? »

[Karl] « C’est ce que l’on m’a dit, elle serait décédé d’une chute dans l’escalier il y aurait environ un mois. »

[Président] « Madame le procureur ? Qu’en pensez-vous ? »

[Procureur]«  L’affaire remonte au-delà de vingt ans, il y aurait donc prescription. Mais nous sommes les victimes d’un nouveau chef d’accusation envers Sylviane Joli. Le meurtre étant imprescriptible, nous sommes tout à fait en mesure de conduire à terme cette cour correctionnelle, la mort n’est pas un obstacle à la justice. »

[Président] « Greffier ? »

[Greffier] « Ma machine doit être quelque part. »

[Président] « Maître ? »

[Avocat] « J’étais au départ engagé par cette dame, et aux vues des circonstances actuelles,  je tombe au titre de commis d’office. »

[Président] «  Assesseur ? »

[Assesseur] « Votre décision sera la mienne président. »

[Président] « Puisque le tribunal souhaite à l’unanimité la poursuite du jugement contre Sylviane Joli, nous tiendrons une audience en ce lieu même. Chers magistrats et avocat, dans exactement deux heures, la cour sera ouverte. »

Chaque convive leva sa tasse en signe d’accord avec le président, j’imitai le même geste, puis tous burent leur thé. Le liquide se déversa sur les premières vertèbres, puis il longea la colonne vertébrale comme s’il s’agissait d’une gouttière et se détacha en un mince filet. J’observais décontenancé cette curieuse scène, le faisaient ils exprès ou était-ce une négligence de leur part ? Je pris un biscuit que je trempai dans mon thé et ingurgitai la partie imbibée, finalement, je n’essayais même plus de comprendre ce qui se passait, l’absurdité de la situation m’avait neutre à toute leur demande. Je m’exécutai tel un valet ne posant aucune question à son maître, au moins ils n’étaient pas méchants, je dirais même qu’ils sont plutôt sympathique.

La cour se leva et se dirigea vers la cave mis à part le président qui vint me parler seul à seul :

« Votre rôle dans ce tribunal n’est pas terminé, vous serez notre gendarme et témoin. »

Mes yeux s’écarquillèrent, le palpitant qui s’était calmé repris un tempo Allegro ; je posai ma tasse, cherchant mes mots pour ne pas le contrarier au risque de la faire patienter.

« Je… je ne vois pas très bien le rôle que vous voulez m’attribuer. Je ne connais pas du tout cette pers. Euh l’accusée. Je ne vois pas en quoi je pourrai vous être utile… »

« Ne posez pas de question, soyez tout simplement là lorsque l’audience commencera. »

Le président se retourna sans me donner plus d’explications.

********************************************************

«…le salon fut transformé pour l’occasion, la table devint celle des jurés, un guéridon fut déplacé pour le greffier, le canapé devint le banc des accusés, et une chaise : la barre. La cour retrouvant ses affaires dans la cave installa les divers codes pénaux sur la table et la machine à écrire sur le guéridon. Le tribunal ressemblait à ceci, prenez un carré dans lequel vous placez sur côté haut : la table des jurés, sur l’extrémité d’en face : la barre ainsi que le banc des accusés. Sur le côté gauche, positionnez le greffier ainsi que le procureur, et face, la cheminé ainsi que ma place, celle de témoin. »

L’aubergiste n’avait pas ouvert la bouche depuis qu’il apprit que des morts-vivants peuplait la cave de ce chalet d’ailleurs, il sortit même un verre pour lui ainsi que la bouteille de gentiane qu’il rangeait habituellement sous le comptoir.

« La pendule sonna alors dix heure du soir, la cour était prête, chaque personne était à sa place… »

********************************************************


[Président] « Gendarme, faites entrer l’accusée. »

[Karl] « …Pardon ? »

[Président] « je ne vous demande pas la lune, mais seulement de faire entrer l’accusée. Exécutez-vous ! »

Comment voulait-il que je fasse entrer quelqu’un qui n’était même pas présent dans la maison ?

[Greffier] « Attrapez la pendule qui est derrière vous sur la cheminée. »

La pendule ! la dernière que j’ai voulu la prendre, une voix sortit de je ne sais où, elle m’a engueulé comme pas possible. L’onde m’a fait reculer et j’ai chuté contre le canapé, était-ce la voix de la Tante de Scully ?

