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 [Concours] Snowing Mad [Complet]

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Zenith Dawnblade
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MessageSujet: [Concours] Snowing Mad [Complet]   Mar 24 Mar - 8:39

HRP:
 



Le goût. Le goût acide de l'air et celui amère de la transpiration. Le goût poisseux du sang dans la bouche.

L'odeur. L'odeur âcre de la poudre, l'odeur étouffante du feu et de sa fumée. L'odeur poisseuse et métallique du sang omniprésente. L'odeur écœurante des cadavres.

La sensation. La sensation de douleur dans tout le corps, la sensation de douleur des muscles, des os et des blessures. La sensation poisseuse du sang qui coule hors de la bouche et le long du flanc. La sensation de marcher sur un cadavre.

Le bruit. Le bruit métallique du fracas des armes entre elles, contre les armures. Le bruit strident des cris de guerre et des cris de détresse. Le bruit des pleurs. Le bruit poisseux de la lame qui pénètre la chair, le bruit sourd de l'arme qui broie un os. Le bruit sifflant de l'oreille, après le bruit agressif d'une explosion. Le bruit régulier d'un cadavre qui tombe.

L'image. L'image de la destruction, les gravas omniprésent et les restes des bâtiments. L'image de la destruction de la pierre des maisons et du bois des meubles. L'image de la destruction de souvenirs, d'une poupée oubliée sous des décombres. L'image de la mort, les cadavres défigurés pour certains, déchiquetés d'autres, figés dans la peur pour tous, dans une mare de sang poisseux, l'image des monticules organiques, des charniers attaqués par les premiers insectes. L'image de la mort, les combats qui font rage, les lames brillantes d'un éclat sinistre sous la lumière, chaque coup détruisant des rêves futurs, des vies présentes.

L'image de la guerre. Métallique. Poisseuse. Cadavérique. Partout.

J'ouvris soudainement les yeux. Pendant quelques secondes, je m’étouffais, incapable de respirer, de bouger. Puis j'inspirai. J'expirai. Je respirais et mes idées se remettaient peu à peu en place. Mon regard quittait mon cauchemar pour se fixer sur le baldaquin de mon lit. Dans ma chambre? Chez mes parents. À Canterlot. Pas à Gryphus, non. J'hésitais à refermer les yeux. J'avais peur des ténèbres qui risquaient de m'envahir. Non, c'était déjà le matin. Je me glissai hors de mon lit et quelques pas chancelants me menèrent au lavabo de ma chambre. D'un coup de sabot, je l'ouvris, et plongeai mon visage dans l'eau sans le moindre soucis de bienséance. Peu importe ma tenue, je ne souhaitais que noyer ce rêve.

Cette guerre avait été terriblement éprouvante. Elle avait été la cause de destructions titanesques et j'avais été forcée de faire face à des atrocités innommables. Et une fois cette bataille achevée, je n'avais pu que m'isoler dans ma chambre, de retour dans le manoir familiale pour faire le point sur la situation. J'avais fais de nombreux cauchemars et peut importe combien l'on nous avait félicité pour notre vaillance, je me sentais mal, changée. Souillée. J'ouvrai les yeux sous l'eau, et quand je sentis que mes poumons se mettaient à brûler, je sortis ma tête du liquide et la laissai s'égoutter quelques instants au dessus du récipient. Je fis léviter ma serviette jusqu'à moi. À cause de ma peur, c'était ma magie bleue qui s'était activée de façon autonome cette fois-ci. Je plongeai ma tête dans le tissu frais avec délice et la déposai délicatement au bord du lavabo.

