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 Là où la bonté mène à la mort [Pv : Reverse Song]

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MessageSujet: Là où la bonté mène à la mort [Pv : Reverse Song]   Sam 20 Juin - 15:40

Dans le ciel nocturne les étoiles semblaient bien mornes, éteintes. Sur la cité aux feux éteints, aux lumières dansantes et éphémères, le temps avançait au ralentit. Dans les rues souvent puantes, dont certaines délaissées par la peur de rencontrer la mauvaise personnes, les souvenirs de grandeurs pesaient comme une fragrance oubliée. Mais la ville n'oubliait pas. Les survivants, car on ne pouvait qu'appeler comme cela ceux qui étaient nés ici, se contentaient de vivre, survivre, là où autrefois régnait un ordre, une grandeur. Désormais, seule la décadence et la mélancolie étaient reines, de ce royaume vicié où les coeurs palpitants s'arrêtaient...à l'ombre du secret.

C'est à cet endroit malfamé qu'il se trouvait alors. Après avoir marché, jour après jour, survivant avec ce qu'il trouvait, il avait finit par arriver à Detrot. Les Bad Lands lui semblaient trop infréquentables, trop dangereuses, trop effrayantes. Pourtant il ne savait pas que sur les terres Pledgiennes, tout endroit se trouvait être dangereux. Mainte fois avait-il entendu que la loi du plus fort était la seule loi valable en ces terres maudites, sur lesquelles on hésitait pas à cracher. Mais désormais il allait devoir y vivre, pour survivre.

Ombre parmi d'autres ombres, Scaredy restait collé aux murs des ruelles, préférait rester loin de ceux qui s'occupaient d'eux même, ne lui octroyant même pas un regard. De toute manière, ils semblaient tous assez énervés...et lui semblait tout à fait quelconque, malgré son manteau gris et sa capuche, tous les deux rabattus, cachant à tous sa plus grande honte ainsi que son visage. Un grognement provint de son ventre...le jour s'était levé et depuis ce temps jusqu'à cette nuit, il n'avait pas réussi à trouver de quoi sustenter sa faim. Son regard se posait sur les boutiques mais il se détournait bien vite, sans le sou, regarder des victuailles qu'il ne pouvait acheter allait le rendre fou. Morne, sans éclat, il s'intégrait bien à la ville, triste comme il était, vagabond, visiteur...

Puis, au détour d'une ruelle, il vit un pégase entrain de ranger de rares pommes dans une boîte. De ce qu'il voyait, il avait renversé ce qu'il transportait et se dépêchait de ramasser, grommelant, lançant des regards emplis de colère à droite et à gauche. Depuis qu'il était arrivé, il avait comprit que le vol était monnaie courante. Que c'était presque naturel que d'en voir une fois par jour...non, une dizaine de fois par jour. Le marchand, enfin, sûrement l'était-il, finit par tout ranger et repartit, se hâtant...il était en retard. Alors il continua sa route...quand son regard fut attiré par un éclat rouge dans le caniveau. De la nourriture, quelque chose de mangeable malgré l'endroit peut ragoûtant où se trouvait posée, comme un cadeau de Noël, une pomme rouge et luisante. La faim se rappela à lui, plus forte encore. Si il avait oublié de ramasser...c'était de sa faute, non? Il pouvait...il pouvait la prendre sans crainte...non?

Non...non ce n'était pas correct que de faire ça. Hésitant, il sursauta quand un gamin passa près de lui. Comme un éclair, il prit la pomme d'un geste vif et assuré et se tourna vers lui. De sa bouche sortit une langue insultante qui lui indiqua qu'il le prenait pour un imbécile, et il croqua ostensiblement dans la pomme avant de s'en aller en courant...il aurait presque pu l'entendre ricaner. Resté coi et...comme un imbécile, Scaredy ne se sentait...même pas énervé. A vrai dire, il ne savait plus trop quoi penser, si ce n'est que peu à peu son ventre allait remplacer sa tête.

Sa marche continue le mena à un autre endroit...un ancien parc sûrement...les plantes négligées grandissait sans aucun contrôle et le tout ne ressemblait plus à rien. Scaredy s'arrêta sur un banc moisi, soupira...il était toujours si affamé. Le seul moyen pour se nourrir était de voler...ou trouver du travail, quelque chose à faire et demander de la nourriture pour toute compensation...mais il avait peur de demander, de déranger même, tout le monde semblait avoir quelque chose à faire, et rien à proposer. Réfléchissant à la situation, il commença à parcourir du regard le parc...et si il y avait un arbre fruitier...ou un buisson portant des baies, caché là dans ce chaos d'émeraude?  Porté par la force de la famine, il commença à fouiller, par-ci...par là...et finalement, après une heure de recherche, alors que la lune était haute dans le ciel d'encre, il le trouva. Un petit buisson minable, avec a peine une dizaine de petites baies...le repas ne dura que quelques secondes...a peine. C'était véritablement rien. Un rien qui ne parvenait pas à combler sa faim malgré son appétit dérisoire. A nouveau, il reprit son chemin, sortant de ce parc hanté par une beauté passée exterminée par la folie de ceux qui ont marchés ici avant lui.

Un noir s'abattit peu à peu sur la scène face à lui. La faim commençait à murmurer ses désirs au creux de ses oreilles. Les chuchotements possédaient une force de plus en plus irrésistible. Combien de temps pourrait-il tenir ainsi? C'est alors qu'il vit une forme, qu'il ne distingua pas trop, semblant...placée là? En fait il ne savait plus. Un peu maigre...comme une apparition...il ne savait pas pourquoi, peut-être était-ce son apparence, qui lui rappelait son propre manque de nourriture...ou peut-être la folie dû au manque commençait-elle déjà à le narguer. Toujours est-il qu'il s'en approcha, un peu perdu et lui demanda...tête basse et yeux fuyant, comme à son habitude, car il n'aimait pas déranger :

-P...Pardonnez moi...auriez-vous...ne serait-ce qu'une miette, à partager avec moi, s'il vous plaît?
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MessageSujet: Re: Là où la bonté mène à la mort [Pv : Reverse Song]   Mar 23 Juin - 7:20



Act II. Chapter I -

La faim.

Ce sentiment charnel, cette sensation sifflante ; vrombissant parmi les entrailles, éructant les muscles d'une faiblesse tremblante, secouant de spasmes l'esprit de sa victime de lourdeur et de fatigue, embrumant sa vue, sa logique, jusqu'à ce que le noir ne l'abatte de ses serres, dans la torpeur décadente de l'agonie. La faim. Comme un doux soupir, un ronronnement léonine, qui se meut en un grondement, un roulement de tonnerre. La faim. Messagère des pires angoisses et des scandales ruraux. Chanteuse des morts, poussant les corps à s'entre-dévorer dans une vague mélopée folle, obnubilant les uns, terrassant les autres.
Si Famine avait été une tout autre réincarnation, elle aurait été une déesse. Éternelle. Puissante. Intransigeante. Frappant de sa colère les pauvres déments, fis des âges et des genres, des races et des valeurs. Juste. Probablement l'était-elle. On ne pouvait la tromper, se jouer d'elle ou la corrompre. Elle était ce que tous auraient du être dans ce bas monde. Constante. Magnifique. Saillant sur les courbes cassées de la pouliche, creusant son ventre en de parfaites côtes, grinçant sur son visage rongé par la fatigue, teintant sa robe de cernes, de désarroi. D'envie.

Car dans la fraîcheur nocturne se pavanaient les odeurs, délicieuses, envoutantes, des dîners passaient. Les unes après les autres, les maisons, à peine éclairées par les lampes huileuses, dévoilaient leurs senteurs, attirant chats et chiens, renégats et pauvres laissés-pour-compte au ventre creux, salivant dans les caniveaux à la recherche d'une miette, d'un os, à grignoter. Un papier un peu gras aurait suffi à leur plaisir tant la douleur prenait aux tripes ; mais il n'y avait à sucer que des cailloux dans cette ville sombre aux relents d'insalubrité. Poubelles délaissées. Arbres dévastés, stériles. Detrot avait perdu sa gloire d'antan, n'affichant plus que ses hauts murs et ses armes comme menaces, oubliant les rumeurs et les colères pittoresques du bas peuple. Et c'était toute la ville qui semblait crier famine.

Ou bien n'était-ce que les rats et les corbeaux ; la vermine et les nuisibles, qui scandaient d'une même voix que ce monde n'était plus qu'une large plaisanterie. Que leurs ancêtres avaient connus les déchets riches, les corps bombés par l'appétence. Que les cadavres eux-même avaient la décence de se putréfier, avant de n'en laisser que les os. Qu'il y avait eu, un jour, l'abondance, repoussant d'un cuissot bien juteux la famine et la pestilence.
Et maintenant.

Maintenant, les squelettes semblaient s'être simplement recouvert de fourrure ou de plumes, à la recherche de quelques morceaux bien en chair pour parfaire leur camouflage. En vain.

D'un regard haineux, elle chassa les cloportes de son carton -son si fidèle carton-, s'y couchant avec la quasi-certitude que demain ne serait pas pire qu'hier, et qu'aujourd'hui ne serait qu'un refrain dans sa vie. Car les gens avaient tendance à oublier les autres. La panse pleine, l'esprit embrumé par la digestion, du haut de leur chaise et de leurs couverts, ils ne pouvaient voir ceux dans l'ombre de leur serviette. Les plus faibles, les plus pauvres. Tout cela n'était que vent, qu'une idée, une excuse pour mendier. Les plus forts survivaient. Les plus faibles mourraient. Ainsi allait la vie dans les terres du Dark Pledge. Si tu avais le malheur d'être né pauvre, tu n'avais que peu de chance de t'en sortir. Si tu étais riche, tu n'avais que peu de chance de t'en sortir. Si tu étais, de base, vivant, il y aurait, un jour ou l'autre, quelque chose pour te tomber dessus et te faire la peau sur la simple base que, bordel, à 5,60 le centimètre viable, c'était une putain d'affaire.

Et c'était bien.
Reverse aimait cette ambiance. Cette arène que lui offrait ce pathétique pays. L'ennui ne pouvait exister. La rêverie non plus. Chaque minute passé à vivre était une épreuve. Se méfier des inconnus, des amis, de la famille n'était que la base, le petit orteil, d'un colosse de ruse et de tromperie. Car la frontière entre le fort et le faible était si maigre qu'elle avait la fâcheuse tendance à s'entre-mêler, se questionner, hésiter, avant de délimiter une nouvelle zone de conflit. Tout changeait. Tout se muait. Les règles elles-mêmes divergeaient d'un individu a un autre. Certains pensaient qu'attaquer les enfants était un tabou, qu'il fallait le consentir et ne rien dire ; d'autres le revendiquait avec émoi. Une mine ou deux, ça ne pouvait pas leur faire de mal. Au pire, ça leur faisait les muscles. Et les poumons, avec toute cette poussière.

De la même manière, certains pensaient qu'attaquer un marchand de nuit était lâche. C'était, après tout, plus amusant de faire ça en plein jour. Rien ne pouvait valoir une bonne baston pour quelques biscuits. Surtout quand on pouvait les tremper dans le sang de ses adversaires.
Mais Reverse avait faim. Terriblement faim.

Et elle avait hâte de le démontrer à l'impétueux terrestre qui clapotait ses sabots sur les pavés frais.

D'un geste presque félin, elle se détacha de la moiteur chaude de son carton, avançant la pointe du sabot entre les rainures cimentées des dalles, étouffant les possibles bruits. Il ne fallait pas l’inquiéter. Pas encore. Car la femelle n'était, physiquement, que la pâle copie d'un teckel nain atteint de rhumatisme, et possiblement de gale. Rouler des muscles, bomber le torse, avant de rouer de coups le pauvre paysan qui avait certainement mit des semaines, des mois, à entretenir ses pommiers avant d'en récolter le fruit, espérant le vendre pour nourrir sa famille, n'était pas pour elle. Non. Elle, elle préférait insinuer la peur, le doute, dans l'esprit angoissé du vieux terrestre. Et laisser ses zombis lui péter les rotules.
Parce que défoncer des culs, ça mettait en joie.

Alors, d'un commun accord, elle pactisa avec la vermine environnante. Corbeaux pour le traquer depuis les cieux et les dédales tortueuses ; rats pour provoquer bruits et ombres ; cloportes pour effleurer le terrestre et ainsi provoquer angoisse et dégout : tout semblait s'y accorder avec succès. Il ne lui fallut que quelques minutes pour se bloquer au détour d'une ruelle, la sueur roulant sur son front. Qu'un instant pour redouter les ombres griffues et les croassements lugubres. Une seconde, peut être moins, pour se caler contre sa charrette de pommes sous les centaines de minuscules yeux. Et juste le temps de réaliser le piège pour tomber en avant, une femelle noiraude sur le dos, une bosse sur le haut du crâne.