[Président] « Alors ?! »

Je me mis face à la pendule, les aiguilles tournaient alors que le ressort n’avait pas été remonté, le tic-tac du pendule était absent, et pourtant elle tourne. Fixant l’axe du cadran, j’approchai timidement ma patte de l’objet, à mesure que je m’en rapprochai l’ambiance sonore de la pièce s’étouffait remplacée par un grésillement métallique occupant toute ma capacité auditive. Je respirais difficilement, plus j’étendais ma patte, plus elle tremblait ; de grosses gouttes se formaient sur mes tempes avant de glisser le long de mon poil. J’avais l’impression que le temps se dérobait sous mes yeux, je n’étais qu’à quelques centimètres de l’horloge lorsqu’elle surgit :

« OTES TES SALES PATTES DE LA, COMBIEN DE FOIS FAUDRAT-IL TE LE REPETER ? TU ES ICI CHEZ MOI, TOUS CE QUI CE TROUVE DANS CETTE MAISON M’APPARTIENS, TU ENTENDS ? C’EST À MOI . »

Je plaquai mes sabots contre mes oreilles, la voix de cet être était assourdissante, infernale, tirée des tréfonds de la haine et de l’outre-tombe, elle dépassait largement le seuil de douleur auditif. Ses paroles saturées et stridente raisonnait dans mon crane me faisant plier sous la douleur, ma tête semblait vouloir exploser entre mes pattes.

[Président] « MADAME ! Il est trop tard pour fuir, cessez de torturer ce jeune homme ! Votre sursis à assez durée et il est temps que vous affrontiez votre passé ! »

La furie se calma, c’est ainsi que je vis son corps translucide flotter à travers la pièce, elle était étonnement jeune, presqu’attirante, comme si sa forme post-mortem l’avait conservé en l’image qu’elle avait durant ses jeunes années. Mes oreilles sifflaient, ce n’est à peine que j’arrivais à comprendre le dialogue entre le président et l’accusée. Je me relevai péniblement, reprenant une stature assise normale, le feu crépitait toujours dans l’âtre, il me restait au moins un élément rassurant dans ces lieux. Le fantôme prit place à côté de son avocat commis d’office :

[Président] « Bien, je déclare que l’audience est ouverte, greffier faite votre œuvre. Accusée, vos noms, âge, et qualité. »

[Sylviane Joli] « Sylviane Joli, octante-huit ans, aucune activité professionnelle. »

[Président] « Jurez-vous de ne dire strictement que la vérité ? Si c’est le cas, levez votre sabot droit et dites "Je le jure". »

[Sylviane Joli] « Je le jure monsieur le président. »

[Président] « Bien, rappelons les chefs d’accusation qui vous sont liés, comme nous n’avons pas d’huissier greffier c’est à vous. »

[Greffier] « Madame Sylviane Joli vous êtes accusée de : escroquerie, abus de personne en état de faiblesse, de vol envers le Royaume, et d’un double chef, le meurtre de cinq magistrats dans l’exercice de leur fonction. »

[Président] « Merci greffier. Madame, reconnaissez-vous ces chefs d’accusation ? Vous pouvez garder le silence, bien entendu. »

[Sylviane Joli] « A votre avis ? »

[Président]  « Qu’en pensez-vous assesseur ? »

[Assesseur] « La cour prendra cette réponse pour un ''oui". »

[Président] « Très bien, accusée veuillez avancer jusqu’à la barre, inutile de prononcer vos droits au point où nous en sommes cela ne ferait que rajouter des lignes à notre greffier et d’ailleurs vue votre cas, vous ne pourrez pas vous exprimer pendant toute le durée de l’audience. Procureur, que dit la loi à ces chefs ? »

[Procureur] « Pour ce qui des escroqueries et abus de personne, la peine encourue est de cinq années d’emprisonnement ferme ainsi qu’une amende de 96 000 pièces d’or. Pour les vols envers le Royaume, cela est passible de perpétuité. Pour le meurtre de cinq magistrats dans l’exercice de leur fonction vous écoperez de vingt-deux années d’emprisonnement. Inutile de parler de remises de peine, dans votre cas, ce serait de l’insolence. Madame Sylviane Joli est coupable. »