Après quelques étirements, je sortis de ma chambre et descendis les escaliers pour rejoindre la salle à manger. Sur le chemin, j'adressai un petit signe de tête à Jenna Soulfitt, ma vieille gouvernante qui remontai le linge sale sur lequel gigotait le chat des servantes. Depuis cet "événement", je parlais très peu à mon entourage. Ce baptême de feu avait été très violent pour moi. Je ne connaissais de la guerre que la théorie, guère la pratique, et devoir l'affronter ainsi, sans préparation on presque avait été une terrible épreuve. Si, sur le coup, mon adrénaline avait pris le contrôle de mon corps et que j'avais plutôt bien agit, le contre-coup avait été rude. Cauchemars, réminiscences avaient été mon lot depuis presque une semaine, même si je me calmai peu à peu.

Je laissai une bonne me servir un petit déjeuner normal, un thé, de la brioche et de la confiture, et je me mettais à manger quand Jenna entra dans la cuisine et m'aborda d'une voix légèrement enrouée par l'âge:

"Mademoiselle, Madame vous a laissé un mot. Elle a écrit Sir Cristalwind, à votre propos."

Je dressai une oreille. Pourquoi Mère aurait-elle voulu discuter de moi avec son cousin d'Aurora? Je reposai le bol qui lévitait devant mes lèvre et tournai mon regard vers la terrestre, comme preuve d'intérêt. Elle continua avec un sourire affectueux:

"Elle s’inquiétait de votre état et trouvait que cela devait être une bonne idée que vous alliez séjourner à l'écart de Canterlot, où les gardes royaux pourraient vous rappeler des souvenirs... déplaisants. Sir Cristalwind a mis à votre disposition son chalet de vacances, dans les Cristal Mountains, un lieu magnifique. Ils n'y vont guère souvent depuis la naissance de leur quatrième enfant, mais aimeraient bien que quelqu'un y loge temporairement. Apparemment, pendant leur migration, certains oiseaux passent dans les environs du chalet et Monsieur avait l'habitude de leur laisser de la nourriture, mais il a un empêchement cette année. Ainsi, ils serait pleinement satisfait si quelqu'un y habitait pendant quelques jours au moins, ne serait-ce que pour nourrir les oiseaux. Mais vous pouvez bien sûr y séjourner plus longtemps. Cela vous convient-il?"

L'idée me plaisait assez à vrai dire. Un lieu calme, reposant et autonome me ferait le plus grand bien. La gouvernante ajouta que l'habitation risquait d'être crasseuse, depuis le temps, mais je la rassurais. Tout ceci n'avait aucune importance, je saurais me débrouiller sans bonne. Quand j'eus fini mon repas, elle m'aida à préparer mes affaires, une valise et une double sacoche, et me donna de nombreux conseils. Son côté mère-poule me fit sourire malgré mon air maussade. Le lendemain soir, elle m'appela un taxi qui, après qu'elle m'ait souhaité un bon voyage, me mena à la gare de Canterlot. J'y pris un train cristallin, bien plus élégant et rapide que la plupart des trains solaristes. Mon esprit de Forgeur ne cessait de s'émerveiller à chaque fois que je m'approchais de l'un d'eux.

Au matin suivant, j'arrivai à la gare du Cristal Empire, et un taxi volant me mena en quelques heures à la résidence. Le cousin de Mère ne nous avait guère mentit: le paysage était incroyable. Tout le col était couvert d'un sublime manteau blanc et scintillant sous le ciel blanc et lumineux. J'aurais presque pu me camoufler si je n'était équipée d'un épais manteau brun, de deux paires de bottes fourrées beiges et d'une écharpe en cachemire bordeaux. Sans oublier ma glorieuse crinière rubis, dont l'environnement semblait créé pour faire ressortir tout le chatoiement. Pour la première fois depuis plusieurs jours, un sourire de vrai bonheur éclaira mon visage. J'offris quelques pièces supplémentaire aux pégases, comme pourboire, et me mis en route vers la maison de bois qui se démarquait plus loin. Malgré la sérénité reposante des lieux je se mis à avancer plus vite, m'enfonçant dans la neige, de peur que le frimas environnant ne gèle ma prothèse. D'ailleurs, comme pour anticiper ma crainte, le temps humide se transforma en temps neigeux, et je dus sentir en plus la morsure du froid sur mes oreilles, tandis que les cristaux de glace se déposaient délicatement dessus.

