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 Rathalos - Mission.

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MessageSujet: Rathalos - Mission.   Sam 18 Juil - 16:14


Act II. Chapter Ii -

L'ondée se déversa sur se déversa sur les terres en fines gouttelettes, vagues arc-en-ciel dont les hauts plateaux de cristal s'harmonisaient d'une lueur céleste. L'air, épuré, semblait raviver les couleurs de ce monde encore endormi dans la brume matinale. L'herbe bien plus verte, les nues plus cyans, l'eau plus transparente encore ; comme si tout semblait être passé sous un filtre incandescent, dansaient, chantaient ce refrain entrainant, entêtant qu'était celui de la vie. Il y avait en ce royaume quelque chose de naïf, de précieux, comme un jeune enfant jouant au cerf-volant dans les champs de blé, or brillant de son rire innocent. Quelque chose de fragile, d'éphémère, l'impression même de n'être qu'une tâche d'encre sur une toile de maître que l'on s'apprêtait a incendier. Un sentiment, un vide peut-être, d'une incroyable beauté, oppressant ses gestes en une curiosité maladive, ses pensées en un rayonnement de stupeur et d'enchantements.

Le Crystal Empire était de ces royaumes aux paysages flamboyants et dont la joie même semblait s'être installée, s'être incrustée en chaque être, chaque parcelle de terre qu'il y avait, enivrant les étrangers de son nectar ambré. Le contraste avec les terres sombres était infligeant. Presque stéréotypé. Des panaches de fumées volcaniques, il n'y avait que les nuages, moutons de blanc et de vermeille sous l'aurore pointant ; des rugissements sauriens, que les mélopées des matinaux oiseaux ; des chemins de cendres et d'os, la glaise et la terre fertile, enchevêtrées d'herbes et d'animaux papillonnant de-ci de-là, se délectant de la rosée perlant. La fraîcheur même d'une journée estivale n'était qu'une délicate bise sur sa peau efflanquée, habituellement rouée par le sable et le sirocco, la fumée éparse et la négligence des habitants.

Comble de la sympathie, ses basses gens -dont le pelage n'était que sous-couche de poil ras, formant cette apparence si singulière d'un diamant- n'avaient que le sourire aux lèvres et les politesses faciles, remerciant, s'inclinant, donnant même leur propre argent aux plus démunis, comme s'il s'agissait là d'une tradition. Des marchands de pommes aux gardes, tous se saluaient, se souhaitaient de bonnes et heureuses vies, véritable pièce de théâtre de la candeur. Chaque magasin s'attelaient à faire briller leur enseigne, rayonnant parmi les maisons de style anglais dont les épaisses poutres de chêne clair contrastaient harmonieusement avec les pans de crépis rosés, épurés, presque trop simplistes. Tout, de la fontaine roucoulant son eau pure aux bancs finement ouvragés, semblait être tout droit sorti d'un rêve enfantin. Ou peut-être n'était-ce qu'une impression, qu'une comparaison embellie, extrémiste, d'une ville aux pourtours magnanime, façade d'une faiblesse non dissimulée.

Elle aurait craché a terre, a l'idée qu'il ne s'agissait là que d'un médiocre village, et non de la capitale cristalline, mais les dalles elles-mêmes semblaient prêtes a esquiver cette affront pour rester lisses et pimpantes ; si bien qu'elle se ravisa, se contenta d'un noir regard aux alentours. Installée sur une table de café en dehors, proche de la grande place -enfin, grande, pour ce village-, elle scrutait, analysait, s'émerveillait presque de ses enfants jouant dans l'eau fraîche de la source factice, sous les rires bienveillants des vieillards affublés de pain, au plus grand plaisir des pigeons ; de ces jeunes mères promenant leur marmaille, de ses gardes qui, vigilante, ne se lassaient pas des conversations passantes.

Oui. Ce village, ce royaume, était une paix, un calme, dans le tumulte d'une vie de questions et de souffrance. Un doux rêve parmi la méfiance des nuits noires. La main salvatrice entre les cinglants coups de fouet. Ce petit quelque chose qui faisait que, pour une fois, pour la toute première fois, Reverse avait accepté l'idée d'y rester, ne serais-ce que pour se délecter d'un bon repas. Et, mieux -pire?- encore, qu'elle allait payer.

Le temps d'une journée, le monde semblait s'être inversé.

Plus de guerre.
Plus de vol.
Plus de nécromancie.

Juste le calme.
Juste les vacances.