Silence.
Sourire.

Et d'un tumulte vorace, tous se jetèrent sur les précieux fruits, salut d'une longue attente de sevrage. D'un mouvement ample de corne, elle ramena son carton, traîné -comme toujours- lors de la traque, puis, y déposa, une à une, les rougeoyants orbes juteux qui lui était dû. Elle n'avait pas souvent recours à la télékinésie, trouvant cette magie trop faible pour elle. Mais il y avait une utilité qu'elle ne pouvait cacher, et, ravalant sa fierté pour survivre encore quelques jours, pouvait ainsi se montrer salvatrice.

Cette journée allait donc se finir sur une note joyeuse.
Fin du spectacle, tout le monde remballe.
Traquer, taper, manger ; voilà ce que la Nécromante aimait dans cette ville.

Et dans le bruyant festin, emballant avec soin sa demie douzaine de recette, quelque chose, infime, sembla faire écho. Comme une tâche de vin sur la nappe en soie blanche. Indélicat. Tangible. Brisant l'harmonie qui s'était imposée.

-P...Pardonnez moi...auriez-vous...ne serait-ce qu'une miette, à partager avec moi, s'il vous plaît?

Silence soudain.
Tous s'étaient retournés, avec plus ou moins de curiosité, d'indignation, vers le poulain de bleu et de noir, tremblotant sur ses pattes maigres. Rien ne semblait pouvoir défaire les regards le scrutant, l'analysant, le jaugeant, comme un intrus, une proie, dans le cercle des carnassiers. Qui, dans ce monde de cruauté, pouvait demander, pouvait, ne serais-ce qu'imaginer, demander « s'il vous plait » ? Qui. Osait. Interrompre. Un repas durement volé ?

Un froncement de sourcil.
Une aura azurée.
Et soudainement, une lance d'os sous la gorge.

- Qui es-tu ? Commença la voix courroucée de la femelle. Et pourquoi devrais-je partager mon butin avec toi ?

Dédain.
Colère. Peut-être.
Mais il était certain que, qu'importe sa réponse, elle se ferait une joie de lui faire les poches. Et peut être la peau.

Parce que, bordel, à 5,60 le centimètre viable, c'était une putain d'affaire.


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MessageSujet: Re: Là où la bonté mène à la mort [Pv : Reverse Song]   Sam 27 Juin - 22:03

Un éclat bleu, comme une vision incertaine d'un océan de ténèbres. Doucement, une forme blanche, aussi blanche que la neige et pourtant aussi mortelle que le froid mordant d'un glacier. Là, sur sa gorge, si proche d'un simple coup qui pourrait laisser choir son corps frêle sur le pavé et octroyer ainsi un fabuleux festin à tous ces dévoreurs qui avaient concentrés leur regard sur lui. Tout d'abord le silence sortit de sa bouche entre-ouverte comme le cul d'un mécréant...a vrai dire la comparaison était tout ce qu'il y avait de plus vrai. La sensation de la mort caressant sa gorge...un électrochoc, un éclair qui réveilla ses neurones engourdis par la faim, une tempête qui traversa un champ de pensées endormis sous un ciel d'encre. D'un coup, d'un seul, ses yeux se rétrécirent de terreur et il put voir distinctement celle qui se tenait devant lui, avec l'arme pointée à sa gorge. Qu'avait-il dit? Avait-il été à ce point engourdi par cette faim qui l'avait rendu aveugle à la réalité? Le bleu d'un abysse...un abysse dans lequel il avait regardé...et l'abysse l'avait regardé en retour. L'écharpe...l'oeil. Ce regard le perçait déjà bien plus que ce qui flottait appuyant sur sa gorge. La vie...la mortalité. Son caractère mortel se faisait ressentir dans tout son être, l'horreur s'infiltrait dans ses veines comme un poison, l'adrénaline comme un feu sauvage et fier qui lui hurlait une seule chose : Sauve ta vie.

Réflexe, ses pattes bougèrent toutes seules, comme portées par la peur. Grondant, son instinct s'était mit en branle comme une bête que l'on aurait effarouché. Le bond qu'il fit fut porté par la peur, plus réactif qu'il ne semblait, c'était comme si tout son être faisait désormais fi de la faim, comme si même son coeur avait cessé de battre. Accaparé par le regard embrasé, il savait qu'il avait fait une terrible erreur. Glissant sur le pavé, un sabot dans le caniveau, il fut un peu plus éloigné de la licorne...mais cela n'apaisait pas sa peur...car le danger était toujours présent au travers d'une nuée d'yeux, grouillants, de choses qu'il ne pouvait qu'à peine deviner. Des reflets, une mare où s'ébattaient d'innombrables poissons carnassiers. Respirant fortement, loin d'être tétanisé...comment réagir? Que faire...son esprit se concentrait mais la peur avait prit le dessus, désormais Reine de ses muscles qui se contorsionnaient presque, tremblant de toute part. Réveillé...enfin il était réveillé, mais d'un rêve embrumé il tombait dans le cauchemar. Une triste et sombre réalité.

Lance d'os...les ossements. Des mots parvinrent à ses yeux, non...sa mémoire, un souvenir. Formules et indications, images et avertissements...conseils. C'était...non qui était-elle? Que les appendices des morts puissent écouter ne voulait signifier qu'une chose : Nécromancie. Ainsi donc faisait-il face à quelqu'un maniant la même magie qui l'avait conduit au désastre. Observant les contours, il fit face, un sabot relevé. Se levant, se réveillant, il était l'incarnation même de la peur, de celui qui la subissait. Là où les os se figeaient, ou tout s'arrêtait, incapable de pouvoir ne serait-ce que saisir ce qui arrivait, son sang était bouillant, sa vision était une vision claire et précise, comme si les étoiles laissaient tomber sur la ruelle des braises ardentes. Des mots...des mots il lui fallait des mots. Bien qu'il sentait que les mots ne feraient que renforcer cet océan qui était prêt à le happer et le dévorer. Des mots...Des mots pour contrer l'erreur :

-J-....pardonnez moi je...je ne voulais pas...pas vous déranger...mais...enfin...je suis Scaredy Cat, je n'ai rien et je pensais...non, oubliez, la faim brouillait mes sens.

Un corps...endormi, mort? Qui était-il? Parcourant toute la ruelle, il n'y avait que ces choses qui semblaient n'avoir d'yeux que pour lui. Pourquoi était-il ici? Le coeur retourna à la réalité, et une douleur intenable parcourut son torse entier. Un sabot...il serra son manteau, sur sa marque. Fuir...fuir, il devait fuir, pourtant. Pourtant quelque chose le retenait. Nécromancie? Peut-être...non elle était dangereuse. Une macabre valse avait lieu dans son esprit, entre la peur et la survie qui hurlaient la mélodie de la raison...et l'espoir qui dansait malgré les chaînes au milieu de cette plaine cendrée. Irrationnelles, ses pensées ne parvenaient plus à tirer quelque chose de sensé, perturbées par la réaction biologique qui avait eu lieu...que devait-il faire? Se tenir prêt, fuir...fuir à la première occasion. La charrette, les fruits...un vol? Non...non trop...était-il assez malchanceux pour que cela advienne?

-V-votre butin...vous appartient...je...je ne pensais juste pas rencontrer une nécromancienne ici également je...je ne pensais pas trouver...mais...enfin je ne veux pas vous déranger. Si vous le souhaitez je...je vais reculer doucement, je vais me retourner, partir, faire...faire comme si je n'avais rien vu. Je...je pensais juste que...non, ce n'est rien.

Force...oui là était le mot. Incandescente, il pouvait presque sentir au plus profond de lui même cette aura meurtrière qui lui envoyait un message clair. Forte...et lui était faible. Dans un cas de domination, il était plus sensé pour le plus faible que de baisser la tête et reculer. Chez les animaux, il y avait encore une idée où cela coûtait bien trop d'énergie que de tuer un faible qui montrait qu'il abandonnait. Mais dans cette ville sombre où la décadence avait suivit la richesse. Là où les rois et les reines étaient devenus borgnes et à la rue, ou de vulgaires cadavres pourrissant quelque part, là où tout le monde les avaient oubliés. Là où les gamins tuaient les gamins. Où d'ignobles actes se produisaient, la chair ouverte, là où l'horreur et la folie étaient reines, là où Famine était l'impératrice imposant sa force à toutes ces âmes en peine. Alors...alors, à cet endroit, il pouvait exister des êtres capable de tuer pour le plaisir. Pour le simple plaisir de voir l'écarlate décorer le sol, pour que leur langue puisse se repaître d'un rouge ferreux.

Rapaces et vermines le fixaient toujours...ce n'était pas normal. Était-ce aussi du fait de cette licorne au regard terrifiant? Préparant son corps à la fuite, canalisant déjà sa magie, les couleurs du poney de cristal étaient plus ternes encore qu'avant, ses yeux jaunes s'étaient détournés, incapable de soutenir cette écrasante vérité : La force était le seul paramètre viable dans l'équation de la vie, sur ces terres. Avec un peu de chance, il partirait...avec un peu de malchance il devrait s'en sortir à la force de ses pattes et éventuellement de sa magie. Farouche et indomptable...cette magie qu'il ne maîtrisait pas, qu'il n'avait pas osé utiliser depuis l'incident. Vraiment...c'était la merde. Et encore une merde aurait été comestible mais là. Attendant la réaction de la licorne il serra son sabot contre lui, sur sa marque et le pendentif, fixant, toujours aussi terrifié, cet ange noir qui portait la mort dans son regard comme un insigne. Allait-il pouvoir s'en sortir...?
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MessageSujet: Re: Là où la bonté mène à la mort [Pv : Reverse Song]   Lun 29 Juin - 23:03




Il sursauta, laissant son corps et la peur le porter au-delà de la lance, évitant, de peu, la menace mortelle qu'elle représentait. Visiblement affaibli, affamé, mais encore conscient du danger, il hésita a détaler, scrutant les environs avec effroi. Était-ce les nombreux yeux avides de chair fraiche l'observant, le jaugeant ; ou bien la présence du corps, assommé qui jonchait le sol dallé qui le mettait si mal à l'aise ? Ou bien, mieux encore, la révélation silencieuse qu'avait amené le sort ? Après tout, les nécromanciens n'étaient pas des plus appréciés. Probablement parce que la sale manie qu'ils avaient de jouer avec les corps et faire danser les défunts sous le nez de leurs proches était, parait-il, moralement erroné.
Cette blague.

Où était la morale à Bad Lands ? Ville de voleurs, de truands, de meurtriers et de lâches ; celle qu'on rejoignait par peur, celle qu'on acclamait par méfiance ; la trahison et la haine était son dallage, l'amertume et l'indépendance ses sombres cieux.
Les plus malins auraient, bien entendu, répondu « dans ton cul » à cette question, immatures pré-pubères qu'ils étaient -je vous vois, vous, derrière votre écran-. Mais ce n'était pas le genre de Reverse. Car au-delà de toute plaisanterie, le doute était toujours présent, rampant, s'insinuant entre chaque parcelle de son esprit.

Qui, par tous les dieux païens, parvenait en cette ville pour y sursauter et y faire la manche ? Seuls les dégénérés trop confiants et les espions bourrés de bonne volonté -ou bourrés tout court- semblaient s’incruster parfaitement dans les rouages que la machination pervertie de la Nécromante avait menée a bien.

- J-....pardonnez moi je...je ne voulais pas...pas vous déranger...mais...enfin...je suis Scaredy Cat, je n'ai rien et je pensais...non, oubliez, la faim brouillait mes sens.

Son regard hésita à nouveau, jonglant entre les corbeaux et les rats, les pommes et le corps, la lance et la jeune femelle, tandis que sa patte serrait son manteau d'une étoffe remarquable. Bien trop pour un simple sans-abri. Et il était, de toute évidence, trop pataud pour être un voleur assez compétent pour substituer ce bien sans mal. Etait-il riche ? Non. Bien sûr que non. Pourquoi quémanderait-il de la nourriture s'il avait les moyens de s'en procurer ? Alors quoi ? Était-ce un cadeau, un précieux présent qu'on lui avait offert ? Si tel était le cas, pourquoi ne demandait-il pas de l'aide à cette personne qui lui était si chère ? Était-elle morte, partie, ou bien tout simplement en colère contre lui ? A quoi bon garder la veste dans ce cas ? Se protéger du froid n'était pas une épreuve en soit, et la vendre pour quelques écus d'or était sans nul doute la meilleure solution.
Bordel.