Après quelques minutes de marche confuse dans les monceaux de neige, j'arrivai face à une porte de bois. Déposant ma besace à terre, je fouillais dedans du sabot pour trouver le petit reflet que je cherchais: la clef du chalet. Après quelques secondes d'hésitation, je décidai de la saisir à la bouche. Avec le froid environnant, la saisir par magie serait prendre le risque de l’abîmer à cause du changement de température. Je bataillai quelques secondes pour la faire rentrer dans la serrure et la faire pivoter, ma vision brouillée par la buée émanant de mes naseaux, et maudissant mes membres tremblants. Finalement, un cliquetait salvateur se fit entendre, suivit du grincement de la porte qui s'ouvrait après plusieurs mois de silence. Posant mon sac par terre, je refermai la porte derrière moi, mettant la clef dans la serrure pour éviter toute intrusion aussi improbable soit-elle. Je soufflai un instant, émettant un petit nuage de buée. Il faisait évidemment meilleur qu'à l'extérieur, mais la température ambiante ne dépassait sans doute pas les 10°C. Laissant mon sac devant la porte, je fit le tour de la salle principale, gardant mon manteau et mes bottes pour me tenir chaud et déposant mon écharpe sur un fauteuil.

La salle principale était un vaste salon-salle à manger, avec au centre une cheminée entourées de fauteuils, une table à gauche, à côté d'une porte qui devait mener à la cuisine, et une sympathique bibliothèque à droite, à côté de deux escaliers, l'un montant et l'autre descendant. Je grimaçai en constatant que le parquet grinçant faisait presque autant de bruit que ma prothèse quand elle n'était pas assez huilée. Sur le même mur que les escaliers, une autres porte attira mon attention. Allant vers elle en premier, je l'ouvris du bout du sabot, révélant une salle au sol de pierre et aux murs ouverts sur le vent glacé de l'extérieur. La température baissa d'un coup et je refermais soigneusement la porte pour éviter de refroidir tout l'habitacle. Regardant autour de moi, je vis plusieurs nids, des tas de vieux jouets poussiéreux et une grande réserve de bois sous une bâche. Je me souvins alors que l'on m'avait demandé de m'occuper des oiseaux installés dans le porche. On leur donnait généralement une large quantité de grains avant de partir, mais ils n'étaient pas sûr d'en avoir donné suffisamment cette fois-ci. D'ailleurs, j'avais justement pris un sac de graines dans ce but, mais il semblait leur en rester un petit peu, rien d'urgent de ce côté-ci. Je soulevai la bâche et constatai que le bois était sec, bien que froid, et je récupérai quelques bûches par la force de ma magie rouge. Dans le calme environnant, celle-si se contentai de dégeler légèrement le bois sans le briser, et je ne lui en demandais guère plus. Retournant dans le salon, je posai les bûches dans la cheminée, agrémentai le tas de brindille et de papier journal qui traînait, et griffai une allumette pour allumer le feu. Soufflant lentement dessus, il prit rapidement grâce au papier, provoquant une chaleureuse gerbe. Je restai quelques instants à en profiter, avant que la flamme ne se stabilise sur les bûches, prenant une taille plus humble.

Satisfaite par la température qui allait peu à peu augmenter, je fis quelques pas vers l'autre porte qui s'avérait effectivement mener à la cuisine. Un four à bois, une petite réserve de bûches à côté, une machine à café dans un état relativement moyen, des plaques à gaz, des zones de travail, des placard contenant de la vaisselle... un cuisine, tout simplement. Je m'arrêtai quelques instants sur la cafetière qui aurait bien besoin d'un coup de tournevis. Une chose de plus à ajouter dans le programme de ces vacances! Une bourrasque me fit sursauter, faisant trembler la porte et vibrer les fenêtres. Regardant à travers l'une d'elle, je vis que le paysage était totalement blanc, uniforme. La petite neige de tout à l'heure s'était visiblement transformée en blizzard.