[Président] « Merci Madame le procureur. Maître avez-vous quelque chose à ajouter ? »

[Avocat] « Oui, ma cliente n’a pas été condamnée pour séquestration et j’en suis outré. »

[Président] « Je comprends votre plainte maître mais l’accusée étant décédée, faire durer le procès ne rimerait à rien. De plus, aux chefs d’accusations nous pourrions rajouter : incitation à la haine, diffamation conduisant au suicide et atteinte à l’intégrité de nos cadavres ; et la liste est encore longue. Témoin, voulez-vous exprimer ? »

[Karl] « Non… »

[Président] « Très bien, nous allons passez au jugement. Assesseur, quelles seront les peines ? »

[Assesseur] « L’accusée ne pouvant effectuer une peine normal à cause de son état, je propose que l’on efface définitivement l’accusée des souvenirs de ce monde et qu’aucune trace de son existence ne reste à la surface des poney. Aussi, nous supprimeront son enveloppe mentale et corporelle post-mortem. Il ne restera donc rien de Sylviane Joli mis à part pour ceux qui étaient présent lors du procès. »

[Président] « Parfait, nous allons donc procéder au vote. Par manque de jurés, tous les magistrats ainsi que le témoin sont invités à exprimer leur avis. Assesseur ? »

[Assesseur] « Coupable. »

[Président] « Procureur ? »

[Procureur] « Coupable. »

[Président] « Maître ? »

[Avocat] « Coupable. »

[Président] « Greffier ? »

[Greffier] « Coupable. »

[Président] « Juré désigné à l’improviste ? »

[Karl] « …Coupable. »

[Président] « Pour moi aussi ce sera coupable. Nous pouvons donc procéder à l’exécution de la sentence votée. »

Les magistrats se levèrent et encerclèrent l’accusée, je restais en retrait de peur de recevoir un dommage collatéral. Ils prononcèrent alors une incantation commune, la forme fantasmagorique de Sylviane fut prise de transe, je la voyais se tortiller, se débattre alors que les cercle de magistrats aspirait le fantôme qui réduisait de taille et d’apparence à chaque seconde qui passait. Ayant purgé sa peine, Sylviane disparut ; le cercle se défit et chacun retourna à sa place.

[Président] « L’audience est fermé, greffier indiquez-nous quel sera le prochain dossier traité. »

[Greffier] « Le prochain accusé se dénomme Karl Tirecorde. »
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Karl Tirecorde
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MessageSujet: Re: [Concours] Jugement Post-Mortem (le passé de Karl) [terminé]   Mar 31 Mar - 23:53

Partie n°6 : Le Procès de Karl.



Mes yeux s’écarquillèrent à mon nom, et la méfiance que je leur portais grandit. Qui avait porté plainte contre moi et surtout, comment mon dossier avait pu se retrouver entre leur patte alors que leurs morts remontent de quelques années avant ma naissance ? Le président fit apparaitre une chemise dont il sortit un épais dossier bourré de papier et de constat. Mon passé n’est pas des plus reluisant mais je ne pensais que cela ferait couler autant d’encre de plus ; les magistrats se réunirent entre eux pour converser sur l’allure que prendrais le procès, j’en profitais pour me rééquipé au cas où l’on offrirait une chance de fuir.

« Karl, allez donc refaire chauffer de l’eau, votre cas est passionnant et il serait dommage que nous que la soif raccourcisse l’audience. »

Je m’exécutai à l’ordre du président. Passant devant la porte d’entrée, je vérifiai instinctivement si celle-ci avait été déverrouillée, ma naïveté me jouera toujours des tours. Fermant la porte de la cuisine, je pris soin d’ausculter la fenêtre pendant que l’eau chauffait si par hasard elle veuille bien s’ouvrir, elle était aussi bornée que la porte d’entrée.