Oui. C'était le mot. Vacances.
Douces et paisibles vacances, qu'elle estimait avoir méritée après une mission, non pas compliquée, mais irritante de par sa compagnie. Elle avait pu cracher son venin, sa pensée, comme bon lui semblait face au roi des fanfreluches, ne se punissant que de quelques blessures dont les soins avaient été des plus rapides. Mieux encore, cela avait permis à sa majesté de laisser à la nécromancienne carte blanche sur ses destinations, ses choix, ses pensées ; comme s'il ne s'agissait là que d'un loup dans un chenil, indomptable, sauvage, mais utile pour peu qu'on le laisse tranquille. Libre. Sans foi ni loi, mais surtout, sans roi. Juste une nation, sur laquelle elle avait toute emprise. Était-ce par peur qu'il avait fait ainsi ? Ou pour obtenir le point stratégique de « je n'ai pas Reverse derrière le cul » ? Elle n'en savait rien, et, à vrai dire, elle s'en fichait.

La serveuse, d'une banalité outrancière, lui apporta son entrée, simple salade de tomate et de pommes de terre, parsemée de ses foutes petites herbes. Pas celle qui donnent du goût, non ; celles qui ne font que décoration. Celles qui n'apportent rien au plat, si ce n'est un peu plus de prestige -et d'argent-. Celles qui se coincent dans les dents. Celles qui sont souvent délaissées sur le bord de l'assiette. Celles qu'on ne mangent pas. Celles qu'on jettent. Et ce gaspillage, pour quelqu'un ayant vécu une bonne partie de sa courte vie dans la misère et la faim, était une horrible offense.
Mais la candeur et la joie de ce royaume toucha la femelle d'obsidienne, qui, d'une moue à peine critique, délaissa ses tristes pensées. Elle avait enfin une assiette pleine. Des couverts aussi. Et une jolie table avec une jolie nappe à carreaux, décorée d'un joli vase avec de jolis tournesols. Le tout dans un joli petit restaurant de campagne. Dans un joli petit village. Dans un joli royaume.

Ce qui changeait vraiment de sa vie habituelle.
Le temps d'une journée, le monde semblait s'être inversé.

Plus d'escarmouches ni de cri d'effroi, plus de cadavres et de corneilles à l'appétit que trop rassasié. Plus de maisons dévastées ou de champs brulé, de moulin battant l'amer vent vers d'autres puanteurs. Juste les rires. Les sourires. La joie. Dans un air, une ambiance, parfaite, épurée. Si transparente que le goût même n'était plus qu'un souvenir. Si lisse que le toucher n'était qu'un soupçon d'inconnu. Si orchestré que les pleurs semblaient factices.
Si fade. Si âpre. Comme un rêve qui, lentement, se transforme en monotonie ; cocon délivrant une chauve-souris a défaut d'un papillon. Ce tout parfait, déréglé, brisé, dans la grande horloge de la vie. .

Elle reposa ses couverts sur les bords de son assiette, vide, contemplant de ce même œil les dernières tâches de sauce, reluisant de gras sous un soleil matinal.
Brillant. Lisse. Et pourtant gras. Laid. Acide.
Comme cette ville.

Quelque chose n'allait pas dans ce tableau dépeint. Ou plutôt, tout allait bien. Tout allait trop bien. Comme un pressentiment, une sensation désagréable que la balance allait se rééquilibrer d'un moment à un autre. Que le karma reprendrait le dessus sur ce monde inverse, qu'il ferait redescendre ses poulains de sucre et de candeur de leurs songes, de leur mièvrerie. Avec toute la froideur et la cruauté qu'un cauchemar pouvait apporter.

Le temps d'une journée, le monde semblait s'être inversé.
Le temps d'une journée, le monde semblait s'être brisé.




Le chaos.

Sa table s'était renversée, lui couvrant le visage de sa nappe brodée. Il n'y eut plus que les silhouettes galopant dans la pénombre soudaine, les hurlements, les rugissements, pour lui décrire la scène. Parfois, un ordre était scandé par les gardes, aussitôt coupés dans leur élan par ce qui semblait être un serpent géant, un fouet cinglant aux divers pics d'écailles. Et puis, le vrombissement alarmant. La langue incendiaire, explosant vitres et poutres, déchaînant la torpeur des cris et des blessés. Les ombres dansantes sous le joug du feu.

Elle devait partir.
Elle devait fuir.

D'un geste brusque, elle repoussa la table de son corps endolori, soulevant d'un même trait le rideau.  La lumière aveuglante la prise au dépourvu, l'obligeant à reculer jusqu'à heurter la vitre du restaurant, avant qu'enfin, ses yeux ne s'habituent.

Là, campée sur ses deux puissantes pattes de cuissarde, la vouivre la scrutait d'un œil mauvais.