Retournant à mon sac, je l'ouvris et en sortis une petite montre. Il était déjà midi, et mon appétit semblait en accord avec l'heure. Je pris un petit sac de fruit frais dans mes affaires, que j'apportai à la cuisine. Je me doutais bien qu'il n'aurait pas beaucoup d'aliments périssables, ou du moins Jenna s'en doutait. Jetant un œil dans les réserves de la maison, je vis qu'il ne restait pas grand chose. J'allais devoir descendre faire des courses demain... Mais encore une fois, ma gouvernante avait tout prévu. Retournant à mon sac, j'en sortit une petite boîte contenant quelques pancakes. J'en pris un, ouvris un pot de confiture de myrtille qui occupait le coin d'un placard, et après avoir inauguré une cuillère pour étaler la seconde sur le premier, je dégustai l'aliment en fermant les yeux. La ponette avait vraiment un don pour préparer des plats succulents. Je pris une pomme dans le sac de fruit, pour équilibrer un peu le repas que je venais de prendre, et la grignotai en faisant la vaisselle. Le silence uniquement entrecoupé par les coups du vents sur l'habitacle.

Je n'avais pas envie d'explorer immédiatement le reste de la maison froide, et préférai m'installer sur un fauteuil face au foyer. Sortant un livre de mon sac, je me mis à lire tranquillement, oubliant peu à peu le blizzard qui soufflait dehors ou le feu qui perdait en intensité.

Quand je relevai la tête de l'ouvrage, ce fut pour me rendre compte que j'essayais de le déchiffrer dans le noir quasi total. La joyeuse flamme de la cheminée n'était plus que braises à peine rougeoyantes, mais le temps extérieur semblait toujours aussi capricieux, monopolisant mon ouïe. Eh bien, ce livre était vraiment passionnant, je n'avais pas vu le temps passer. Je recherchai du regard ma montre, mais quand je la trouvais, je constatai que la trotteuse était immobilisée. Je l'avais pourtant remonté cette semaine. Était-ce à cause du froid ou du changement d'altitude? Étrange. Je remarquai un autre fait particulier: mon écharpe n'était plus là où je l'avais laissée. J'étais pourtant persuadée de l'avoir laissé sur l’accoudoir du fauteuil, mais non, elle était introuvable. Alors que je réfléchissais à une réponse à mes questions, un grincement vers les escalier fit s'agiter mon oreille. Aussitôt, je lançai d'une voix forte:

"Il y a quelqu'un?"

Seul le vent me répondit. Une inquiétude idiote me prit. C'était sans doute le travail du vieux bois du plancher, rien d'autre. Qu'espérais-je, une réponse, suivit d'un aimable dialogue autour d'une tasse de thé? Dans un soupir que je voulais confiant, je décidai de résoudre rapidement cette histoire avant que mon imagination de s'emballe. Je grattai une allumette et allumai une bougie qui trônait sur la cheminée. Je la pris délicatement entre mes dents, ma magie rouge la ferait fondre trop vite et ma magie bleu l'éteindrait. Gardant toujours mon manteau et mes bottes pour me tenir chaud, j'allai vers l'escalier. Je ne voulais pas prendre le risque d'aller dans l'entrepôt exposé à tous vent pour récupérer du bois, je m'en occuperai plus tard.

La bougie m'éblouissait un peu, m'empêchant de voir loin dans la pénombre, mais au moins je voyais un minimum à proximité. Il me semblait que le bruit venait de l'escalier de la cave, vers lequel je me dirigeai donc en premier. Les gémissements de chaque marche sous mes pas me portait sur les nerfs, m'empêchant de réfléchir. Et malgré ma tenue, l'air était de plus en plus frais. Après une quinzaine de marches, mon sabot se posa sur de la pierre froide, dans un petit claquement qui retentit dans l'espace étroit. Malgré le noir total, ma flammèche me permit de voir une porte fermée devant moi. M'en approchant lentement, je mis la patte sur le loquet et poussai. Rien. Fronçant les sourcils, je forçai de plus en plus fort jusqu'à m'appuyer dessus de tous mon poids, mais l'accès ne bougea pas. Eh bien, si elle était fermée à clef, cela résolvait pas mal de problèmes.