Je retournai dans le tribunal improvisé et servit une tasse de thé à tous ces magistrats mort-vivants dans l’exercice de leur fonction. Je remis une bûche dans le cheminée et pendant qu’ils avaient le dos tourné, je pris sera peut-être ma dernière gorgée d’alcool, cette gnôle de ma conception dont le secret de fabrication n’a jamais été partagée allait devenir la dernière en son genre, le mélange subtile de poires, de pommes, et de cassis distillés dans une bouteille où l’on avait inséré au préalable une vipère ainsi qu’un crapaud séchés. Certain appelait ça un tord-boyaux à cause de sa capacité à mettre à mal vos intestins, c’est vrai qu’il faut avouer que c’est plutôt une boisson d’homme.

La préparation de l’audience fut terminée et les magistrats retournèrent à leur place. Le président prit alors la parole :

[Président] « Après quelques mûres réflexions, nous avons décidé que cette audience sera public, vue le nombre important d’âmes enfermées dans cette endroit, il serait égoïste de ne pas en faire profiter tout le monde. Si le public veuille bien se rapproche. »

C’est alors que la pièce vibra de toute part, un étrange bourdonnement enveloppa la pièce, les bibelots, les tableaux et autres machins se mirent à trembler et prit d’une force vitale, ils se déplacèrent et rejoignirent le tribunal. Ils arrivèrent de tous le côté, frôlant mes sabots et me poignardant de leur regard bourré de reproches. Mes yeux ahuris ne purent tous les compter, il y en avait des dizaines et des dizaines ; je me retournai vers l’avocat commis d’office, il me fit signe qu’il s’occuperait de défendre ma cause correctement. L’assesseur désigna cinq jurés parmi le public et les invita à rejoindre la table des jurés.

[Président] « Mesdames et Messieurs, la cour ! »

Le public applaudit avec joie.

[Président] « Je déclare que l’audience est ouverte, huissier introduisez le cas que nous allons juger. »

[Greffier] « Il s‘agit aujourd’hui du dossier de Monsieur Karl Tirecorde. »

[Président] « Merci huissier, assesseur veuillez nous présentez les jurés de ce tribunal. »

[Assesseur] « Nous avons : Lemmiwinks, gerbille grise en terre cuite ; Milka, une vache violette aussi en terre cuite ; Nono, le clown triste dont le visage est peint sur cette toile ; Prince de Lut, poupée en porcelaine tenant une épée ; et Henri, une autre poupée mais tenant cette fois ci un bébé appelé Kapoué. »

[Président] « Merci assesseur. Accusé, veuillez-vous avancer jusqu’à la barre. »

Je pris place devant la table des jurés,

[Président] « Vos nom prénom, âge, et qualité. »

[Karl] « Karl Tirecorde, vingt-quatre ans, guerrier et aventurier de niveau quatre »

[Président] « Jurez-vous de ne dire strictement que la vérité. Si oui, levez une patte et dites '' Je le jure''. »

Comme si j'avais le choix. Leur mentir signifiait mon arrêt de mort, peut-être se montreraient-ils plus clément si je leur racontais la stricte vérité de plus, le dossier a l’air de contenir plus de preuves que de souvenirs dans ma mémoire.

[Karl] « Je le jure Monsieur le président. »

[Président] « Bien, très bien. L'huissier va énoncer tous vos chefs d'accusation. Huissier ? »

[Greffier] « Les chefs d'accusation retenus sont : trafic de marchandises illicites, non-respect des taxes en vigueur dans le royaume, faux et usage de faux, état d’ébriété sur la voie publique, diffamation envers des membres de la haute sphère étatique. Nous avons aussi des chefs encore plus graves : meurtre d'un garde dans l'exercice de ses fonctions. »

[Karl] « Cet homme soul a tenté de me violer durant mon sommeil ! »

[Président] « La parole n’est pas à vous ! Huissier avez-vous terminé ? »

[Greffier] « J’ai terminé Président. »

[Président] « Merci greffier, nous allons procédés à l’examen de chacun des chefs d’accusation. Monsieur Tirecorde, étiez-vous bien à Ottapaw convoyeur de produits illicites tels que la liqueur d’herbe à chat ? »

Comment étaient-ils au courant de mon appartenance à la Niche ? Aucun document officiel existe ni même de signes distinctifs.