Un silence intense, encombrant, empoigna son cœur d'un tressaut de panique. L'animal, gigantesque, semblait lui-même surpris de cette soudaine paralysie, de ce manque d'action. Probablement aimait-il les voir courir, les arracher à la vie lorsqu'ils pensaient encore pouvoir s'en sortir, cracher son venin ardent sur leur carcasse hurlante, les éventrer de ses serres, de son dard, de ses cornes. De toute cette armure d'ambre aux reflets dansants, d'or et de cuivre, de feu et de haine. Véritable arme vivante, impassible face au monde qui le regardait des basses terres, il était là, roi des cimes et des monts, seigneur de la terreur et de la souffrance, sondant la licorne tremblante qui lui faisait face.

Battement de cil.
Rugissement.

Et d'un accoue vif, presque miraculeux, elle plongea à terre, esquivant de peu les griffes égides qui raclèrent le restaurant comme s'il ne s'agissait que d'un château de cartes. La bête poussa un nouveau rugissement, cherchant des yeux la tâches de noir et d'or, avant de détourner son attention sur les gardes volant de lances et d'épées.

Merde.
Cachée là, derrière ce misérable mur effondré, elle semblait piégée, presque en déroute, face au cruel animal qui dégageait d'un revers de queue ses opposants comme de simples mouches. Il fallait qu'elle se souvienne. De ce jour de chaud été, qu'elle avait passé en squattant négligemment la bibliothèque. Endormie sur deux chaises formant astucieusement un lit des plus inconfortables. Plusieurs livres posés, jetés, à ses alentours, ne trouvant le sommeil que dans les mots. Elle serra les dents, cherchant à se focaliser sur les récits, les contes et les exposés qu'elle avait alors trouvés. Botanique et histoire de chevaliers. Des dragons, et non des vouivres. Un récit de guerre. Un parchemin de potion. Inutiles. L'ouvrage des créatures magiques et horribles. Couverture dorée, enluminé d'une quelconque chimère.
Les pages se tournaient mentalement au son des grognements, des raclements.
Cerbères. Dragons Sauvages. Manticore. Scorpion géant. Sectateurs. Vouivre.

Vouivre.
La gravure de l'immense dragon à la queue en dard ne rendait pas hommage à la splendeur, à la bestialité, de son opposant. Mais qu'importe. Elle relisait les lignes floues, les données fuyantes, cherchant à en attraper le sens, l'idée.

Déclic.
Illumination.

La vouivre, aussi nommée wyverne, est un grand serpent ailé d'une dizaine de mètres de long, ressemblant à un dragon dépourvu de membres antérieurs, et remplacé par des ailes  (comme les chauve-souris). Ses deux membres postérieurs sont incroyablement puissants et dotés de serres féroces, bien qu'elles parcourent préférentiellement les airs. Son crâne allongé est orné de deux cornes recourbées vers l'arrière, sa queue reptilienne est coiffée de piquants et à la fin de celle-ci se trouve un énorme aiguillon de scorpion qu'elle utilise pour infliger de sévères empoisonnements. Moins dangereuse qu'un dragon sauvage, certaine possède une attaque de souffle (feu), mais demeure toutefois une créature redoutable car agressive et vorace. Elle chasse à la manière des oiseaux de proie, volant en cercles pour repérer sa proie, avant de fondre sur elle et de l'emporter à tire d'aile pour la dévorer. Les wyvernes nichent principalement dans des cavernes ouvertes à flanc de montagne.

Nouveau rugissement.
Un corps en armure scintillante vint s'écraser sur le mur de la femelle, ne sachant si elle devait être satisfaite de ses informations ou effrayée. Le féroce animal n'était clairement pas des plus simples à abattre, ni des plus gentillets. Prédateur en haut de la chaîne alimentaire, il avait, de toute évidence, une soudaine envie de viande équine pour son prochain repas, et la maigre opposition que le village lui offrait ne lui donnait guère satiété. D'un nouveau coup de fouet, son dard déchira les façades proches, éboulant maisons et pubs sous les derniers cris des réfugiés.

Il fallait sortir. Vite. Le plus vite qu'il soit.
Mais pourquoi faire ? Courir n'était pas son fort, et quand bien même, la vouivre savait voler, battant de ses ailes puissantes pour la rattraper sans mal. Se cacher éternellement était la seule solution encore possible, mais si les yeux de reptile étaient petits, et donc mal adaptés, nul doute que ses naseaux, immenses sur son museau long et râpeux, lui offrait l'odorat nécessaire pour trouver ses proies à des kilomètres. Véritable requin attiré par le sang, elle n'avait, de toute évidence, aucune réelle chance de s'en tirer autrement que par l'attaque.
La meilleure des défenses, n'est-ce pas ?
Blesser, tuer, avant de l'être soi-même.