Elle serra les dents, se préparant mentalement a n'importe quel sort de défense. Son adversaire était bien plus complexe que ce qu'elle avait déjà vu ou combattu en ses lieux. Ou bien était-ce la faim, la folie latente qui prenait part à sa reflexionréflexion, dévorant sa raison au rythme de son cœur terrorisé ? Elle n'en savait rien. Elle ne savait plus. Et elle s'en contre fichait. Ses amis de toujours ne lui avaient pas indiqué la présence d'une autre personne, il était donc seul.

Et quand quelqu'un se balade seul à Bad Lands, c'est qu'il à toujours une arme ou deux dans le coin.

-V-votre butin...vous appartient...je...je ne pensais juste pas rencontrer une nécromancienne ici également je...je ne pensais pas trouver...mais...enfin je ne veux pas vous déranger. Si vous le souhaitez je...je vais reculer doucement, je vais me retourner, partir, faire...faire comme si je n'avais rien vu. Je...je pensais juste que...non, ce n'est rien.

Psychose.
Était-ce un piège ? Ou était-il sincère ? Non. Impossible. Personne n'est sincère dans ce monde. Tout n'est que mensonge et tromperie. Probablement allait-il l'attaquer au moment le plus opportun, lui voler ses précieuses pommes, ou, pire, la tuer comme le rat quel était. Pire encore, il connaissait les nécromants, et certainement d'autres au vu de son dialogue. Etait-il paladin ? Pas d'épée, pas d'armure, juste cet étrange et pourtant si agréable manteau. Un clerc alors ? Bien que beaucoup usaient d'un bâton comme catalyseur, la simple amulette, qu'il serrait entre son sabot avec bien trop d'insistance pour être innocent, pouvait servir. Et si les morts-vivants redoutaient leurs sorts de lumière, Reverse, elle, n'appréciait que peu la foi qu'ils avaient, aveugle, en leur dirigeant.

Il fit un pas en arrière, prêt à se retourner pour fuir.
Les corbeaux s'envolèrent, dans une nuée de plumes et de croassements.
Elle fit un bond en avant.
Les rats décampèrent au son des grondements.

Et d'un claquement noir, son écharpe se mua tel un immonde cobra, écrasant l'intrus contre le mur non loin.

- Parles ! Hurla t-elle, ses yeux de roy plongeant dans ceux du mécréants. Personne, tu m'entends, personne ici-bas ne réagit comme toi sans une idée derrière la tête.

Son emprise se serra un peu plus, laissant les doigts, véritables serres de tissu, caresser la joue de l'étalon de cristal. Le sang battant à ses tempes, elle écouta, tant bien que mal, les alentours, s'attendant a tout moment à une réplique, une contre-attaque. Et pourtant. Pourtant. Le temps s'étala, silencieux, ne laissant que leur respiration haletante pour le briser.

Rien.
Juste rien.

Lentement, l'écharpe sembla laisser sa proie glisser sur le sol, toussant, crachant l'air tant désiré, tandis qu'elle reculait, confuse. Personne. Personne. Comment était-ce possible ? Il n'avait ni répliqué, ni même cherchait à se défendre. Il avait juste.

Il avait juste fait un pas en arrière.
Pour fuir.

Comme n'importe quel lâche de cette ville.

Alors, il avait dit la vérité ? Il avait, contre toutes attentes, était sincère ? Étrange. Bien trop. Pourtant, la méfiance de la noire s’apaisa, laissant place à la curiosité. A l'envie. S'il était si faible qu'il le prétendait, et si ce n'était pas un piège, elle pouvait, en toute logique, le dépouiller. Cette veste qu'elle lorgnait depuis trop longtemps, par exemple, était un parfait substitut à sa colère.
D'un geste presque banal, son écharpe s'agita, pointant du doigt le torse du cristallin.

- Bon, bon. Je me suis un peu emportée. Pour m'excuser, je te laisse partir, commença t'elle, un sourire narquois aux lèvres. Enfin. Uniquement si tu me donnes ton vêtement.


Elle s'avança à nouveau vers lui, condescendante, tandis que l'immonde main noire se muait, menaçante.

- On en refuse pas un cadeau, hein ?

Et d'un accoue d'une rare violence, elle le plaqua, redondante, au sol de ses sabots, laissant sa magie s'emparer de son butin. C'était facile. Trop facile. Par quelle chance parvenait-elle à piller pommes et vêtement dans la même soirée ? Y avait-il, au final, quelques dieux pour veiller sur elle ? Bah, qu'importe. Elle dormirait la panse pleine et au chaud cette nuit. C'était tout ce qui importait. Alors, tandis qu'il se relevait, elle enfila le doux manteau, se laissant emporter par la chaleur et les divers flagrances du mâle, comme un parfait cocon dans le quel elle plongeait avec bonheur.

- Et maintenant, déga-

Sa voix se tût.
Son regard se figea.
Imperceptible. Quelque chose de violent rampa en elle, fourmillant dans ses pattes, alarmant son esprit embrumé par la faim. D'un bloc, elle recula, effarée, ré-activant par pur instinct sa magie qui semblait trembler devant la surprise.

C'était une blague, n'est-ce pas ?
Les pommes, le manteau, et maintenant.
Maintenant. Ça.
Juste ça.

- Comment as-tu eu... ?

A nouveau, le silence prit part dans sa gorge.
Car devant elle, incrustée dans le pelage reluisant du cristallin, la marque d'une malédiction luisait sous les réverbères huileux d'une nuit glacée.

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MessageSujet: Re: Là où la bonté mène à la mort [Pv : Reverse Song]   Mar 30 Juin - 0:33

S'en sortir...et fuir. Fuir. Cours, plus vite que le vent, disparaît dans un flash. Oh, qu'il aurait aimé avoir connaissance du sort de téléportation dans un moment aussi désespéré. Malheureusement pour lui aucun subterfuge ne l'aiderait à fuir ces regards pénétrants et cette menace mortelle. Cours, lui hurlait sa peur enlaçant son cœur de griffes bienfaitrices. Un pas en arrière, un pas d'un lâche guidé par son instinct de survie qui guidait les perles aqueuses sur ses tempes. Croassant d'une façon menaçante les oiseaux charognards s'envolèrent en une danse agressive, laissant derrière eux un écran de plumes noires comme le jais. Nuisibles et insectes se glissèrent dans les coins, dans les trous, dans l'ombre, sentant la colère et la violence qui parvenaient. Reculant de deux autres pas, il n'avait pas prévu qu'elle soit si rapide...et encore moins ce qui allait suivre. S'attendant à un coup, en réalité, l'écharpe s'étendit comme une véritable main...une main guidée par la magique.

Froid, le mur derrière lui appliqua sa force, tandis que le tissu désormais aussi dur qu'une véritable poigne, le forçait contre la pierre. L'étreinte lui prenait la gorge tandis que la sensation de la mort passait sur sa joue. Incapable de recevoir de l'air, ses poumons s'affolaient, ouvrant et fermant les alvéoles. Les battements du coeur se faisaient plus rapides, plus intenses, face à une situation où il ne pouvait rien faire. Maintenu en l'air, ses deux sabots étaient posés sur l'entrave magique d'une façon pitoyable, alors qu'il cherchait à reprendre son souffle. Des mots, les mots de la licorne lui parvinrent mais il n'arrivait pas à en trouver ni la queue ni la tête, pas de sens, rien que la sensation qu'il perdait sabot avec la réalité. De l'air...de l'air lui parvenait en petite quantité...répondre...c'était là une question non? Non? Une question...Que diable pouvait-il répondre? Que voulait-elle dire? Personne comme lui? Cela signifiait-il que les Bads Lands étaient...entièrement composées de...?

Le temps passa, la réponse ne parvenait pas à se former dans sa tête...Et de toute manière, une réponse aurait été mal prise, la nécromancienne semblait être particulièrement agacée. Que dire...que dire? Qu'il pensait pourtant comme ça? S'excuser? Jamais il n'avait fait face à une telle violence, à tant de méfiance...semblable à un louveteau plongé dans une rivière glacée et menaçante, emporté par les flots et malmené de toute part, c'était un rocher tranchant qu'il venait de heurter. Puis, soudainement, le carcan qui enserrait sa trachée se détendit, et il glissa au sol, libéré de cette écharpe menaçante qui revint vers sa propriétaire. Tombant ainsi sur le plat de la ruelle, toute aussi froide que le mur mais bien plus sale, l'air s'engouffra vers ses poumons. Un air qui lui semblait soudain extrêmement précieux. Lugubres, les yeux de la mort s'éloignait, mais il l'avait vu, l'espace d'un instinct, prête à lui serrer le cœur et l'emporter.

Avec peine, il se relevant, aspirant encore goulûment l'air dont l'absence s'était faite ressentir. Qu'était donc cette maudite ville? Cette ville noire et puante, dans toutes ses ruelles. De ses yeux il avait vu des vols en plein jour, des rires narquois, des concours de forces. Des faibles, des forts, des voleurs...de ses oreilles des sons lointains d'agonie se mêlaient à des cris de souffrance et de bastonnades, accompagnés tous deux des chants macabres des corbeaux. Detrot...c'était...qu'était cette ville?! Jamais il n'aurait put cauchemarder cité plus sombre, hébergeant tant de pourriture. Jamais...jamais le monde ne lui avait semblé si sombre. C'était donc ça, ce qui se cachait au delà du confort de sa Nation? Cette...ce...

Fixant avec crainte la licorne sombre, celle-ci avait un regard différent. Bien que toute trace de menace y avait disparu, il sentait tout de même une émotion des plus viles...sa vie n'était pas en jeu mais il ne pouvait s'empêcher de se sentir menacé d'une autre manière. Des excuses vinrent, ce qui, tout d'abord, agita ses oreilles de curiosité et élargit son regard l'injectant d'espoir. Se pouvait-il? Un croassement, le chasseur approchait de sa proie blessée avec toute la grâce que lui octroyait sa confiance. Un vêtement pour sa vie. Hésitant son regard se déplaça de travers, évitant de croiser celui de la licorne...un cadeau? Ne pas refuser un cadeau...oui. Pour sa vie il pouvait...enfin...si il faisait vite peut-être qu'il n'aurait pas à la montrer...cette chose outrageante qu'il portait en insigne.

-Bien sûr j-

La force du coup le mena de nouveau au sol, près du caniveau cette fois. Des pavés déplaisants lui écorchèrent la mâchoire inférieure alors qu'il était maintenu au sol par la force de la licorne. Dépouillé...a nouveau. Mais ce qui l'inquiétait, c'était qu'il ne pourrait pas...non. Non! Elle allait...non il ne pouvait pas, même si il se relevait elle allait...ce n'était pas bon du tout! Préférant ne pas opposer de résistance. Une fois que le larcin fut achevé, que la licorne était contentée de ce qu'elle venait de voler, elle lui cracha de partir...enfin elle allait. Tandis que lui se relevait et tentait le plus rapidement possible de se retourner, les mots moururent...

...Tandis que la magie s'accentuait. Effrayé il recula, face à la licorne qui le fixait, coi face à...face à ce qu'il pensait bien être l'origine de sa surprise. Marque de malheur témoignant de son acte morbide et impardonnable. Seule et unique chose qui marquait son passé plus douloureusement encore que du fer rouge. A la fois honteux et effrayé par sa réaction des plus vives, il fit de nouveau un pas en arrière. La question était tranchante comme une lame...la panique s'instilla à nouveau. Incapable d'avoir un esprit clair, un chaos sans nom s'était installé au travers des branches de sa pensée. Comme un feu de forêt...a nouveau. Comme une ombre noire et vorace.

-J-...non, ce n'est, ce n'est pas cela! Je...ne voulais pas que cela arrive je...quand j'ai voulu je n'ai pas...


Un temps. Le temps. Décompte...encore un peu et il sentait presque les yeux de tous braqués sur lui. Les ombres, les lumières, les charognards, la vermine, les passants, les gamins, les rois et les reines. Tous, le pointant d'un même sabot accusateur. Maudit. Un maudit. Un maudit qui représentait un danger, une erreur à punir. A nu, physiquement et mentalement, il balbutia. Une douce et lancinante présence s'installa entre les branches, souriante et pourtant prête à hurler. Le coeur se lança, comme un cheval au galop, tandis que le sang vint frapper ses tempes avec toute la force d'une lame de fond. Cours, Scaredy, cours comme tu n'as jamais courus, susurra la Peur comme si c'était sa propre voix qui lui ordonnait. Ses yeux se rétrécirent, la terreur envahit sa vision, ses pattes furent prises d'un soubresaut, et il hurla, soudain pris de tout son être par la force qui l'habitait au plus profond de lui même.