[Karl] « Oui c’est exacte. »

[Président] « En vendiez à votre compte ou pour le compte d’un autre ? »

C’était trop risqué avec ma carrure, la discrétion était la devise des dealeurs. De toute façon, l’argent revenait au comptable qui effectuait ensuite une redistribution entre les différentes étapes du commerce.

[Karl] « Non, je n’étais que la mule. On me disait de transporter les bouteilles à tel endroit et je m’exécutais.»

[Président] « Merci. Procureur, quelle est la peine encourue ? »

[Procureur] « Pour trafic de stupéfiant, la peine moyenne est de trois années d’emprisonnement avec une année de sursis pour les drogues dites durs. »

[Président] « Merci procureur. Passons au cas suivant : non-respect des taxes en vigueur dans le royaume. Qu’avez-vous à répondre à cela ? »

[Avocat] « Mon client n’était pas propriétaire d’un logement quelconque, son loyer était déductible de son salaire. Même si son activité professionnelle était illégale. »

[Président] « Accusé, confirmez-vous cette information ? »

[Karl] « Oui, je logeais dans une chambrette située dans un bâtiment appartenant à la Niche, le loyer devait être réglé à l’avance. »

[Président] « Et concernant les frais de douane et autres taxes de passages. »

Il est vrai que je faisais parfois de long détour afin de ne pas avoir à faire aux douaniers bouffeurs de fric. Et pour les villes je m’arrangeais pour passer lorsque la foule était dense ou bien dans les wagons de marchandise des trains.

[Avocat] « Mon client l’a annoncé au début de l’audience, c‘est un aventurier. Il est fort probable qu’il n’emprunte pas tous les péages se trouvant sur la route. Mais c’est de l’argent qui ne rentre pas dans les caisses du royaume, et pour compenser cette perte, le gouvernement augmente les impôts et gèle les salaires des fonctionnaires. C’est donc du vol auprès des contribuables. »

Salaud…

[Président] « Ce sera tout Maître. »

[Avocat] « Oui votre honneur. »

[Président] « Bien, qu’en pense le procureur ? »

[Procureur] « Le vol est passible de cinq ans de prison plus une amende estimée au montant de la somme volée. Autant vous dire que dans votre cas, ce montant est indécent. »

[Président] « Merci procureur. Chef d’accusation suivant : Faux et usage de faux. Papiers officiels falsifiés, droits de passage faux, Papiers du véhicule faux.»

Mes papiers ? Je pense les avoir laissé chez mes parents à Stalliongrad lorsque je suis parti, quant aux papiers du véhicule ? Je me demande si cela existe vraiment. Pour les droits de passage et les laisser passer, il est vrai que j’en ai utilisé plusieurs, surtout des faux.

[Assesseur] « Nous avons ici les pièces à convictions, et à la vue de celle-ci, n’importe qui pourrait reconnaitre qu’il est en présence d’un faux, même un imbécile. Qu’avez-vous à dire ? »

[Karl] « Je me suis fait contrôler de nombreuses fois et je n’ai jamais eu de problèmes. »

[Président] « Moui bon… Procureur ? »

[Procureur] « Faux et usage de faux est passible de trois ans de prison et d’une lourde amende. »

[Président] « Très bien, chef d’accusation suivant, huissier ? Pouvez-vous récupérer l’objet du délit ? »

Le greffier-huissier se leva et vint fouiller une de mes sacoches, il sortit mon livre ou je consigne en général, tout ce qui m’arrive et secouant les pages, il fit tomber le parchemin que je gardais caché. Le greffier remit la pièce à conviction au président qui eut petit rire lorsqu’il posa son regard sur la gravure.

[Président] « Eh bien, c’est une belle pièce à conviction, si j’ose dire. Il faut bien admettre que l’auteur a donné un très beau fessier à cette dirigeante. Il devait avoir de la suite dans les idées pour utiliser ce point de vue au moins, il le sens du détail. Vous êtes amateur de gravures érotiques ? »

[Karl] « …non…………… »

Ce parchemin, je l’avais piqué dans un tabac, c’était un bête pari passé avec ma bande vers mes dix-sept ans. Oui, c’est un pari à la con de piquer un Playpony. Je ne sais même plus pourquoi j’avais gardé une gravure dans mes affaires. Puis avec le temps, je m’étais attaché à l’image. Rien de pervers. Ni pour un quelconque plaisir solitaire… Retrouver le parchemin dans mon bouquin me faisait sourire, comme si c’était un clin d’œil à une vie antérieure. C’est aussi simple que cela.