Inspiration.
La bête renifla l'air bruyamment, s'approchant dangereusement du mur salvateur. La pouliche ferma les yeux, ne voulant se laisser guider par son instinct, par l'horreur de la situation, se fiant uniquement à son ouïe, aux tremblements du sol, aux invisibles qui hurlaient leur joie au festin de grande vague. Le raclement des écailles sur les pavés, les feulements, les gargouillements de l'animal lui indiqua son avancée, lente, mais ciblée. Bientôt, son museau dépasserait. Bientôt, ses yeux d'orange et de haine se poseraient sur son corps tremblant. Bientôt. Bientôt, il n'y aurait plus que le feu et les crocs pour l'accueillir.
Un frisson parcourut sa nuque, tandis qu'elle tentait, vainement, de faire reculer ses noires pensées. Elle n'avait pas le temps, elle n'avait plus le temps, de se laisser aller à la mort et à ses méandres. Si sa vie avait ne serait-ce qu'un peu de valeur, elle se devait de la protéger. Ou tout du moins, de ne pas la donner à bras ouverts. Se battre. Survivre. Faire regretter chaque acte, chaque parole en sa personne.

D'une lueur azurée, elle fit sortir un épieu d'os du sol, cherchant à le renforcer du mieux qu'elle put de sa magie et de sa chitine. Sous les reniflements proches -trop proches-, elle la saisit alors, se préparant à l'impossible. Se fut d'abord un bout de museau, dont les écailles cuivrées étaient entachées de sang, qu'elle vît. Deux immenses narines aspirant l'air avec appétit. Une corne sur le sommet du museau, semblable à de l'argile durcie. Puis, un œil. Des cornes. Une joue gonflée par les muscles puissants. Des crocs de sa bouche entre ouverte. Une tête. Immense. Telle un char d'assaut, une statue grossièrement taillée dans l'espoir de terroriser, de déchiqueter.

L'œil saurien cligna de sa seconde paupière, dévisageant enfin la femelle comme s'il s'agissait d'un amuse-gueule trop peu désiré. Bloqué par ce pan de mur et le reste du restaurant, il ne put retourner son visage de suite, s'obligeant à reculer pour la prendre à revers. Et quand les crocs réapparurent, prêts à saisir l'équidé, ce fut un vent de cendres et de poussière qui l'accueillit, s'incrustant dans sa gueule béante, dans ses yeux, dans ses naseaux. La vouivre gronda, reculant en secouant sa lourde tête, véritable massue, qui heurta a plusieurs reprises les bâtiments déjà en ruines. Alors, la nécromancienne bondit hors de sa cachette, accourant vers l'animal, esquivant de peu la queue qui claquait l'air de fureur. Cette diversion ne durerait que peu de temps. Trop peu pour fuir. Juste assez pour la piéger de la pire façon qu'il soit.

D'un nouveau geste de corne, l'obsidienne invoqua de nouvelles lances d'os du sol dallé, pénétrant alors la membrane aérienne du pseudo-dragon, qui hurla de rage. Une langue de flammes rasa l'air, avant de s'abattre sur la place, brûlant, détruisant chaque parcelle encore intacte dans ses environs. Mais déjà, la nécromancienne s'était abritée sous le torse maculé de l'immonde chose, intouchable de son feu, invisible de ses yeux.
A nouveau, le sort d'ossement pénétra la fine toile qu'ornait les membres antérieurs de la wyverne, la clouant momentanément au sol, incapable de bouger sans déchirer de plus belle ses ailes.

La queue plomba le sol, matraquant le quartier, déviergeant le village de ses habitations, tandis que le cou saillant et musclé de la bête s'arquait. Elle était là. La petite puce, la petite tâche, ce cure-dent ambulant. Sous son torse, plantant ses bras comme de vulgaires ailes de papillons.
Ses yeux clignèrent un bref instant sous le grondement de sa gorge, qui semblait devenir incandescente. Il allait la brûler. La disloquer. La réduire en un tas de cendre, pathétique et fébrile, comme toutes vies qui passaient entre ses griffes.

Et alors qu'il ouvrait une large gueule, elle projeta sa lance.

Le rugissement fit vrombir l'air, tandis qu'il s'arrachait au sol et à ses enclaves d'un geste violent, puissant, fou. La vouivre, hurlante, s'éleva un bref instant, crachant un monticule d'horreur et de braise dans les hauteurs. Ses pattes tambourinèrent le sol à l'aveugle, tandis que fuyait la pouliche, esquivant tant bien que mal le flot incendiaire qui jaillissait de toute part.
Les os ne fondaient pas. C'était une caractéristique que Reverse appréciait dans cette magie. Plantée dans le palais monstrueux, la lance resterait là malgré le feu et les cendres. Incapable de refermer sa gueule, ses crocs ne seraient plus une menace, et sa faim un cauchemar tristement vrai.

Les ailes trouées, déchirées, elle battit tant bien que mal pour s'élever, se posant finalement, et avec difficulté, sur la façade en débris d'une église. Un nouveau rugissement jaillit de sa gorge, tandis qu'elle cherchait à atteindre de ses griffes l'objet de sa douleur. Nuls doutes qu'elle l'atteindrait. Bien trop intelligente pour se laisser ainsi mourir, elle l'arracherait, qu'importe la souffrance et le flux sanguin qui en découleraient.