-L...Laissez moi tranquille!

Détalant plus vite qu'il n'avait sauté précédemment, une énergie démente l'avait prise aux tripes, comme si la faim n'avait jamais existé. Comme si sa faiblesse n'était qu'un souvenir lointain. Filant, ombre dans cette cité sombre, ne se retournant même pas, c'était comme si tous les monstres de ses cauchemars étaient à ses trousses. Peu importait si l'on voyait sa marque. Peu importait si il attirait l'attention. Tout ce qu'il souhaitait, c'était aller loin. Le plus loin possible de la nécromancienne qui avait mit à jour son noir secret. Cette araignée mesquine traînant dans un recoin, occupant ses inquiétudes tout comme ses craintes. Véritable furie, ses sabots retentissaient dans le quartier. Prenant à gauche, à droite...peu importait tant qu'il fuyait.

Soudainement face à lui se dressait un marchand qui passait avec sa charrette. L'arrêt n'était pas une option. Dans un fracas de pierre, il plia ses pattes. Des possibilités défilèrent mais il n'avait pas le temps. Plier, puis extension, de la manière la plus efficace possible...si c'était possible. Son ombre passa au dessus de la charrette alors qu'il usait d'une force qu'il ne pensait plus posséder. Accrochant juste le rebord, quelques fruits tombèrent au sol et il tourna juste le tête pour hurler un "Désolé!" des plus pitoyables alors qu'il laissait derrière lui un terrestre éberlué.

Dérapant sur les pavés humides, il fit face à une rue principale. Un certain nombres de formes se pressaient ici et là, mais il ne s'inquiéta pas de savoir si l'on se retournait à son passage. Courant, fuyant toujours plus vite que ce que ses maigres forces lui permettaient, l'horreur était la source de sa force. Dans son sillage il laissait des passants médusés, était-ce là une ombre ou une apparition? Qu'importe, car jamais il n'avait courut aussi vite, et jamais de mémoire de Détrotien on avait du entendre pareille course. Bien peu lui faisait l'agitation qu'il laissait, tout ce qui lui importait était la fuite. A n'importe quel coût. N'importe quel prix. Fuyait-il la licorne? La vérité qu'il ne voulait affronter? Une marque qui serait gravée en lui pour le restant de ses jours? Ou bien autre chose? Peu importait...toujours est-il qu'il ne sentit pas le changement qui s'opéra sur la marque maudite. Là où se tenait auparavant une seule plume noire, une seconde de la même couleur naquit, accompagnée d'une bouffée de chaleur qui se perdit dans la chaleur de ses muscles souffrant. C'était la une plume noire comme sa fuite. Noire comme sa lâcheté et son esprit envahit de démons avec lesquels il se complaisait.

Plus vite...plus vite. Mais son coeur ne pouvait pas tenir éternellement. Malgré toute la peur qui bouillait en lui, l'énergie qu'elle fournissait n'était pas éternelle. Ainsi c'est dans une impasse sombre qu'il termina. Loin...assez loin. Combien de mètres avait-il parcourut? En combien de temps? A vrai dire il ne savait pas. Et ne voulait pas savoir. Tout ce qui comptait était qu'il était loin...et à l'abri dans les ombres. Là où personne ne viendrait le chercher. Personne ne viendrait le trouver. Étalé au sol de tout son long, comme un cadavre, il haletait. Ses poumons faisaient part de leur mécontentement tout autant que ses pattes dont les muscles brûlaient et protestaient tout autant qu'on ait osé courir de la sorte alors qu'il n'y avait pas de quoi tenir un tel rythme. C'était trop, il n'allait plus pouvoir courir, pas avec le peu de force qui lui restait. Au moins avait-il échappé à la licorne sombre et son écharpe maudite.

Nauséeux, les battements de son coeur trouvaient échos dans sa tête comme une symphonie au milieu d'une caverne. Ainsi c'était cela qu'il avait fuit...au final, il avait eu raison : C'était une marque malfaisante. A la réaction, il savait que cela était mauvais. Alors...alors il avait eu raison de fuir, si même un Dark Pledgien, une nécromancienne, perdait ses mots face à ce mal qu'il s'était imposé à lui même. Face à cette punition qui lui avait été donnée. Alors il n'osait pas imaginer la réaction de citoyens d'autres nations. Etait-il un monstre à leurs yeux? Etait-il quelque chose qu'il était nécessaire d'abattre ou d'enfermer, comme un malfrat ou un voleur? Se trouver derrière les barreaux, ou enterré sous la terre étaient des idées qu'il ne pouvait supporter. Une pluie morose s'abattit sur la forêt de son esprit...des gouttes de pessimiste s'écoulèrent. Fuir...il allait de nouveau fuir...loin de cette citée de mort.

Après peut-être une dizaine de secondes, il se releva, doucement. Encore assommé par sa course folle, sa vision était quelque peu brouillée. Maladroitement, il se dirigea vers la sortie de l'impasse. La sortie de la ville était sa prochaine destination. Plus jamais, jamais il ne reviendrait en ces lieux. Pas avec une telle populace. Pas avec de sombres individus tels que celle qu'il avait rencontré. Il se voyait déjà, sortir, partir loin, sentir l'air frais de la nature sauvage et non cette contrefaçon viciée qui stagnait dans les rues de cette citée nauséabonde. Mais alors qu'il arrivait au bout, alors qu'il relevait la tête pour enfin voir où il allait, il fut accueillit par deux yeux bleus dont l'un des iris était significatif. Le temps sembla arrêter, et c'est en reculant d'un pas, dans un semi-cri muet, qu'il découvrit qu'il ne lui avait pas véritablement échappé.
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MessageSujet: Re: Là où la bonté mène à la mort [Pv : Reverse Song]   Mer 1 Juil - 19:18



A nouveau, il sursauta. A nouveau, il recula, tout aussi choqué que la licorne de noir et d'or. Et à présent, elle comprenait son inquiétude, sa timidité. Cet air badaud, niais, bien trop bon pour ces terres, comme un chiot esseulé, perdu, dans une meute de loups sanguinaires. Cette veste et cette soudaine peur, cette lâcheté; voulant se fondre dans les ombres de ce monde. Un camouflage, pas des plus précis ; mais suffisant. Tout du moins, jusqu'à maintenant.
La marque circulaire ornée de divers symboles mystiques, et certainement démoniaques, luisait, et de son regard roy, la femelle ne pouvait s'en décrocher. Une malédiction. Et, de ce qu'elle en savait, de ce qu'elle en ressentait, celle-ci n'avait rien de faible. Bien au contraire. Les relents spectraux semblaient s'être effarés à la vue de la cicatrice ; les nuisibles eux-mêmes, pourtant habitués à la déchéance, s'étaient tus, cachés sur les toits et dans les murs, fixant, confus, comme des enfants apeurés. Les frissons glacés de la panique pourléchaient encore sa nuque lorsqu'elle détourna le regard sur le visage en suée du jeune mâle, honteux.

-J-...non, ce n'est, ce n'est pas cela! Je...ne voulais pas que cela arrive je...quand j'ai voulu je n'ai pas...

Et avant même que sa bouche ne s'ouvre pour le questionner, il détala, comme poussé par la crainte, par le dégout que sa propre image lui révoquait. Le silence, désormais moite, encombrant, c'était réinstallé tel un chat sur des genoux contestataires. Incapable de réagir, il lui semblait planter ses griffes dans ses cuisses, rigide, fixé, ancré dans l'air même qu'inhalait difficilement la femelle, bouillant son sang d'un tumulte confus. Le regard fixe, hagard, elle contempla la ruelle par laquelle il s'était engouffré, fuyant la nécromancienne comme s'il fuyait son propre passé.

Une malédiction.
Il n'y avait que peu de ces gens en ce monde dotés d'un tel fardeau. Pour la simple raison que peu désiraient s'attirer les foudres des démons, des dieux païens ou ancestraux, des spectres et des goules ; du monde lui-même dans son néant et son ensemble, comme si la matrice s'étaient muées pour foudroyer le cristallin. Il n'y avait que les inconscients, les stupides, les vantards pour se croire au deçà des règles, des lois régissant d'une poigne de fer cet univers de chaos et d'agonie. Mais pire encore, miraculeux étaient ceux qui survivaient à la marque. Car la violence de l'impact, l'acharnement des mots, des êtres, des regards était le pire sort que la société pouvait lancer.
Le poids du remord l'avait certainement rabroué, pour trembler, pour craindre autant le courroux d'une nécromante. Et, de ce qu'elle savait, les paladins et les clercs étaient tout, sauf des maudits.

Alors, il était lui aussi un manipulateur des morts, un chanteur des os et des ombres ?
Intéressant. Bien plus depuis que la marque semblait s'être incruster par la pratique d'un sortilège interdit. Car s'il avait été ainsi frappé, ce n'est pas pour avoir tenté de pratiquer une résurrection. Non. Mais parce qu'il avait réussi. Et ça ; ça, cela faisait pétiller en ses yeux une lueur d'avidité, de jalousie, qui chassa d'un revers de la main la peur et la colère.

Très bien.
Il ne lui avait fallu que quelques secondes pour se décider, mais la certitude que sa proie était déjà loin arqua un rictus déplaisant sur son visage. Un bref regard condescendant envers les nuisibles qui l'avaient accompagné a son festin lui indiqua qu'il était hors de question pour eux de l'aider. C'était, de ce qu'elle ressentait, beaucoup trop terrifiant, beaucoup trop étrange pour eux. L'envie même de manger, de fuir, les avaient quittés, les clouant a leur place comme de parfaites gargouilles de chair et de plumes, de griffes et de poils.
Sa main noire, crispée dans les airs dans un mouvement de recul un peu trop organique à son goûtà son goût, chercha à la détourner de ce but. Elle savait. Aussi étrange que cela puisse paraître, la magie de la mage noire savait. Pire encore, elle semblait lui supplier de ne pas réagir ainsi ; de partir avec son butin, abandonné dans un carton, et de reprendre sa somnolence comme si rien ne s'était passé. Comme si la tâche d'obsidienne ne s'était jamais approché d'elle, l'attirant inexorablement tel un trou noir absorbant l'éclat de vie.

Et pour simple réponse à cet avertissement, elle coupa net le flux magique, laissant l'appendice griffue retomber mollement en une simple écharpe crasseuse. Elle n'avait pas d'ordre, ni même de conseil, à recevoir d'un objet, et encore moins de sa propre énergie mystique. Ni de son inconscient râlant, des corbeaux croassant leur panique, ni de quiconque de trop faibles à ses yeux. Elle allait le retrouver. Elle allait le faire parler ; décider de son sort.
Et s'il était trop peu ambitieux, la marque ne serait qu'une peccadille face à sa colère.

Car il était inadmissible, intolérable, exécrable, de ne pas user de cette puissance arcanique. Injuste, dramatique et honteusement énervant qu'elle même n'en eut droit lors de ses premières tentatives, désastreuses, certes, mais grandes, à ce sceau d'abondance.

D'un pas revêche, claquant ses sabots sur le dallage de colère et d'envie, elle entama sa marche, scrutant les alentours avec méfiance. S'il avait pu invoquer un sortilège d'une telle envergure, nul doute qu'il n'était pas stupide. Pas définition, il foncerait vers la porte d'entrée pour fuir la ville, le pays, et, avec un peu d'espoir, la réalité qu'il occupait. Elle n'avait donc aucune raison de se presser, laissant la panique prendre le dessus sur l'efflanqué de diamants, courant dans tous les sens, se retournant, glissant, crispant, hurlant à la moindre ombre. Non. Ce qui l'inquiétait réellement étaient les probables oreilles trainantes, les avides yeux qui la scrutaient dans l'ombre, les murmures, les rumeurs, scandant la nouvelle. Était-ce réel ? Ou plutôt, fussent-ils évoqués par les poneys, les dragons et les chimères, ou n'y avait il ici que les invisibles bactéries, les champignons et les vers pour répandre la nouvelle ?

Elle ne savait pas. Elle ne savait plus. Depuis trop longtemps sa cutie mark avait prit le dessus sur sa raison, la laissant dans les méandres de l'entre-monde. Et ce mâle de cristal, ce couard malléable, semblait être sa clef, ou plutôt, son pion de sortie.