Légèrement soulagée, je remontai au rez-de-chaussé, totalement plongé dans la pénombre. Sans doute à cause de cette bougie à deux centimètre de mes yeux. Profitant du fait que j'étais levée pour inspecter le premier étage, je pris la seconde volée d'escaliers que je gravis plus rapidement, débouchant sur un couloir. Trois porte. La première donna sur une salle d'eau totalement dépourvue de fenêtres, si sombre que c'est grâce au lavabo juste à côté de l'entrée que je déduisis le rôle de la pièce. Quelqu'un! Je me retournai vivement, non, personne. Non, non. Personne. Je scrutai l'obscurité, à la recherche d'un reflet, d'un relief, preuve que la présence que j'avais ressentis était réelle.



Je tendis l'oreille pour tenter de percevoir un son. Rien, absolument rien. Le silence complet. Le vent de soufflait plus, du tout. Le silence me semblait soudainement terriblement pesant. Je sentis un frisson dans mon dos. J'ouvris la première porte, à droite. Une chambre double, un lit prêt à être fait, les draps et la couverture pliés à son pied. La fenêtre donnait sur un paysage blanc et glacé, le mur était couvert de cadres plus ou moins grands, de formes divers. À hauteur de mes yeux, une photo dans un cadre rond représentait une famille devant une caravane, un souvenir de vacances sans doutes, une dans un cadre carré représentait un jeune poulain souriant. Soudain, je me sentis mal. Peut-être à cause du regard figé de l'enfant, qui semblait regarder juste derrière moi. Peut-être à cause de toutes ces expressions figées, tout autour de moi, tous ses sourires me semblant des rictus. J'avais la désagréable sensation d'être observée.

Serrant mes dents sur le bougeoir, je sortis aussi vite que possible de la chambre et descendis les escaliers

Les descendis.

Les descendis encore.

Je devrais être au rez de chaussé là, non? Non? NON? Un claquement retentit, me faisant sursauter et m'immobilisant totalement. Un sabot contre de la pierre. Mon sabot contre la pierre. Mon cœur battait la chamade, et je sentais la sueur couler sur ma nuque, la tension me donnait le vertige.

J'avançais lentement. Ce n'était pas le rez-de-chaussé. C'était la cave. J'avais raté l'étage? Non, c'était impossible. Alors pourquoi?

Pourquoi?

Pourquoi cette porte est-elle ouverte? Pourquoi cette flammèche ne cesse-t-elle de vaciller? Pourquoi la cave est-elle aussi noire? Pourquoi ai-je l'impression que l'escalier derrière moi n'est plus qu'un mur? Je veux sortir!

Je veux sortir!

Je rentre, chacun de mes sabots contre le sol minéral fait un bruit qui résonne dans la pièce. J'ai l'impression que cette pièce est immense, l'air est gelé, un souffle froid fait trembler la lueur de la pauvre bougie et fait frissonner mon flanc d'une caresse glacée. J'avance, un pas, un autre, un pas, ma prothèse, un bruit sourd. Le violent claquement de la porte m'arrache un cris de surprise. Le bougeoir échappe à mes dents et tombe sur le sol rocheux, s’éteignant dans un petit grésillement définitif.

Il fait noir.

Un noir total, absolu.

Je trébuche, je fais demi-tour pour rejoindre la porte. Je marche une seconde, deux secondes, cinq secondes.

Trente secondes.

La porte, où est la porte! Je veux sortir!