Mais cela prendrait du temps.
Juste assez pour que la population soit à l'abri d'une attaque, et puisse se cacher.

Enfin.
Ça, c'était en théorie.

Car de la masse grouillante qui filait vers les caves, elle plongea. De ses ailes d'or et de sang, de ses serres, elle laboura les flancs, attrapant, déchiquetant les paysans à sa portée. Et quand enfin, elle en saisit un, elle remonta d'un bref accoue, délaissant le village à sa torpeur et à ses pleurs.

Elle n'avait pas attendue.
La vouivre n'avait pas attendue, préférant se saisir de son déjeuner avant de régler son problème de lance. Préférant sauvegarder son repas, quitte à le manger bien plus tard quand le dard d'os serait tombé.

Bien trop intelligente pour se laisser mourir ainsi.
Cette blague.


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MessageSujet: Re: Rathalos - Mission.   Dim 19 Juil - 10:55




Le silence régna sur les ruines du village. De la grande place, il n'y avait plus que des débris, l'eau d'une fontaine brisée coulant, emportant la déchéance dans les égouts. Des hauts bâtiments anglais, poutres en feu et crépis efflanqué à terre. Des vitrines, des restes de mannequins et de tissus souffrant de la poussière. Peu à peu, les citadins sortirent de leur cache, non sans précaution, dardant leur regard inquiet sur les environs et les hauts cieux désormais clairs de menace. Les gardes s'entre-aidèrent, réveillant les comateux et apportant soins et soutien aux rescapés, tandis que tous se questionnaient, se pleuraient. On se comptait, on se remarquait, on s'enlaçait comme n'importe quelle population faisait dans ce genre de catastrophe. L'unité était redevenue sa définition même.

Il fallut plusieurs minutes pour qu'on s'interpelle enfin de la disparition de l'un des leurs, que la colère gronde, que les larmes se fassent plus grosses encore. Ça aussi, c'était typique des nations. Du bas peuple. L'on pointait du doigt la menace, mais personne n'osait s'y opposer. L'on hurlait sur les complots, les erreurs, mais pas un ne s'avançait pour les réparer. Comme des escargots bavant les uns sur les autres, rentrant dans leur coquille au moindre danger.

Pitoyable.

- Mademoiselle !

Vraiment. Pitoyable.
Elle détourna le regard des soldats qui s'avançaient vers elle, visiblement eberlués.

- Vous... Vous allez bien ? Je veux dire, s'empressa t'il d'ajouter, vous avez fait face à ce monstre.

Un léger rire prit l'un d'entre eux, qui continua le phrasé de son collègue, souriant comme un enfant face à son héros d'enfance.

- Ouais. C'était. Ah. Bordel. J'ai jamais vu ça de ma vie.
- Va chier.

Le silence se réinstalla, pesant, gênant. Comme une réponse erronée à ce qui se voulait être un compliment, la femelle battit l'air de sa queue avant de faire demi-tour, les pattes encore tremblantes d'adrénaline.

- Non attendez !
- Nous avons besoin d'aide. Quelqu'un a été enlevé !

Et pour seule réponse, son regard les fit à nouveau taire, stoppant net leur marche. Besoin d'aide. Pfah. Foutaises. Tout le monde en avait besoin. Elle la première. Les habitants en avaient besoin, pour se reconstruire ; le village en avait besoin, pour se reconstruire ; le royaume en avait besoin, pour se reconstruire. Tout le monde en avait besoin. Et si le sacrifice du misérable paysan tenait a distance la wyverne, le temps qu'elle disparaisse, alors soit. Elle n'allait pas mettre sa propre vie en danger pour un cadavre, une tâche d'encre dans l'histoire d'un royaume qui n'était pas sien.

- Avec ce que vous lui avez mit, elle va revenir plus terrible que jamais vous savez...
- C'est pas mon problème, trancha t-elle.
- Vous n'êtes pas du village, je me trompe ?
- C'est pas ton problème.

D'un geste désinvolte, elle shoota les quelques débris qui recouvraient sa table, devant les flammes d'un restaurant en déroute. Bordel. Elle n'avait eu le temps que de finir son entrée. Pas de plat principal ni de dessert pour cette fois. Comme d'habitude, en fait. Enfin, au moins, elle n'aurait pas à payer. C'était toujours ça de prit.

- Combien prenez vous ? Nous avons de l'or et des pierres précieuses.
- Je ne suis pas une mercenaire. Je n'échange pas ma vie contre de l'or, pour quelques gueux.