Les larges portes de chênes la contemplèrent de leurs épaisses murailles, lorsqu'elle arriva, après plusieurs minutes de marche, à leurs pieds. Il n'était pas là. Elle avait espéré l’apercevoir se faufilant entre les battants, courant comme un lièvre effaré. Mais il n'y avait ici que le clapotis des sabots lointains, les brumes pesantes s'écrasant sur les toits de chaumes, et les poutres grinçantes dans l'odeur acariâtre de la ville.

Bordel.
Lui avait-il échappé ? Probablement. Un rictus énervé crispa son visage, s'en voulant presque de ne pas avoir couru a son tour, au détriment de ses faibles muscles et de ses poumons de feu. Elle avait laissé échappée sa proie. Elle avait même abandonné ses pommes pour lui, et nul doute qu'à l'heure actuelle, elles s'étaient volatilisées, chapardées ou bien dévorées.
Elle avait tout perdu.
Enfin. Non. Pas tout.

La chaleur de sa nouvelle veste lui plaisait bien trop pour complaire de son échec.
Il était dommage que l'écho d'une course folle brise la quiétude tout juste installée.
Ces sabots qui se rapprochaient.
Vite.
Trop vite.
Comme s'ils appartenaient a quelqu'un voulant fuir.

Oh.

D'un rapide mouvement de tête, elle releva le museau du manteau, scrutant de ses yeux mêlant surprise et hystérie le corps pâle et scintillant  qui se rapprochait d'elle avec le certain vœu de tomber sur une tout autre personne.

Dommage.

Et avant même qu'il ne se rende compte de son erreur, qu'il ne trébuche et ne décampe dans une autre direction, obligeant la femelle à reprendre sa marche, elle l'écrasa au sol. Comme un insecte que l'on claque d'une main ferme et énervée, lui coupant le souffle, et, elle l'espérait, l'envie de fuir, ou même de se battre.

- Finit de jouer.

A nouveau, les griffes ramassèrent la carcasse affamée, l'amenant de façon à ce la nécromante puisse plonger ses yeux dans ceux, pâles, du mâle.

- Deux solutions, commença-t-elle, un rictus mi-haineux mi-sympathique sur les lèvres. Soit tu m'expliques d'où vient cette marque et, éventuellement, je t'aiderais à survivre ici -et ne joue pas au plus malin, je sais de quoi il s'agit- ; soit tu résistes et je te fais regretter que les démons ne t'aient pas désossé.

Et pour simple avertissement, elle l'écrasa un peu plus, avant de relâcher la pression. Il aurait été dommage de l'étouffer avant qu'il ne parle.

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MessageSujet: Re: Là où la bonté mène à la mort [Pv : Reverse Song]   Ven 3 Juil - 14:54

Combien de fois encore son corps allait-il saluer le sol directement? Combien de fois encore allait-il sentir une force l'écraser comme un vulgaire insecte? Dés qu'il avait perçut ce regard pointé sur lui, quand l'information était parvenue comme un coup de tonnerre jusqu'à sa conscience, il n'avait déjà plus d'énergie pour courir en sens inverse. Alors, tentant l'impossible, il s'était retourné...Sans pouvoir plus bouger, après que cette écharpe maléfique l'eut bien maintenu au sol. C'était terminé. Au fond de lui il sentait que ses pattes ne pourraient plus tenir d'autres courses, que ses poumons ne supporteraient pas à nouveau la fuite...et que combattre une nécromancienne capable d'une telle chose était un adversaire bien trop grand pour lui, bien trop puissant pour qu'il ne puisse ne serait-ce qu'espérer lui échapper.

Pire que tout ce qu'il aurait pu cauchemarder, tomber à nouveau sur la personne qui pouvait le tuer en quelques secondes et qui avait connaissance de son secret...ce n'était pas de la malchance. C'était une malédiction...la belle blague. Se résignant tout en se tordant de douleur après le choc qui devait bien lui avoir compressé les entrailles, il fut traîner comme un moins que rien, redressé, et leurs regards se croisèrent à nouveau. Il n'y avait aucune trace de quiconque aux environs dans la rue, son regard lui confirmait cela...pas même une ombre. La peur...une force qu'il connaissait bien, un instinct naturel qui tendait à éloigner une personne des endroits dangereux...et sa situation devait être passablement dangereuse pour que cet endroit de mort soit vide.

Toujours est-il qu'il était faible. Plus que faible il n'était plus rien. Plus de force pour courir, plus de force pour agir...rien que sa vie, entre les griffes de la licorne sombre. Ses yeux mis-clos fixèrent ceux, emplis de colère...et d'une autre émotion qu'il ne parvenait pas à définir clairement, de celle qui le dominait sans même avoir à se salir les pattes. Respirant faiblement, il n'osait même plus fuir...même pas combattre...pour lui c'était terminé...ou peut-être? A vrai dire, son coeur battait mais peut-être que la course l'avait éteint à moitié. Mais le désespoir, comme une corneille riante dans les cieux de son esprit, avait fait sabot mise sur son être.

Au lieu de lui faire mal, elle lui ordonna. Et suivant cet ordre, un avant-goût de la souffrance qu'elle pouvait lui prodiguer. L'écharpe comme une arme appuya encore sur sa trachée avant de le libérer. Respirant à grandes gorgées après s'être de nouveau privé d'oxygène pendant un court instant, le jeune poney de cristal ne retenait pas quelques larmes de douleur et de peur mêlées qui dévalaient les pentes grises de son visage. Dans cette situation...il n'y avait qu'une seule issue. Et bien que cette issue lui déplaisait, et bien qu'il aurait préféré tenté de fuir plutôt que d'admettre un passé qu'il souhaitant fuir de tout son être, il ne pouvait fuir. Pas cette fois. Découvrant qu'il ne pourrait toujours courir pour éviter les problèmes, il se détendit, laissant l'écharpe même le porter alors qu'il abandonnait les espoirs pour lesquels il avait employé tant d'énergie. Fixant la licorne d'un regard incroyablement fatigué, il répondit, hésitant et butant sur les mots :-

-J...cette marque...je...je l'ai eu quand j'ai tenté...quand j'ai tenté de ressusciter mon meilleur ami...mon chat.

...Le simple fait que cela commence ainsi pouvait paraître comme une blague, ou alors comme une idiotie d'un niveau bien supérieur à la normale de ce monde. Qui diable voudrait faire revenir à la vie un stupide animal? Pourquoi une chose qui pouvait être facilement remplacée et pas un membre de sa famille, comme cela pouvait être pour toute autre personne sensée mais néanmoins assez folle pour braver la mort? Mais malgré cela, malgré cet aveu ridicule, les yeux du terrestre ne laissaient transparaître qu'un profond désespoir d'un sérieux mortel. Oui. Un chat. Tout simplement un chat. Un chat qui était tout pour lui. Un chat qu'il n'avait put sauver. Un ami qu'il avait laissé mourir sans rien y faire. Un ami qu'il ne voulait pas voir partir.

-J'ai...je l'ai vu mourir sans que je puisse rien faire. Je...je l'ai vu souffrir, et je n'ai pas pu lever un sabot pour lui. J'étais tourmenté par sa mort. Tourmenté par ma propre incapacité...navré par mon manque de connaissance pour le sauver.

Face à lui se redressaient les souvenirs, des heures à étudier les possibilités. Les jours qui passent, les livres qui s'entassent, les études sur les cas, sur les morts, sur les sauvetages. Toutes les opérations qui auraient pu être effectuées et les pages, les pages qui s'envolent et qui tournent et les mots et les lettres les images! Pourtant. Pourtant tout ce savoir, toute cette connaissance le menait à une seule conclusion : Sauver son ami ne lui aurait pas été accessible, même avec des années d'entraînement. Ce n'était pas possible, cette conclusion ne pouvait en être une : Trop désolante, trop...trop insultante. Oui insultante! Sans qu'il n'en ait vraiment conscience, une colère refoulée bouillait en lui. Une colère face à la mort et la maladie...et c'était vers la nécromancie qu'il s'était tourné, non pour faire revenir l'âme de son ami en premier lieu, mais bien pour dompter, pour dominer ces forces qui se permettaient de lui retirer ce qu'il avait de plus cher. Mais...il ne pouvait se l'avouer. Il ne l'avouerait jamais. Ce n'était pas lui. Pas le lui qu'il voulait.

-J'ai...j'ai étudié la nécromancie, mais relever son corps ne m'intéressait pas...alors...alors j'ai tenté un rituel...un rituel pour le ressusciter, pour ramener son âme mais...mais...

Serrant la mâchoire instinctivement, le corps a moitié décomposé de l'animal lui revint en mémoire, et ce fut comme un coup de lame qui venait de lui trancher une artère. Le souvenir douloureux remontait, comme une mer déchaînée, accompagnée d'une tempête hurlante de chagrin et de dégoût pour lui même. Pour son action...pour ce rituel raté et l'imbécile qui l'avait effectué. Oui il s'était dégoûté de lui même. Enfoncé dans sa propre remontrance. Perdu dans les dédales de ses remords. Mais là encore, il ne pouvait se l'avouer. Là encore il rejetait cette part de lui même, convaincu qu'il avait fait fausse route, mais ne pouvant accepter le fait qu'il était lui même le démon qui le poursuivait dans ses cauchemars. Des perles de pluie tombèrent doucement, des perles de colère destinées à lui même et à son impuissance. Impuissance qui l'avait mit dans cette même situation dans laquelle il se trouvait. Au final...il se présentait comme un faible, comme quelqu'un d'émotif, qui pleurait facilement, qui abandonnait facilement...un moins que rien.

Mais au fond de son regard...au creux de sa voix...il y avait quelque chose. Une étincelle de force qui était étouffée par son propriétaire qui appréciait bien plus la pluie qu'elle. L'étincelle qui l'avait suivit depuis le début. La même étincelle qui lui sauvait la vie dans les situations les plus sombres, celles où son esprit se mettait en marche et qu'il parvenait à trouver la lumière dans les ombres de l'incertitude. Au final, dans sa déclaration, dans sa révélation, il y avait toute sa faiblesse sous son plus mauvais jour...mais également, cachée, ce petit quelque chose qui l'avait sauvé de la marque, sauvé du chat, sauvé de la famine...sauvé de tout. Le désir de survivre...et, bien que rejeté constamment, un désir bien plus fort encore.

-...mais je n'ai pas réussi. J'ai ramené son esprit...mais son corps n'était pas viable. Il a souffert encore plus par ma faute...et le rituel a totalement échoué...la magie est devenue folle et...elle est passée au travers moi. J'ai...j'ai crû que j'allais mourir, mais j'ai tenu le coup...je...je ne sais même plus ce que j'ai vu, tout était bien trop compliqué pour moi.

Sur ce dernier mot, il termina sa déclaration. L'impression qu'il avait était étrange, comme si enfin la faim et la fatigue étaient de retour. Comme si sa course terminée, elles s'étaient glissées à nouveau dans sa tête et son ventre pour l'enserrer dans leurs sombres étreintes. La robe du poney gris était plus terne qu'un ciel de pluie, sa mane en bataille ne tenait même plus. Tout son être traduisait une fatigue profonde et un chagrin latent. Au final...sa vie n'était plus entre ses sabots, son esprit ne pouvait pas trouver de solution au problème...il avait abandonné.
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MessageSujet: Re: Là où la bonté mène à la mort [Pv : Reverse Song]   Mer 8 Juil - 7:43




Il sembla hésiter, ne serait-ce qu'un instant, la peur laissant place au désespoir dans son regard d'ambre. Il avait compris. Ils comprenaient tous, quoiqu'il advienne, que la nécromancienne ne versait pas dans la pitié ou l'empathie. Que l'issue qu'ils espéraient n'était qu'un rêve, une idylle, perdue dans les ruelles sombres, dans les esprits embrumés par l'effroi et la douleur. Qu'il n'y avait plus qu'à plier l'échine, genoux à terre, et à prier. Tout au fond de soi. A prier qu'elle juge votre réponse satisfaisante. A prier qu'elle vous abandonne a votre pathétique existence. A cette risible vie. Comme s'il s'agissait d'une honte. D'un fardeau.