Mes yeux s'habituent à l'obscurité, malgré l'absence de lumière. Une fumée grise semble tapisser le sol. Une fumée froide, frôlant mes pattes. Mes pattes et celles des silhouettes autour de moi. Devant moi, à côté, derrière, partout. Partout.

Elles me cernent, je suis cernée, pitié, laissez-moi sortir, laissez-moi partir!

Je tremble, mes yeux grands ouverts sont presque aveugles, je n'entends que le silence, total, omniprésent, j'ai froid, partout.

J'ai froid, j'ai mal, j'ai un goût aigre et persistant au fond de la gorge, je n'arrive pas à déglutir. J'entends des chuchotement, des murmures, des bruissements de voix, quelqu'un souffle dans mon oreille:

"Souffre"

Une douleur surgit dans ta patte handicapée, une douleur diffuse, qui t'immobilise, tu n'arrives plus à marcher. Une odeur désagréable monte à tes narines. Une odeur de sang, de pourriture, de métal, de mort. L'odeur de la fumée t'étouffe, tu n'arrives plus à respirer.

Le temps semble s'accélérer autour de toi, allant au rythme de ton cœur affolé et de la terreur qui monte en toi. Tes halètements font un bruit douloureux, mais ils sont surpassé par de lointains bruits de chocs, des bruits métalliques, poisseux, des bruits de cris. Tu veux crier.

Pourquoi?

Pourquoi ne peux-tu pas crier?

Laissez-moi! Laissez-moi crier!

Laissez-moi partir!

Les silhouettes s'agitent, s’entre-tuent. Les silhouettes meurent et tuent. Toutes les silhouettes, elles sont toutes toi. Toi, tu meurs et tu tues. Partout, le sang gicle, tes pattes souillées sont immobilisées dans les charniers poisseux, les mort s'agrippent à tes pattes, te retiennent, t'appellent. Tu avances difficilement, tes larmes de terreur laissent un goût salé dans ta bouche.

Des marches!

Tu montes! Tu montes les marches!

Il fait noir, noir, partout, sauf dans les fenêtres qui sont grises, moins sombres que le reste des ténèbres. Il fait froid, froid. Quelques chose s'emmêlent dans tes sabots. Quelque chose de doux, qui lie tes pattes avant, te faisant tomber. Derrière toi, la silhouette est là, debout, ton écharpe face à elle. Tu ne vois pas ses yeux, son corps entier n'a qu'une couleur: un noir encore plus sombre que celui dans lequel baigne la salle. Le silence n'est brisé que par le bruit de la trotteuse de ta montre, par terre.

Elle s'est remise en marche?

Tu oses à peine inspirer, tes poumons brûlent, tu regardes sans ciller l'être qui te fait face. Tu entends une respiration lourde, rauque, juste à côté de ton oreille, alors que la silhouette est à un mètre de toi:

"Abandonne"

La terreur te bloque, tu sens le désespoir t'envahir. Un dernier espoir.

À côté de toi. La neige sur le sol.

L'entrée.

Tu me relève maladroitement sous le regard de la silhouette dont le visage te suit.

Tu tambourines sur la porte. Tu pousses, tu tires, tu tentes de la faire bouger à coup de magie bleue, mais elle est bloquée.

Les fenêtres sont grises. Recouvertes par la neige. La neige bloque la porte. À l'aide... À l'aide!

À l'aide!



Quelqu'un te parle, mais qui? Qui? Moi? Oui moi. Mais je suis toi. Tu te parles, tu es seule et tremblante sous le regard invisible de la silhouette.

Es-tu en train de sombrer dans la folie? Moi non. Non, mais bientôt. Tu pousses un hurlement de désespoir, la terreur te fait perdre ton bon sens.

La folie s'approche pas à pas, tandis que la neige tombe silencieusement.

Tu charges dans le vide, la Silhouette est derrière toi. Un rire lointain s'élève doucement. Un rire souriant, amusé. Un rire jeune et doux. Un rire terrifiant, qui résonne dans le silence. Dans ton silence.