Sa voix, dure, ne semblait pourtant pas mettre à mal l'optimisme des deux gardes, campés sur les pattes dont l'armure s'était en partie arrachée. Ils étaient piégés, de toute façon. Envoyer une missive à Cadance prendrait du temps. Une réponse encore plus. Sans compter sur la probabilité qu'une telle affaire, en temps de guerre, ne soit que de seconde classe pour sa majesté. La wyverne aurait tout son temps pour revenir et mettre de nouveau a mal les environs. Elle était leur seul espoir apparemment. Et Reverse haïssait ce poids soudain sur ses épaules, ces regards emplit d'espoir, ces paroles enchantées qui se devaient de donner courage et honneur aux plus braves.

Reverse n'était pas brave.
Ni honnête. Ni plaisante.

Elle n'agissait que pour sa propre vie, sous ses propres règles. Sombra l'avait bien compris, lui-même n'ayant aucune emprise sur la nécromancienne.

- Écoutez, lâcha t'elle finalement. J'ai aucune raison de risquer ma vie encore une fois. C'est pas mon travail. C'est le vôtre.

Ils se regardèrent, inquiets, presque attristés d'une telle réaction. Probablement que n'importe qui dans ce royaume aurait accepté avec joie d'aller se faire tailler en pièce par une wyverne faisant trois fois sa taille, ou aurait au moins hésité, invoquant une quelconque raison, même fausse, pour ne pas y aller. Mais de toute évidence, une réponse aussi sèche, aussi cruelle n'était pas une habitude ici-bas.

- Qu'est-ce que vous voulez alors ? Pas d'or, pas de rubis... De la nourriture peut-être, un logis, un-
- Je. Ne suis pas. Un mercenaire.

Chaque mot avait sonné comme une menace, une insulte, claquant sa langue contre ses dents, donnant un sens tout autre à la menace qu'elle pouvait être.

- Plutôt que de discuter, vous devriez être en route pour libérer ce.. malheureux.
- Vous êtes une nécromancienne non ?

La vivacité de sa question laissa un court silence entre eux, surpris, méfiant d'une telle avance. Les nécromants n'avaient jamais été de bon augure, la mort étant taboue, laide, impropre à la vie bien heureuse des basses gentes. Et il semblait avoir remarqué son air inquiet.

- Je vous ai vu avec vos … pieu en os. C'est pas vraiment commun pour un simple mage, argumenta t'il. Alors soit vous en aviez dans votre poche, soit c'est de la nécromancie.
- Peut-être, oui...

Il fit alors un pas en avant, presque satisfait de ce demi-aveu.

- On peut vous donner des armes, des armures pour mages ; mais aussi de quoi faire des potions ou tout autres trucs de nécromant.
- Marc ! Interpella son collègue d'un coup d'épaule.
- On a besoin d'elle bordel. Je m'en fout de savoir que c'est du matos saisit, si ça peut la faire changer d'avis je lui donne volontiers !

Il redirigea ses yeux d'ambre vers la femelle, trahissant de son sourire son intérêt soudain.

- ... Quel genre de matos ?
- Des dagues, des fioles, des faucilles je crois, cita t-il. Des sortes de tuniques aussi. Des bottes. Des bandages. Pleins de trucs. En tout cas, assez pour vous équiper en conséquence. Et qui vaut certainement bien plus qu'une bourse d'or.
- … et niveau nourriture ?
- Prenez tout ce que vous pourrez emporter. Mais débarrassez-nous de cette merde volante.




Ce n'était pas vraiment l'idée qu'elle s'était faite d'un nid de wyverne. Plutôt bas perché sur la montagne, fait d'os et de lambeaux de peau, il y avait là de quoi faire un cimetière de tous animaux. En fait, à y regarder de plus près, l'on aurait pu croire qu'un simple oiseau, de grande envergure cependant, aurait nidifié ici, dans le style le plus macabre qu'il soit. Pas dans une grotte, pas dans un volcan, endormi ou non. Juste posé là, sur un pic rocheux, à la vue de tous. Probablement pensait-elle que sa réputation de demi-dragon  ferait fuir les éventuels pillards et tenanciers. Après tout, personne n'était assez fou pour se frayer un chemin jusqu'aux hautes roches et se retrouver nez à nez avec son immensité sauvage. Personne.
Pas même cette tâche en contre-bas, de noir et d'or.

Elle avait mis plusieurs heures à rejoindre la piste du nord menant aux pics enneigés, se contentant de marcher pour y préverser son énergie. Cette mission suicide n'était pas de son goût, mais l'appât du gain était devenu trop brillant pour qu'elle puisse fermer les yeux. L'idée, bien sûr, de fuir avec son équipement et sa besace emplie de nourriture, lui avait traversé l'esprit. C'était, d'ailleurs, la pensée principale qui avait mené à l'acceptation du contrat. Mais le fait de pouvoir défoncer une wyverne, déjà bien écharpée par ses soins, de se venger, de s'inviter dans son nid comme elle s'était incrustée au village, lui plaisait bien trop pour fuir aussi lâchement. Et puis, les écailles, les crocs, la poudre de corne ou même le venin était des ingrédients rares et couteux.