Son poids se fit léger. Son regard presque vitreux, comme si la mort l'avait happé depuis longtemps. Depuis bien trop longtemps. Il ne semblait n'être que carcasse, plus lamentable encore que les zombis qu'elle avait, à de nombreuses reprises, invoqués. Un poisson hors de son eau. Ayant cessé de se battre sur cette terre ferme. Ayant cessé de vivre dans cet air sec. Attendant. Attendant juste que la vie le libère. Qu'elle le quitte. Emportant en son sein la souffrance qui déchirait son flanc. Les noires brumes qui dévoraient son esprit. La latence. La confusion. La peur.

Mais son salut ne vint pas.
A grandes bouffées, ses poumons se dilatèrent de nouveau. Et un flot de paroles nauséeuses suivi, comme un automatisme de survie. Un appel. Un pouls. Quelque chose le maintenant avec étroitesse dans l'horizon incertains de l'éveil.

-J...cette marque...je...je l'ai eu quand j'ai tenté...quand j'ai tenté de ressusciter mon meilleur ami...mon chat.

Silence.
Il déglutit, s'attendant certainement à un rire. A une moquerie. Comme n'importe qui d'autre, comme n'importe quel lambda aurait fait. Aurait dû faire. Car la vie d'un animal ne valait pas celle d'un poney, quoiqu'en disent la morale et la science. Car les chats n'étaient pas des membres familiaux. Ni des amis. Ils étaient justes. Des animaux.
Ni conscience, ni sentiments.
Des morceaux de chairs animés par quelques nano-courants.
Et qui finissaient, comme bien des choses en ce monde, par pourrir.

Rien d'autre.

Mais il n'en fut rien. Car ses pensées outrancières s'étaient heurtées à la compréhension, ou peut-être l'incompréhension, de la femelle d'obsidienne. Il n'y avait, à ses yeux, ni sous-vie, ni injustice dans ce bas monde. Chaque être était doté des mêmes facultés qu'un autre ; d'une âme, d'un esprit, d'un corps, tous liés par quelques fils invisibles, psyché ou karma, chi ou bien d'autres noms, ne formant qu'un tout. Unique. Fragile. Précieux. Qui méritait autant que d'autres de vivre et de mourir. De parcourir ses terres et ses océans dans la liberté qu'offrait la nature.
Il n'y avait pas de hiérarchie.
Juste une ronde. Un cercle. Parfait. Mathématique. D'un ordre incroyablement prévisible, et pourtant, si surprenant à la fois.

Et c'était peut être pour ça qu'elle s'était versée dans l'art noir de la nécromancie.
Que l’œil pulsait au contact du cristallin.

Il savait.
Et mieux encore.
Il comprenait.

Cette douleur aigue, lacérant nos émotions d'un fouet amer. Ce vide qui parcourait nos veines, dévorant chaque instant avec engouement. Cette sensation d'être brisé. Perdue. Que tout n'était qu'un rêve. Un abominable rêve. Qu'il suffisait, peut-être, de plonger ses larmes dans un oreiller, et que le sommeil se trouverait salvateur. Des cris. Du desespoir. L'impression que le soleil ne brillera plus. Que les couleurs ne voleront plus. Juste. Le vide.
Le vide d'émotions. Soudain. Violent.
Ni la tristesse, ni la douleur.
Ni l'abandon. Ni la colère.

Juste. Le vide.
Une coquille vide.
Se contentant de scruter les murs, larmoyant.
De se souvenirs.
Ces instants. Précieux. Fragiles. Comme toutes ces vies. Perdus. A jamais.

Ni solution.
Ni réponse.

Juste. Le vide.
Insondable.
Indescriptible.
Incompréhensible.
Le vide.


- J'ai...je l'ai vu mourir sans que je puisse rien faire. Je...je l'ai vu souffrir, et je n'ai pas pu lever un sabot pour lui. J'étais tourmenté par sa mort. Tourmenté par ma propre incapacité...navré par mon manque de connaissance pour le sauver.

Ils l'étaient tous. Incompétents face au drame. Dévastés par l'inconnu. Bercés par l'illusion que rien ne pouvait arriver. Que cela n'était destiné qu'aux autres. Oubliant que les autres n'étaient qu'eux. La résignation. La colère. Le dégout. Face à soi. Face à sa propre faiblesse. Incapable de le sauver. Incapable de l'aider. Incapable de le soulager. Juste les mots. Les larmes.
Et la buée qui s'échappe d'un dernier soupir.

- J'ai...j'ai étudié la nécromancie, mais relever son corps ne m'intéressait pas...alors...alors j'ai tenté un rituel...un rituel pour le ressusciter, pour ramener son âme mais...mais...

Mais c'était impossible, n'est-ce pas ? Aussi étrange soit-il, les nécromants ne défiaient pas la mort. Ils l'amadouaient. A base d'incantations et de savoir. Ils la domptaient, un temps. Avant que le fauve ne se retourne contre soi. Car il se retournait toujours. C'était ainsi. Et ni pierre philosophale ni drain de vie n'étaient d'un grand secours. Car si les zombis étaient corps, les fantômes esprits, l'âme, elle, semblait détruite à jamais. Emprisonnée peut-être. Quelque part. Loin de tout. Impassible aux appels, aux supplications.
La trinité était brisée.
Et il était rare de parvenir à un résultat concluant dans ces conditions.

L'imagination fertile fit alors son œuvre. Peau collant au sol, fusionnant aux os et aux muscles atrophiés, déformant membres et organes ; miaulements, hurlements, agonie. Dans un chaos rougeoyant. Dans l'horreur suintante. Elle réprima un hoquet, grinçant des dents sous le regard terrorisé du mâle, plongé dans ses lointains souvenirs, piégé, affolé.

-...mais je n'ai pas réussi. J'ai ramené son esprit...mais son corps n'était pas viable. Il a souffert encore plus par ma faute...et le rituel a totalement échoué...la magie est devenue folle et...elle est passée au travers moi. J'ai...j'ai crû que j'allais mourir, mais j'ai tenu le coup...je...je ne sais même plus ce que j'ai vu, tout était bien trop compliqué pour moi.

Silence.
Comme un violent coup. Une absence soudaine. Un nouveau vide.
Il avait échoué dans son dessein. Mais, aussi étrange soit-il, aussi imprévisible soit-il ; il avait incanté une âme. Ou plutôt, n'avait-elle percée ce monde. Le flux et le reflux s'étaient alors emballés, déversant leur énergie vitale, leur colère, leur esprit en peine en son corps, le marquant d'une douleur acide, perçant ses tympans, ses yeux et ses souvenirs d'un fer à rouge comme s'il ne s'agissait que d'un porc pour l'abattoir.
Et il avait survécu.
Il avait repoussé l'attaque, bien malgré lui.
Rattaché à ce monde par un sentiment fort. Puissant. Débordant, suintant par tout son corps comme d'un bouclier héraldique. La colère contre soi-même peut-être. Le dégout. La peine.
Non. Ce n'était pas assez grand. Pas assez ancré en lui pour l'obliger a rester. Les sentiments n'étaient que des bibelots. C'était ce qu'ils comblaient qui était important. Ce qu'ils cachaient. Ce qu'ils tentaient vainement de retenir.

Le vide.

Elle le contempla un bref instant, hésitante, presque effarée de sa découverte. Un don. Un trésor. Un réceptacle à sa propre douleur. A sa déchéance. Un cadeau. Oui ; un cadeau. Son cadeau. Alors, elle le reposa, lentement, avec précaution, comme un enfant ne voulant froisser le papier de crêpe. Elle recula, l'admirant de plus belle. Dubitative. Inquisitrice. Le regard à la fois froid et euphorique. Le visage crispé. Les muscles tendus. Prête à le rattraper. Prête à le cueillir de nouveau. Ce fruit. D'une étrange perfection.

Son cadeau.

- Je peux t'aider.

Brefs. Intenses. Les mots avaient claqués le silence, résonnant en écho dans les ruelles abandonnées.

- Je peux te montrer. Cette voie que tu as entre-vue. Que tu as effleuré. Mais.

Le regard fixe. Comme si cet objet de désir n'était que fiction, illusion, et qu'il allait s'évaporer d'un instant à un autre.

- Ce sera long. Complexe. Abstrait. Douloureux.

Elle détachait avec soin les mots, cherchant à les entre-choquer, à les bousculer dans l'esprit du mâle, sans savoir s'il percevait ne serait-ce qu'une once de l'abomination qu'il venait de déclencher en elle.

- Ce vide deviendra ton arme. Cette douleur, ton bouclier. Ces souvenirs, tes racines. Et il n'y aura alors plus que le temps pour te faire front.

Sourire. Décharné, sur ces yeux qui n'avaient toujours pas clignés, sur ce visage enivré par les desseins, par les pensées, par ce pouvoir qui pulsait en elle comme un torrent déchaîné. Et puis, soudainement, ses traits se durcirent, son regard devint vipère, amer, perçant ; comme éhonté par ses propres paroles.

- Ou tu peux fuir. Et ne jamais comprendre ; ne jamais guérir.

Et il n'y avait alors plus de raisons qu'elle te sauve.


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MessageSujet: Re: Là où la bonté mène à la mort [Pv : Reverse Song]   Mer 15 Juil - 1:47

Abandonné par sa propre force. Force qu'il ne possédait plus. Finalement, il n'était qu'une loque, qu'une existence vulgaire qui se contentait de garder la tête au dessus de flots qui étaient bien plus forts que lui. La noyade était toujours proche, toujours là, comme si le poids de ses souvenirs et de ses regrets tentait de le faire couler...Tandis que la peur, toujours présente, était un radeau qui paraissait toujours pour l'empêcher de tomber au fond de cette mer déchaînée. Là où les faibles n'étaient qu'ossements. Là où ceux qui avaient abandonné tombaient.

Tandis qu'il laissait la défaite l'étrangler, attendant le coup final, l'épée qui percerait l'horloge, bloquant les aiguilles, vidant le sablier de son temps, il ne remarqua pas qu'il fut déposé au sol. Ce ne fut que lorsque l'écharpe le délaissa, caressant au passage sa nuque, qu'il ouvrit des yeux emplis de fatigue vers l'étrange inconnue qui n'avait absolument rien dit. Agenouillé au sol, les deux sabots avant tremblant comme des feuilles, peinant à le maintenir droit alors qu'il ne souhaitait que s'écrouler sans jamais se relever.

Que pensait-elle donc? Que faisait-elle donc? Pourquoi ce regard si empreint d'un chaos subit? Derrière les reflets océan semblaient vibrer plusieurs cordes d'un instrument décomposé...et bel et bien vivant, tout à la fois. Une contemplation...pourquoi restait-elle coi face à lui? Qu'avait-il fait pour mériter son attention, lui qui ne méritait que de périr dans ce monde? Lui que le calme fuyait toujours, que la paix ne voulait pas accueillir...ou bien était-ce lui qui les fuyaient tous deux? Ses sabots qui le portaient seuls loin, vers un horizon brouillé par les démons de l'incertitude...

Puis les mots, forts, une épée...mais une lame différente. Une lame transperçant son coeur d'un éclat de surprise et de joie...de doute. Ces mots qui venaient comme le flux d'une cascade au milieu d'un lac. L'onde se dispersant, créant le chaos sur son passage et les questions. C'était cela, une armée, une infection face à cet acte inattendu. A ce regard qui semblaient ne pas avoir de sens sur ce visage qui, désormais, semblait voilé par une intense émotion...par quelque chose d'improbable. Les mots qui continuaient, encore, toujours. Echo...écho...pourquoi? Elle l'appelait, elle le touchait d'une manière qu'il ne comprenait guère, qui n'était pas en adéquation avec ce qu'elle avait présenté auparavant. Incompatible, incohérent. Sur ce visage, sur ces yeux...pourtant. Pourtant c'était un sabot tendu. Etranger et horrifiant...pourtant. Pourtant!

Étonné, ce fut à lui de rester coi face à ces mots. Malgré la fin teintée du poison du mépris et de la colère...ce regard redevenu tempête. Malgré cela...un silence éthéré. Comme si même la ville s'était tut pour cette simple discussion. Que la nuit tendait l'oreille, intriguée, les ombres des passants évitant naturellement cette ruelle habitée par ces deux âmes. Deux simples personnes qui pourtant semblaient peser en réalité tout deux sur la trame de cette scène sordide. La mort tournant autour d'eux. Scaredy Cat resta là un moment, le temps que sa conscience dévore ces mots comme si ils se trouvaient être la liqueur et la nourriture dont il avait tant besoin, dont son corps hurlait l'absence.