[Président] « Je pense que la personnalité représentée ne devrait pas être de très bonne humeur si l’on lui présentait ce parchemin. Je n’ose même pas vous demander où l’avez-vous trouvé. Je pense qu’il serait injuste de retenir cette gravure contre vous. Cachée dans votre livre, le regard des autres n’aurait pu le deviner. Vous êtes innocenté à propos de diffamation envers des membres de la haute sphère étatique. Passons au l’accusation portant sur votre état d’ébriété sur la voie publique chronique. Huissier, saisissez la bouteille et amenez cinq verres. »

Quoi !

Le greffier servit cinq verres à la table des jurés, un pour chaque magistrat. C’est alors qu’ils burent cul sec leur shoot, qui dégringola en cascade entre les vertèbres de chacun de ces squelettes. Quel gâchis.

[Président] « C’est pas mauvais votre mixture, comment trouvez-vous assesseur ? »

[Assesseur] « Je dirais que c’est un mélange de poires, de pommes, de cassis, d’une vipère et d’un crapaud séché. »

[Procureur] « Je voudrais revoir la pièce à conviction, si vous le permettez. »

[Président] « Avec joie ! Huissier, resservez-nous. »

La cour s’enquilla un deuxième verre en toute impunité. Leurs robes détrempées par l’alcool collaient à leurs corps osseux, ils avaient l’air d’aimer ça.

[Avocat] « Je doute que mon client soit la seule personne imbibée d’alcool de tout Equestria. »

[Président] « Oui bon, oublions cet incident. Continuons le procès, prochain chef d’accusation, le meurtre de plusieurs personnes. Premier cas : le garde tué durant sa ronde. Qu’avez-vous à dire ? »

Le vieux soudard n’a eu que ce qu’il méritait, alors que je m’étais réfugié sous un abri dans une impasse pour passer la nuit à l’abri. Il renversa une poubelle sur son passage me tirant de mon sommeil. Il brayait des bêtises à gorge déployée, ne réagissant pas à sa présence je tentai de me rendormir, c’est alors qu’il passa près moi et posa ses pattes sur mon arrière train. Me relevant brutalement et furieux par son geste déplacé, je sortis mon épée et la planta dans sa trogne d’ivrogne. Cela remonte à quelque temps cette histoire, mais je la garde toujours en souvenir. C’est pour cela que je ne dors généralement que d’un seul œil lorsque je suis dans la rue.

[Karl] « Eh bien je… Ce garde à voulu me violer durant mon sommeil, ce n’étais que de la légitime défense. »

[Président] « Et plutôt que de partir ou de le pousser, vous l’avez embroché. Le méritait-il ? »

[Avocat] « Je m’abjure votre honneur ! Ce garde était un alcoolique. Comme énoncé précédemment, mon client n’est pas le seul amateur d’alcool de tout le pays. Ce garde en était malheureusement un aussi, son penchant pour la boisson était connu des services de l’armée, mon client n’a fait que protéger son c… »

[Président] « Maître voyons ! L’audience est publique, retenez vos émotions et surveillez votre langage ! »

[Assesseur] « Ce meurtre, même s’il s’agit de légitime défense, à quand même été commis. De plus, sur un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions. L’acte est donc aggravé par la position de la victime. »

[Procureur] « Le code pénal est clair à ce sujet. Un meurtre aggravé est passible de vingt-cinq années d’emprisonnement. »

[Président] « Merci procureur. Nous allons donc procéder au jugement de monsieur Karl Tirecorde ici présent. Jurés, reconnaissez la culpabilité de l’accusé, monsieur Lemmiwinks la gerbille ? »

[Lemmiwinks] « Coupable. »

[Président] « Madame Milka la vache ? »

[Milka] « Coupable. »

[Président] « Monsieur Nono le clown triste ? »

[Nono] « L’accucusé est coupapable. »

[Président] « Monsieur Prince de Lut ? »

[Prince de Lut] « Qu’il passe par le glaive du jugement, coupable. »