Cette mission avait donc bien des intérêts.
Il était dommage qu'une vouivre en soit la cible.

Vouivre qui, de par ses feulements incessants, avait repéré cette intruse, dardant son regard incandescent sur la jument qu'elle ne reconnut de toute évidence pas. Certainement trop faible pour s'envoler de nouveau, au vu des blessures récemment subies, elle ne se jeta pas, comme n'importe quel monstre aurait fait, sur la nécromante, se contentant de la jauger, de l'intimider de sa gueule béante emplie de dents et d'une lance, solidement incrustée en son palais.
Ni le feu, ni les serres n'avaient réussi à l'en libérer, l'empêchant alors de manger.

Par conséquent, sa piètre victime se devait d'être encore en vie.
C'était toujours ça de gagner sur sa prime.

Agaillardie par la faiblesse de son adversaire, Reverse entreprit, avec prudence, de gravir la dizaine de mètre qui la séparait de sa cible. Aucun chemin ne menant au nid, et la pente étant trop raide pour ses sabots -et sa force de ravioli vapeur-, elle incanta quelques mots, probables anciens psaumes, qui firent jaillirent des os, semblables à des épieux, des murs, créant ainsi un escalier de fortune. Pas à pas, le regard toujours braqué sur l'immonde reptile qui feulait, émettant parfois quelques braises menaçantes, elle le monta, non sans trembler de par la fragilité du monument. A bien des reprises, la bête feinta de s'envoler, mais de l'état de ses ailes, il n'y eut que quelques misérables tentatives. S'en suivi alors un concerto de grondements, de flammèches désabusées par la fatigue et la douleur, de raclements et de fouet cinglant l'air. Ce ne fut qu'une fois la pouliche à sa hauteur, campée sur ses quatre fragiles pattes, qu'elle réalisa la menace que la nécromante pouvait être. Ou plutôt, avait été. Et était toujours.

Le jeu des regards, des menaces invisibles et des souffles colériques les gagna toutes deux, roulant des muscles, de grondements et des feintes. Mais personne, et encore moins le terrestre collé aux parois osseuses, ne semblait vouloir agir. Comme si toutes deux ne désiraient qu'un peu de paix. L'une de par sa blessure, l'obligeant à garder la gueule entre ouverte, la gorge sèche, la langue pendante ; l'autre via sa constitution naturelle, son simple statut de poney aux relents magiques.

Un pas de côté fut fait, puis un deuxième, dans le silence et la tension la plus parfaite, plongeant la scène en dehors de la réalité Equestrienne.

- Vous pouvez bouger ? chuchota t-elle à la proie tremblante.

Il acquiesça d'un bref mouvement de tête. Parfait. Il pourrait donc fuir pendant qu'elle s'occuperait de la wyverne. Quel merveilleux plan, n'est-il pas ? Se faire défoncer le graillon par un sac à main ailé. Le monde était décidément bien fait. Surtout quand l'ennemi comprenait, par un quelconque éclair de génie, l'idée.
D'un geste vif, sa queue cingla le torse de la nécromancienne, l'envoyant s'étaler contre la paroi osseuse du nid, toussant, crachant l'air ensanglanté de ses poumons. La vision encore trouble, elle tenta de se lever, non sans mal, sous l’œil impérieux de la vouivre royale. De toute évidence, elle l'avait reconnu comme son agresseur légitime, celle qui l'avait condamné à la faim et la soif de par sa lance. Et il était hors de question qu'elle s'en sorte impunément.
Son aile, dont le trou déchirait une partie de la membrane, s'écrasa à l'endroit où se trouvait la femelle d'obsidienne. Ou plutôt, là où elle aurait dû être, quelques secondes avant. Grondante, elle la chercha du regard, espérant qu'elle puisse avoir roulé non loin, en vain. La nécromancienne était introuvable. Et l'idée même ne regarder sous les cocons d'os nouvellement formés ne brilla pas à ses yeux ardents.

Nouveau rugissement, colérique, puissant, vibrant dans la montagne en un écho infini. Elle se retourna alors vers sa proie, cherchant un exutoire à sa déchéance, qui, bien heureusement pour elle, n'avait pas bougé. Toujours aussi tremblant sur ses pattes blanchâtres, le regard terrifié, la bouche en un rictus déplaisant, le poney terrestre avait l'attitude d'un lapin face à un camion, admirant non sans crainte les phrases s'approchant de son corps frêle.
A la seule différence qu'un autre lièvre ne sautait jamais sur la carcasse métallique. Et encore moins un lièvre armé d'une lance d'os dans la gueule.