De l'aide...de la compréhension. Comme un livre offre des réponses, bien que celui-ci soit brûlant au toucher et pour le moins sans pitié, sans considération, n'offrant ses lignes qu'à ceux qu'il considérait méritant. Une invitation morbide et pourtant teintée d'une étrange aura qui ne semblait pas lui convenir. Allait-il l'accepter? Face à lui se dressait celle qui pouvait lui parler, lui indiquer, lui faire comprendre. Révéler des ombres pour le transformer. Savoir et faire savoir, comprendre et faire comprendre. Pourtant. Pourtant...les toiles des pensées prenaient place. Le sang et la douleur semblaient rugir au loin, suivant cette proposition. Terrifiante et mortelle, cette ombre qui lui murmurait doucement, ayant comprit ce qu'il souhaitait : Comprendre, prévaloir, devenir plus fort. Sifflante, pourtant, la peur se rappela à lui, comme une amante défunte qui continuerait de hanter son mari, un regard bienveillant pour le tromper. Court, lui indiquait-elle...car cette forme qui se tenait devant lui était un danger bien trop grand.

Rampant à ses sabots, l'aura qu'elle dégageait était terrifiante, telle une brume épaisse qui lui masquait la vérité et qui était pourtant tout à fait compréhensible. Incapable de faire la part entre les mots et les faits, l'abstrait et le concret, les mots et les formes, le jeune poney cristallin fixa le sol un instant...tentant de trouver une réponse entre les arabesques étranges que les pavés de cette rue insalubre formaient. Puis, il la releva, doucement, une incertitude honnête baignant son regard. Si elle pouvait l'aider...quel en serait le prix? Était-il seulement prêt à suivre ce chemin rougeoyant, hurlant de douleur qui se dressait face à lui? A chaque recoin un regard tranchant...a chaque pas un peu plus d'ombre s'accrochant à lui. Était-ce cela qu'il souhaitait? Était-ce...voulait-il...non. Il n'était pas sûr. Tout au fond de lui, son cœur battait, de peur. De peur véritable. Ce n'était pas le moment. Pas encore...son esprit bouillait d'incompréhension, de déni, de dégoût...il n'était pas prêt.

-Je n'ai pas envie de fuir...je n'ai pas envie de rester ignorant. Je veux savoir, je veux comprendre...mais...je...je ne peux pas. Si je me relève, je tomberais plus loin, si je continue sur ce chemin je m'écroulerais...vous avez manqué me tuer, vous m'avez montré que vous étiez sans pitié, que votre force dépassait la miennes...j'ai...j'ai bien peur de ne pas pouvoir vous suivre. Je ne peux pas vous suivre.

Pour accompagner ses paroles de l'action, il se releva, quittant sa position agenouillée. En effet, la douleur lui transperça les pattes à nouveau, et les tremblements, comme les pulsions d'un coeur craignant l'agonie, qui passaient au travers de ses membres, ne manquaient pas de lui rappeler à quel point il était faible. Mordant, hésitant à continuer, il se jeta néanmoins à l'eau, tentant de faire face, de continuer à parler face à celle qui portait un masque de démon, et qui lui tendait le feuillet terrible d'un marché. Une proposition déroutante, mais fascinante. Un murmure brillant comme un soleil noir au milieu d'un océan de lumière brûlante.

-...Je...rien que vos simples coups me blessent, sans que vous usiez de votre magie. Votre simple aura fait naître en moi une terreur sans nom. Rien que cela...uniquement cela. J'aimerais comprendre...je souhaiterais saisir...mais je ne le veux pas tout autant. Je n'ai pas la force...pas la force pour cela. Et je le sais. Si je vous suis, je périrais. Alors...alors je préfère fuir...en espérant un jour avoir la force pour comprendre ce qui échappe encore à mes frêles sabots et mon esprit embrumé.

Malgré le fait qu'il n'était rien, absolument rien comparé à elle et il le savait, le sentait...pouvait le voir dans ce regard qui était un terrain ténébreux et inquiétant. Comme un océan inconnu, où rôdaient des monstres qu'aucun poney n'avait jamais vu...malgré son insignifiance, elle l'avait considéré digne de son intérêt. Bien qu'il soit...comment devait-il se sentir? A vrai dire...le vide était la seule sensation qui l'habitait. Après avoir parlé, après qu'il ait raconté ce qu'il rechignait tant à dévoiler...voilà qu'il se trouvait...sans rien. Sans le passé secret à entretenir. Sans la marque à caché. Rien que lui, corps nu et âme en peine, face à une personne dont il ne connaissait rien...rien que la force et la violence qu'elle lui avait prodiguée.

Alors que son coeur battait toujours, il n'y avait que ce regard, vide...vide mais pourtant conscient. Conscient de sa faiblesse et de la mort suivant le sillon qu'il traçait, se rapprochant comme un serpent d'une proie sans défense. L'invitation lancée était comme un piège...une cage dorée où il risquait de terminer ses jours. Pour lui, il n'avait pas la force de gravir la montagne. Pas la volonté...rien. Le vide. Les émotions endormies ne lui parvenaient plus...ne souhaitaient plus raviver les couleurs de sa robe. Décidé, honnête, il lui avait répondu de son coeur...ce même coeur qui tremblaient en des battements irréguliers comme le rythme déformé d'une musique démente. Ce même coeur qui pulsait, qui envoyait le même message dans ses pattes tremblantes de fatigue : Courir. Courir...avoir peur...fuir. Fuir. Loin...toujours plus loin, d'elle, de son passé...de lui même. Tandis que son visage était parcouru des marques de la peur et du doute...démontrant par là qu'il préférait bien encore se trouver autre part qu'avec celle qui lui promettait un avenir. Plutôt fuir que confronter cette sombre mer qui s'agitait déjà sous ses pattes et dans son esprit. Au moins avait-il répondu à l'invitation d'une manière qu'il espérait être assez courtoise malgré cette horreur lui tordant l'estomac et lui nouant la gorge et fourchant sa langue.
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MessageSujet: Re: Là où la bonté mène à la mort [Pv : Reverse Song]   Mer 22 Juil - 11:46



L'hésitation, à nouveau ; comme sa seule façon de penser, de réfléchir, le reflet de sa propre vie dans un miroir déformé. Timide, ou bien apeuré, qu'importe le terme employé, ses yeux léchèrent le sol à la recherche d'une réponse, d'un guide à suivre bien gentiment, pour y vivre une vie monotone et pourtant désirée par bien des gens. Il avait cette attitude naïve et fragile d'un chaton sans sa mère, miaulant pour de l'aide, mais se cachant lorsque l'on tendait la main, comme un réflexe de survie, pourtant des plus fatals.

-Je n'ai pas envie de fuir...je n'ai pas envie de rester ignorant. Je veux savoir, je veux comprendre...mais...je...je ne peux pas. Si je me relève, je tomberais plus loin, si je continue sur ce chemin je m'écroulerais...vous avez manqué me tuer, vous m'avez montré que vous étiez sans pitié, que votre force dépassait la miennes...j'ai...j'ai bien peur de ne pas pouvoir vous suivre. Je ne peux pas vous suivre.

Silence. D'abord gêné de la part du jeune mâle, dont la tête, basse, continuait de s'inquiéter ; puis, de la femelle, ferme, froid, cruel, comme un faucon dardant son œil mauvais sur le mulot qu'il venait d'attraper, la jaugeant de toute sa basse faiblesse.
Risible était sa réponse. Préférant mourir, se laisser aller sur le Styx, plutôt que de tenter, de s'acharner, aussi maigres soient ses chances, de remonter le cours de sa propre vie, il en était là, s'excusant platement de sa misérable existence.Le chaton, de toute évidence, ne voulait pas devenir lion, préférant se cacher et se soumettre, que de rugir son indépendance.

Elle serra les dents, tandis que se dressaient à nouveau les griffes noires, telles des serres prêtes à abattre, de colère.  Comment pouvait-il espérer survivre en ces lieux, lui qui avait le potentiel, lui qui avait, bordel, survécu aux grands démons, en donnant échine aux loups et aux bergers ? Comme un être aussi fragile mentalement, aussi brisé, pouvait-il avoir vaincu les malédictions et se prétendre nécromancien, quand la magie noire demandait du savoir et de la prestance ? Il était cette tâche blanche dans l'encre de l'Histoire, ce cafard écrasé sur les pages des plus beaux manuscrits. Incorrect, erroné, l'erreur même d'une Matrice confuse.

-...Je...rien que vos simples coups me blessent, sans que vous usiez de votre magie. Votre simple aura fait naître en moi une terreur sans nom. Rien que cela...uniquement cela. J'aimerais comprendre...je souhaiterais saisir...mais je ne le veux pas tout autant. Je n'ai pas la force...pas la force pour cela. Et je le sais. Si je vous suis, je périrais. Alors...alors je préfère fuir...en espérant un jour avoir la force pour comprendre ce qui échappe encore à mes frêles sabots et mon esprit embrumé.

Rire. Soudain. Clair. Comme une explosion qui avait retenu bien trop de flammes, bien trop d'énergie, pour se contenir plus longtemps. Et quand enfin le silence revint, elle plaqua son regard sur celui du mâle, perçant, cherchant presque à l'écraser de ce simple geste.
Si faible.
Si misérable.

- On ne fuit pas sa propre faiblesse, son histoire, de la même manière que l'on ne peut pas fuir son ombre.

D'un geste rapide, elle l'attrapa de nouveau dans sa gigantesque main d'écharpe, sans pour autant le serrer comme à ses premières fois. Il n'avait plus besoin d'avoir peur, ou bien de cracher une réponse. Il fallait seulement qu'il écoute. Le plus attentivement du monde. Et l'étouffer n'était pas la meilleure des idées.

- Tu ne veux pas comprendre simplement parce que tu as peur de voir l'étendue de ton pouvoir, des responsabilités que cela pourrait incomber. Tu as... peur de vivre, parce que tu as peur de mourir, cracha t'elle avec toute la rage qui naissait en son être.

Elle le rapprocha de plus belle de son visage, raclant sa corne recourbée sur les cheveux hirsutes du crystallin, telle une lame menaçant une invisible gorge. Elle avait eu peur, elle aussi. Peur des choses qu'elle voyait. Qu'elle entendait. Qu'elle comprenait. Quand tous étaient aveugles ou sourds, elle, elle sentait. C'était, entre autre chose, la définition qu'elle donnait à sa marque de beauté. Mais bien plus encore, qu'elle donnait à sa propre existence. Car tout avait changé, lorsqu'elle accepta de comprendre. Clair, limpide, presque déconcertant de facilité. Ainsi avait été le monde.

- Alors, soit tu te lèves immédiatement en te sachant entouré, soutenu ; soit tu restes à terre et tu attends que les rats te dévorent.

Le règne animal l'avait toujours sût. Inscrit dans nos gênes, ancré dans nos mémoires, cela avait toujours été le choix le plus important de nos vies. De nos races. Dès la naissance, les poulains avaient le choix entre se lever, prenant le risque de tomber, de rouler, mais aussi de survivre ; et rester à terre, attendant patiemment les loups et la faim comme seul entourage. Rester a terre, rester dans l'ombre de la misère et de la peur, c'était prendre le risque d'être dévoré par la dépression, par la société et ses consœurs de discipline.
Mais dans ce monde, dans ce royaume, il y avait bien pire à attendre pour les inutiles et les faibles. L'ignorance même, le dégoût, une existence de parasite parmi les parasites, moins que rien, moins que l'invisible néant ; juste une vie commune, lambda, ne valant pas mieux que l'immonde candeur imprégnant les dirigeants du soleil et de l'amour. Juste le silence comme seule réponse. La faim et la torpeur comme seules amies.

Comme plongé dans un puits insondable, sous les yeux amusés des gardiens du cirque des rires.

- Cette chance que je t'offre, peu l'ont eu, comment ça t'elle, la voix forte et pourtant imprégné d'une douceur âpre, mesquine. Alors choisis. Mais sache que se lever, ne veux pas systématiquement dire tomber. Qu'apprendre peut nous faire voir des paysages encore insoupçonnés. Que comprendre peut nous faire voir. Tout simplement.

Elle le reposa alors, sans ménagement, attendant, non sans un regard outré et emplit de haine, qu'il choisisse. Une deuxième chance. Tout le monde ne pouvait s'en vanter. Tout le monde ne pouvait l'attraper. Et avec un tel potentiel, une telle idée, un tel concept, Reverse n'avait que peu de clémence envers le chaton de blanc et de bleu.
Il devait vivre.