[Président] « Et, monsieur Henri ? »

[Henri] « Que la justice fasse son œuvre, coupable. »



Tous m’ont jugé coupable, que leur avais-je donc fait ? Le public d’objets applaudissait la décision des jurés, les magistrats se félicitaient, même l’avocat semblait être content, cet enflure m’avait pourtant dit qu’il me défendrait correctement. Je redoute maintenant quelle serait la peine appliquée : emprisonnement ? Travaux forcés ? Condamnation à mort ? Disparition du monde réel ? Je revoyais l’évaporation de Sylviane Joli, elle était particulièrement horrible, la pauvre semblait être aspirée de l’intérieurs, elle se débattait pour échapper à ses bourreaux, allais-je subir le même sort ? Les juges discutent entre eux, l’avocat assis à côté ne m’adresse même pas la parole, le greffier relit son rapport d’audience. Je suis donc seul. Seul face à ces âmes, ces spectres, ces squelettes en délire. Que me reste-il ?

Je regardais le feu, vide de toute pensée, il brulait paisiblement dans l’âtre, consumant une bûche de chêne, dommage qu’on ne lui ait pas donné la parole, peut-être aurait-il su me réconforter, me rassurer. Ou bien m’aurait-il descendu comme l’on fait tous les autres. Ils s’en foutent eux, ils sont morts. Leurs âmes sont simplement restées bloquées dans un bibelot. Peut-être s’ennuyaient-ils dans cette maison, ils profitent donc qu’il y ait un peu d’animation.

[Président] « Un peu de silence s’il vous plait, la cour va délibérer, que chacun reprenne sa place. »

Le public ainsi que les magistrats s’exécutèrent. Une fois que chacun ait repris sa place, le président se leva et prit la parole.

[Président] « Karl Tirecorde, par les droits qui me sont conférés je vous déclare coupable. Vous auriez dû être exécuté mais, vue votre bonne conduite durant tout ce procès, la cour a décidé de vous condamner à perpétuité. »

Perpétuité. Et où allaient-ils m’enfermer ?

[Président] « Votre cellule sera l’objet de cette pièce qui vous conviendra. Vous avez cinq minutes pour choisir. »

Ainsi donc, tous les bibelots de cette maison contiennent une âme d’un condamné. C’est assez glauque en y repensant, dire que la vieille vivait toute la journée entouré de ce monde. Mais tout de même, vivre dans un objet de décoration pour le restant de mon existence, si elle a une fin. Que pourrais-je bien prendre ? La corbeille à fruit ? Ce tableau représentant un paisible paysage ? Cette caravane commune des villes désertiques comme Appleloosa ?

[Président] « Le temps c’est écoulé, qu’avez-vous choisi ? »

[Karl] « Ce sera la pendule au-dessus de la cheminé. »

[Président] « L’ancienne demeure de Sylviane Joli, c’est étonnant. Avez-vous une dernière volonté avant de partir ? »

Tentons quelque chose, c’est le moment.

[Karl] « Je souhaiterai mettre une dernière fois le museau dehors avant d’être enfermé à jamais. »

[Président] « Refusé, mais je vous laisse le droit de visiter une dernière fois cette demeure qui sera la vôtre pour l’éternité à venir. »

C’était déjà ça.

[Président] « Mesdames et messieurs, l’audience est désormais fermée. Karl, prenez le temps qu’il vous faudra. Vous ne pouvez échapper à la peine qui vous été annoncé. Profitez de vos derniers instants de liberté. »

Je me rééquipai comme je l’étais tous les jours, mes sacoches harnachées sur le dos, mon épée rangée dans son fourreau placée au-dessus de ma sacoches droite, et ma cape, cachant la totalité de mes flanc. Je récupérai mon parchemin que je rangeai soigneusement dans mon livre ainsi que ma bouteille de gnôle. Tirant le bouchon, je bus directement au goulot ce qui sera ma dernière boisson alcoolisée, je la rangeai aussi dans mon paquetage et je me dirigeai vers la fenêtre. Les âmes au sol s’écartèrent à mon passage, ni eux ni moi ne voulions entrer en contact ensemble. Malgré la nuit, je vis que le temps n’avait guère changé depuis que j’étais arrivé, un épais manteau de neige fraiche recouvrait la terrasse, immaculé, soyeux, noble.