Tu gémis, tu ne sais plus quoi faire. La trotteuse rythme ta folie naissante. Tu brises la montre d'un coup de sabot. La trotteuse continue de rythmer les secondes tandis que les éclats d'engrenages et de mécaniques s'éparpillent sur le sol.

Sur le sol de pierre du sous-sol. Tu regardes le noir absolu autour de toi.

Tu le regardes.

Tu cris.

Tu hurles.

Laissez-moi sortir! Pitié!

Pitié, laissez-nous sortir d'ici!

Tu sombres dans l'inconscience. Non. Tu rouvres les yeux. Mais sont-ils vraiment ouverts? Il n'y a pas de différences, tous les noirs se mélangent. Les combats recommencent.

Tu te vois te tuer. Tu t'entretues sous tes yeux. Cesse de pleurer, tu rates le spectacle de ta tête qui roule à tes pieds. Pourquoi recules-tu? Tu as peur? Mais de quoi? De mourir?

Oui, tu as raison d'avoir peur. Tu n'as rien à faire ici.

Cours, pars, va-t-en.

Tu me gênes.

Cesse de crier!

Tu reçois un violent coup sur le crâne, le coup de fait chanceler mais ne t'assomme pas. Tu cherches ton agresseur, mais tu ne le trouves pas. Tous tes toi t'ignorent et s'entretuent.

Il est invisible? Encore?

Caché dans le noir, entre les silhouettes sans visage qui t'observent mourir?

Elles sont des dizaines, des centaines, des milliers.

Une infinité de silhouettes sans visage qui jouissent de ta mort. Elles ont un visage.

Elles ont une bouche pour sourire et rire de toi.

Cris, cris et pleure. Elles ne demandent que ça. Je ne demande que ça.

Laissez-moi partir... Pitié...

Tes cris faiblissent. Tu finis par te rendre? Ta logique t'as enfin abandonné? La folie t'as accueilli en son sein?

Chut, chut, pleure donc, et laisse-toi faire...

Tu es venue ici, tu as osé t'installer. Tu as osé me déranger, qu'espérais-tu?

Tu ne sais plus qui te parles n'est-ce pas? Est-ce toi? Est-ce moi? Attends-tu une réponse, imbécile?

Un violent coup sur la tempe te projette à terre. Tu ne te relèves pas, les pattes rentrées contre ton corps et les yeux exorbités, dans le vague.

Un autre toi tombe juste devant toi, un œil hors de son orbite, dans une flaque de sang. L'odeur du sang, poisseux, est partout. Tu as vu? L’œil te regarde. Il te suis du regard. Il t'appelle à l'aide, mais il est trop tard. Il est mort.

Et toi aussi.


























Une lame dans mes côtes. Mon cris déchire le silence environnant. Mes yeux s'ouvrent, éblouis. Je ne sais plus ce que je suis. Suis-je morte? Vivante? Il y a trop de lumière, je ne vois rien. Je distingue à peine la silhouette à côté de moi.

Me défendre, je dois me défendre. J'ai peur pour ma vie, je ne veux pas mourir. Je ne sais pas ce que ma magie a saisi, j'ai mal aux côtes, j'ai si mal! J'entends un bruit écœurant à côté de moi.

L'ai-je vaincu? L'ai-je tué? Oui? Non?

J'entends toujours une voix. Une voix dans ma tête. Ma voix? Oui, la mienne. La mienne, pas la sienne. Je n'entends plus sa voix. Elle a disparue. Je suis libre. Pars, pars loin et meurs.

Laisse-moi partir.

Ma tête tourne tourne. Je tombe, oui je tombe, je ne sais plus, je ne sens plus, ou suis-je, ou suis-je, je ne vois plus, je perds conscience, je crois.