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MessageSujet: Re: Là où la bonté mène à la mort [Pv : Reverse Song]   Lun 3 Aoû - 22:07

HRP:
 


Préparé aux mots, aux coups ou bien même à la mort si cela devait se dérouler ainsi, il fut cependant surprit par l'éclat de rire de celle qui se tenait face à lui. Dans ce rire, loin derrière le son virevoltant dans l'air, il y avait quelque chose d'inquiétant, qui le mettait mal à l'aise. C'était comme si il était un enfant, ayant joué avec les allumettes interdites, allumant un feu qui commençait à s'épandre. Un feu, c'était exactement cela. Puis soudainement, son regard se braqua sur lui et ce fut comme si une cockatrice venait de le foudroyer, de le pétrifier sur place. Même sa peur se tût, le laissant à la merci d'un sentiment tout autre, c'était là...peut-être de l'attention, teintée d'une horreur dont seuls les cauchemars pouvaient se targuer.

Dans ses yeux, il y avait cette lueur que seuls les prédateurs ont. Ce sentiment que seuls ceux considérant les autres comme des ennemis ou des proies connaissaient. Le mépris. La considération infime portée à quelqu'un...non, quelque chose de bien plus faible que soi. Esquissant un pas en arrière, se préparant au pire, les mots qui lui parvinrent ne frappèrent pas son esprit. Cela, il le savait déjà et pourtant il fuyait cette vérité; simple fait qu'il ne parvenait pas à accepter.
Car lui voulait croire, il espérait. Ses pattes pourraient le porter partout, loin. Loin de sa vie, de ses erreurs...de lui même.

Souhaitant fuir de nouveau, il fut néanmoins pris de court par la main noire qui vint le saisir. Cependant, au lieu de le serrer à l'instar d'un jeune enfant serrant violemment un animal sans avoir conscience de la souffrance qu'il lui appliquait, la poigne était plus douce, elle ne se voulait pas blessante. Son regard esquivait celui de la nécromancienne. Trop dur de l'affronter, il était préférable de ne pas se plonger dans ce puit noir comme l'abysse. Mais il écouta avec attention ce qu'elle se mit à lui dire.

...Et ses dires furent la vérité. Une vérité qu'elle lui crachait au visage, d'une colère étouffée. Peur, oui, il avait peur. Bien qu'il eut souhaité que sa course ne s'arrête jamais, il avait conscience, malgré tout, qu'il ne tiendrait pas. Fuyant la vie, il était bien trop faible pour se résoudre à l'affronter, pourtant il fuyait aussi la mort. Fuir la vie et fuir la mort. Au final, il ne pouvait s'échapper. Coincé, malmené par les déferlantes et les vagues de la vie, du présent et du passé. Etait-ce là l'oeuvre d'un sombre destin? Non. C'était là les conséquences; il ne pouvait pas ignorer ce qu'il avait fait. Peur de mourir? Oui. Et il avait également peur de vivre. Dans son coeur guerroyaient la peur, la faiblesse et un désir, un rêve, un souhait : La victoire. Le désir de vaincre, ce même désir qui l'avait plongé dans les abysses.

Mais alors qu'il pensait, qu'il ne parvenait pas à se résoudre à comprendre ces mots, il observa cette personne, cette ombre qui le maintenait dans son écharpe magique alors qu'ils se trouvaient face à face; lui face à elle, elle face à lui, en un drôle et étrange miroir brisé. Et elle? Qu'en était-il de sa fin? C'était étrange car, dans sa voix, ses réactions, dans son être même et ce brasier mesquin dans son regard, il pensait voir cette ombre. Sur le chemin...quel était le chemin qu'elle avait empruntée? Sur la route, il semblait presque y avoir des rêves autrefois brillants, désormais souvenirs cadavériques abandonnés sur le bas côté.

Sa corne dans sa mane était une chose étrange. Une menace et pourtant; l'impression que l'on cherche quelque chose de perdu. Puis elle s'addoucit, telle une mère face à une bêtise d'un enfant qui n'était pas le siens. Ou peut-être était-ce ce qu'il espérait, car il n'y avait dans sa voix que la trace de quelque chose d'éteint, qui tentait vainement de ressortir. Ses mots eux même portaient une trace d'espoir, quelque chose de plus. Lorsque la main le reposa au sol, ce fut sans pitié, le laissant s'écrouler sous le coup, il resta là, la joue collée à ce sol froid.

Et il ne bougea pas. Restant là, comme un vulgaire sac, un corps déjà sans vie, comme un fantôme incapable de se relever. Mais ce n'était pas cela. Son regard était perdu dans le lointain, fixant simplement les pattes noires sur le sol de la même couleur. Deux points dans une immense citée sombre comme la nuit. Voilà ce qu'ils étaient. Mais ce qu'elle lui avait dit ne le laissait pas sans réfléchir. Oui, il y avait encore quelque chose. Si il ne bougeait pas, il mourrait, tout serait terminé. Alors il n'aurait qu'à attendre, qu'on daigne bien achever ce que son erreur avait commencée. Mais si il ne se relevait pas, comment comptait-il réparer cette erreur? Comment pouvait-il espérer changer les choses? Se changer lui?

Mourir...ce n'était pas ce qu'il souhaitait. Il ne voulait pas mourir. Pour ce qu'il s'était juré, pour l'âme de son ami le plus cher, se relever était la seule option! Bien caché derrière cette excuse se trouvait autre chose. Une ambition. Son ambition. Son désir de vaincre. Vaincre la mort, vaincre les autres, se vaincre lui et sa peur, vaincre le monde, peut-être? Au final il se pensait bon...mais il n'était pas prêt d'accepter l'ombre rôdant autour de son coeur. Cet autre lui qu'il avait entraperçu dans le miroir. Non, il n'accepterait pas qu'il souhaite rester en vie pour devenir ce qu'il souhaitait devenir, rester en vie pour quelqu'un, pour une noble cause était bien plus agréable. Promettait bien plus de choses. Mais peu importe. Tout ce qu'il voulait c'était vivre, et il se rélèverait, toujours, même si il faiblissait face à la peur, il finirait toujours par déplier ses pattes et tenir, tout comme il l'avait fait il y a très longtemps, la toute première fois!

De longues secondes passèrent. Peut-être avait-elle déjà commencé à partir. Mais il déplia l'une de ses pattes. Redressa la seconde, usa de ses muscles qui lui transmettaient encore des plaintes et des pleurs, mais il les ignoraient habilement. Les pattes arrières suivirent, sa tête cependant fixait toujours le sol. Debout, il s'était relevé, et il était prêt, tout en ressentant le contraire, à affronter cette vie qui ne cessait de lui envoyer le mal à la figure. Peut-être commencait-il déjà à en avoir assez.

Sa tête se redressa, il fixa la licorne noire, cherchant son regard. Car il souhaitait fixer le siens, voir ce brasier et y résister. Y résister car elle lui ouvrait une porte, et il sentait au fond de lui qu'elle en ouvrait rarement, très rarement. La bouche s'entrouvrit pour inspirer l'air malsain de cette vile décadente, mais dont la déchéance était l'égale de sa beautée mélancolique. Et sa voix porta, accompagnée de son regard décidé. Ses mots qui étaient teintés d'hésitation, mais qui resplendissaient par la décision qu'il avait prise. C'est donc avec force et une certitude naissante qu'il lui répondit, faiblement et pourtant...avec une force cachée qui tentait de briser ses chaînes :

-J'ai décidé.
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Reverse Song
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Dark Pledge

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MessageSujet: Re: Là où la bonté mène à la mort [Pv : Reverse Song]   Sam 8 Aoû - 19:48




Plusieurs secondes, peut-être minutes, passèrent dans le silence, à peine brisé par la toux de quelques ivrognes sortant de leur beuverie. Il était là, étalé sur ce sol froid, dur, comme un lièvre écrasé par le poids de la vérité, ne sachant ni se relever, ni respirer qu'autrement que dans la peur et la fièvre de la panique. Pathétique. Misérable. Il avait, a bien des attraits, plus de pauvreté que n'en avait jamais acquis Reverse. Un jeune mage noir, incapable de survivre à son propre destin, réfutant l'idée même qu'il puisse en avoir un.

Et puis, il y eut un déclic. Un spasme. Une flamme dans les braises de son âme. Il déplia une patte, fébrile. Puis une deuxième. Et tandis qu'elle reculait pour laisser place à toute sa fougue, nouvelle, il se releva, droit, fier, le regard subjugué par la détermination naissante qui emplit ses poumons d'une bouffée sauvage et puissante.


-J'ai décidé.

Les mots semblaient alors inutiles. Vides. Car de ses gestes, tout leur sens en était acquis. Et la femelle n'avait plus que la conviction qu'il était prêt. Enfin prêt à agir autrement qu'une ombre taciturne, qu'un silence brisé, qu'un chaton apeuré. Enfin prêt à utiliser tout son potentiel, toute sa magie, toutes ses compétences dans l'art noir de la nécromancie.
Un maigre sourire naquit sur ses lèvres, tandis qu'elle penchait la tête sur le côté, comme amusée.

- Eh bien, eh bien.

Elle le contempla encore un instant, dardant son regard, d'abord acerbe et pourtant, déjà mielleux, sur la faiblesse de son corps, sur ses courbes sculptées par la maigreur et l'effroi, sur cet esprit pourtant scintillant comme mille étoiles dans les noirs cieux du Pledge. Sur cet apprenti, cet imbécile, qui s'était dressé entre l'incompréhension et la torpeur en une flamme monstrueuse.

- Il y aura beaucoup à faire, mais je n'ai pas de doutes sur tes chances de réussite.

Soupir. Puis, d'un pas las, elle s'avança vers lui, scrutant une dernière fois son regard, avant de le dépasser, comme si, désormais, il n'était rien d'autre qu'un invisible commun.

- Mais avant, je pense que te nourrir ne sera pas superflu...


Ce ne fut pas vraiment long de remonter les dédales sombres jusqu'à leur point de rencontre. La nuit avait fait son œuvre, emportant bien des gens dans ses bras, délaissant les autres à leur alcool ou leur bagarre. Quant à ceux qui la rencontrait, ils n'avaient guère l'envie de lui causer, bien trop occuper a détaler tant la réputation de la ville et de ses malfrats étaient fortes -quoique véridique-. Ainsi, elle se retrouva de nouveau face au terrestre assommé, dont le chariot de fruits avait été pillé de la pire façon qu'il soit. Les roues avaient été retirées, les pommes, dévorées, et, au final, tout ce qui avait pu être emporté, pillé. Il ne restait au mâle pas même un chapeau ou une botte.

Detrot était une véritable savane. Lorsque les guépards s'attaquaient à une proie, bien vite, lions, hyènes et vautours arrivaient derrière pour prendre leur dû, ne laissant de la carcasse qu'une poignée de maigres os. Et malheureusement, ni les rats, ni la corbeaux, n'avaient eu l'idée de défendre le carton, lui aussi embarqué -c'est un monde quand même- avec ces précieux fruits juteux.

Vain. Voilà en quoi ce terminait sa nuit dont le yo-yo émotionnel en était la marque. Affamée, puis, carnassière, surprise, déçue et enfin satisfaite, avant que tout ne retombe dans la faim, éternelle et ancrée en son sein.

Pourtant, la satisfaction des rats non loin lui indiquait qu'elle était bien la seule à ne pas se nourrir. D'un geste rapide, son écharpe s'anima, plongeant tel un serpent dans les trous, masures de vermine, a la recherche d'un quelconque animal, ou bien fruit, qui aurait servi à se repaitre. Car si, en tant que poney, la nécromancienne daignait un régime autre que végétarien, il n'y avait en guerre que peu de place dans le choix de ses plats. Et si la viande lui était rebutante, son estomac, lui, n'en voyait que le fondement de la vie.

La main prédatrice revint, une pomme croquée sur un bon tiers entre ses griffes. Elle put entendre, comprendre, la complainte de la vermine qui avait fuit sous la menace soudaine ; mais elle n'en fit rien. Ventre affamé n'a point d'oreilles disait-on.

- Ça devrait te suffire jusque demain tout du moins, commenta t-elle en regardant d'un œil critique le fruit rouge. Et tandis qu'elle lui lança, elle continua. Maintenant, rentres chez toi avant qu'on ne te vole. Et si tu n'as nulle part où aller, eh bien... fais comme moi.

Et pour simple exemple, elle se coucha sur son écharpe désormais inanimée, tel un chat se pelotant sur une couverture, la tête enfouie dans la veste volée -et qu'elle ne rendrait de toute évidence pas-.

- Dors où tu peux.

Et sans vraiment attendre de réponse de la part du jeune mâle, elle ferma les yeux, les sens toujours en alerte, comme l'avaient tous les pauvre manants.

_____________________________________________

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