Je soupirai devant une telle pureté, une telle quiétude, alors que derrière moi ce trouvaient, ceux qui m’avaient condamné, mes bourreaux et mes compagnons pour l’éternité. Je me retournai et pris la direction de l’escalier, je montai les marches grinçante une à une, pour écouter chacun de leurs cris. Arrivé à l’étage, j’entrai dans la chambre où j’avais précédemment détruit le lit. Elle se situait sous le toit, les chute de neige étaient souvent accompagné de silence, pourtant, en tendant suffisamment l’oreille, on pouvait l’entendre tomber.

Je dois faire vite.

Je vérifiai que personne ne m’avait suivi, je saisis alors ma bouteille d’huile et déchirai un chiffon dans les draps du lit, je confectionnai ainsi un cocktail Molotov. Le chiffon allumé, je lançai la bombe incendiaire au bas de l’escalier, la bouteille se brisa et l’huile s’embrasa. Une magnifique gerbe de flammes attaqua le plancher, les murs, le plafond, et tous ceux qui se trouvaient sur son passage. Le bois à proximité s’embrasa, je venais de foutre le feu au cœur de chalet. Je refermai la porte et calfeutrai l’espace en-dessous avec du tissu puis, je me précipitai vers la fenêtre et tentai de la forcer, mais rien à faire. Elle était condamnée.

Merde, je ne vais quand même pas mourir bruler vif, ce serait trop con.

D’horrible cris me parvenait de l’étage inférieur, les âmes brulaient, leur cellules attaquées par les flammes. La chaleur montait et de la fumée passait par les interstices entre les murs, aucune solutions ne parvenait à mon esprit, de grosses gouttes de sueur se formaient sur mon corps, j’étais pris de stress, ce type de stress que vous ressentez lorsque votre vie est en danger. Je regardai tout autour de moi s’il n’existait pas une autre issue.

« Bon sang, le toit ! » M’écriai-je.

Je saisis mon épée et la plantai avec ardeur à travers les lambris du plafond ; utilisant ma lame comme un levier, je faisais sauter une à une les planches solidement clouées. J’entendis un crépitement dans mon dos, le feu venait d’atteindre le seuil de la porte et commençai à la dévorer. Je redoublais d’effort pour défoncer cette maudite toiture. J’arrivai enfin aux liteaux, plus épais, je dû utiliser mon épée comme d’une hache pour parvenir à les détruire. Le feu entra dans la pièce et gagnait du terrain, il était trop tard. Sous une chaleur insupportable, je rengainai mon épée et pris mon élan, je fonçai droit sur la toiture à moitié entamée. Le bois céda à mon assaut et je crevai la couverture de tuiles de bois, je me dégageai rapidement des débris qui me
maintenaient bloqué et sautai du toit.

Je me rattrapai lourdement au sol mais en vie, les flammes étaient désormais en train consumer le toit ; repassant devant la façade en feu, je jetai un rapide coup d’œil vers ce qui fut le temps de deux procès un tribunal. Le plafond s’était effondré et l’intérieur était un véritable brasier pourtant, il me semblait apercevoir des silhouettes inanimées. Les pantins d’os étaient bel et bien là, mais toutes avaient une position identique, de même qu’ils semblaient être encore fixés sur un axe rigide tel des mannequins. De même que tous les objets qui n’avaient pas encore été assaillis par les flammes, demeuraient encore rangés à leur place.

Les vitres éclatèrent sous la chaleur, il était grand temps que je quitte l’endroit avant qu’il ne s’effondre sur moi. Je m’élançai alors à travers, le vent, la neige, et le froid…;

********************************************************

…si je voulais survivre, je devais marcher. »

L’aubergiste me fixait toujours de son regard intrigué et dubitatif. Si souvent, les histoires ont une fin claire, la mienne restait pour moi floue. J’ignorais ce qu’il s’était réellement passé dans ce chalet, le fait de revivre ce procès me donnait la chair de poule. L’homme me resservit un verre de gentiane, posa la bouteille, et porta le shoot à ses lèvre. Je l’imitai.


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