~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

Je me réveille. Je me sens désorientée, terrifiée, je ne sais plus ce qu'il s'est passé. C'était il y a cinq minutes? Une heure? Un jour? Le sol est froid sous mon dos. De la pierre? Je me relève et je retombe. La douleur dans mes côtes est insupportable. Je me tords le cou pour tenter de voir ce qui cause cette douleur. Et je le vois soudain. Le cadavre.

Une licorne verte pale, la crinière blanche, un masque couvrant son visage, une lame planté dans le cou, la plaie est une bouillie sanguinolente. Je reste figée, oubliant un instant ma douleur. Est-ce moi qui l'ai tuée? Il me semble... je ne sais plus. Je ne sais plus ce qu'il s'est passé, il ne me reste que la peur, la terreur de la folie. Une douleur fulgurante me rappelle à la réalité, une large blessure orne mon flanc et le sang tiède coule le long de mon ventre. Je peine à rester debout. Je cherche quelque chose pour me soigner autour de moi.

Où suis-je?

On dirait une sorte de laboratoire, une marmite renversée laisse un liquide nacré se rependre sur le sol, tandis que le brasier sur lequel il devait se trouver rougeoie à peine. Je m'approche en fronçant les sourcils. Un vertige me prend, des flash sombres s'imposent à moi. Dans un cri, je trébuche et tombe en arrière. Mais qu'est-ce que...

Des gaz hallucinogènes? Il faut que je parte, vite. Je ne sais pas ce qu'il se passe ici, mais je ne peux pas rester plus longtemps. Il faut que je sorte. Je prends sans y penser mon écharpe qui traînait sur un tabouret et la passe autour de mon cou d'un coup de dent. Je ne sais pas pourquoi, mais il me semble que la neige du blizzard bloque la porte.

Je sors par l'unique porte de la salle, qui est ouverte, et gravis un escalier de bois qui grince sous mes pas. Je débouche sur le salon. J'étais à la cave? Je vois la lumière se déverser par les fenêtres. La nuit est déjà passée? Je prends mon sac fermé et donne un violent coup sur la porte, qui s'ouvre sans résistance. La neige tombait à nouveau doucement sur mes oreilles, celle qui avait bloqué la porte avait fondu.

Je vis au loin un taxi volant avec deux pégases, dos à moi, en train de regarder le paysage. Je les hèle, les appelle à l'aide. Ils se retournent vers moi, l'air surpris. Ils ont des visages, ce ne sont pas des Silhouettes. Je trottine aussi vite que possible vers eux, tentant de ne pas tomber dans la neige. Il volent vers moi et se posent à mes côtés. L'un deux a un visage familier. Il me demande:

"Vous allez bien?"

Je lui réponds désorientée:

"Je... mon flanc... sang... j'ai mal..."

Le second jette un œil d'un côté, de l'autre, puis regarde son camarade en haussant un sourcil avant de me dire:

"Vous... vous n'avez rien..."

Que voulait-il dire? Je sentais bien que j'étais blessée! Enfin, le froid m’anesthésiait un peu, mais quand même! Je regarda ma blessure. Un plutôt mon manteau. Quand l'avais-je remis? Je le retirai rageusement, laissant mon sac à terre. La blessure, le sang avaient disparu. Mais... pourquoi? Comment?

Inconsciente du froid qui me prenait, je me jetai sur mon sac, l'ouvrant d'un coup. La montre était là, intact, le petit bruit insistant de la trotteuse chantant toujours. Mais... pourquoi? Comment? Un doute me pris. Sans décrocher les yeux de la montre, je leur demande d'une voix tremblante:

"Que... Que faisiez-vous... là, à l'instant..."

Quelques secondes de silence, avant que l'un des deux me réponde:

"Bah, on vous a amené ici, vous disiez qu'un cousin de votre mère vous a prêté le chalet pour prendre du repos. On a fait une petite pose ici pour profiter du paysage, vu qu'on avait pas de courses avant une heure. Ça fait une demi-heure je crois."

_____________________________________________
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