De ses pouvoirs élémentaires, elle embrasa son arme, cherchant le meilleur point d'impact sur ce dos plaqué de cuivre. Le moyen le plus sûr, le plus rapide, pour en finir aurait été de viser la poche de gaz, permettant à ce monstre de cracher sa langue infernale. Mais le peu de connaissance anatomique de la femelle lui fit défaut, et d'un accoue hasardeux, elle empala -tout du moins, elle espérait-, l'épaule droite de la vouivre qui rugit de nouveau de douleur. D'un sursaut, tel un cabris, elle arqua son puissant corps, bandant ses muscles, fouettant l'air de sa gueule entre ouverte, de sa queue au venin mortel, obligeant la nécromancienne à s'accrocher au harpon d'os. Véritable tauromachie, il fallut plusieurs secondes, intenses, violentes, avant que la bête ne se calme, cherchant de son aile indemne, de ses yeux, de ses crocs, de son fouet caudal, le misérable parasite domiciliant sur ses omoplates.

- Envoyez moi des os, n'importe quoi, hurla t'elle au paysan.

Et tandis qu'il cherchait, envoyant toutes choses lui tombant sous le sabot, la femelle s'accrocha de plus belle au soudain braquement, virage, angle improbable que prenait le reptile pour parvenir à ses fins. Manquant de souplesse, un membre antérieur sous la contrainte, il lui semblait impossible de l'attraper, comme un chat cherchant une puce logée sur sa nuque. Les tibias et les crânes rebondissant sur son armure de plaque n'avaient rien pour arranger son énervement, si bien que, résignée, elle détourna son attention sur le petit plaisantin, crachant son humeur sur lui.

Mais avant que ses griffes ne puissent s'approcher de la chair fraîche qu'on lui offrait, une nouvelle douleur foudroya la bête. D'un tibia en partie mâchonné, elle en avait fait un épieu. Petit, mais revêche, sa force d'impact traversa à nouveau les muscles puissants de la vouivre, blessant son autre épaule en un sauvage hurlement.

Ondulant son corps en de violents gestes, paniquée, la bête ne cessait de cabrer, de se lever, d'étendre au loin sa gorge pour rugir de plus belle, fouettant l'air de sa queue, inutile. Accrochée aux armes, elles-mêmes incrustées dans la chair, l'écharpe d'ombre n'était pas prête à laisser tomber sa maîtresse, serrant si fort qu'elle s'effilocha aux jointures. Mais qu'importe. Le paysan s'était reculé en dehors du nid, non sans mal, ne cessant d'envoyer, quand il le pouvait, quelques os, indiffèrent a leur précédent propriétaire. Les attraper était plus délicat, malmenée sur la crête écailleuse comme un hochet d'enfant. Mais quand enfin elle y parvint, elle n'hésita pas sur son point d'impact. A vrai dire, n'importe quel morceau pouvait faire l'affaire désormais.

Sa nouvelle arme plongea dans les méandres ensanglantés de la vouivre, proche de sa colonne vertébrale, lâchant un gargouillis immonde.

La haine, la douleur, palpable, fit raidir les muscles de la monstruosité ailée, qui, usant du tout pour le tout, se jeta en arrière, écrasant son échine contre les parois du nid. Et si les lances se plantèrent plus profond encore, exhumant un énième râle d'agonie, Reverse, elle, fut expulsée, écrasée, malmenée par la violence de l'action et le poids de l'animal. Brisée, toussant sang et mucus, son corps semblait refuser de se relever, paralysé par la douleur soudaine, foudroyante.

La vouivre, elle, fit gestes et saccades pour reprendre une posture plus noble, écumant de rage et de fatigue, haletant, crachant les fluides de ses poumons et de sa gueule, comme un dernier sermon envers elle-même.

Le silence s'était installé autour de la nécromancienne. Ou peut-être ne pouvait-elle plus entendre les grondements de satisfaction de son ennemie. Sa vue, à vrai dire, semblait floue, pâle, comme un voile indiffèrent de la situation ; son corps vibrait à peine de spasmes, la laissant contempler l'horreur de la gueule béante qui s'ouvrait face à elle. Le souffle chaud, emplie de soufre et de fer, vint lui arracher un sentiment de dégout, mais elle ne fit rien pour le retenir ou y échapper. Elle était fatiguée. Juste, fatiguée.
Les crocs déjà luisant s'entre-ouvrirent de plus belle, dévoilant une gorge rougeoyante d'un feu proche. Incapable de refermer ses terribles mâchoires sur sa nouvelle proie, elle allait l'incendier, la carboniser, la réduire en un tas de cendre qu'elle soufflerait comme la poussière, le nuisible qu'elle était.

Alors, c'était comme ça qu'elle allait partir ?
Brûlée vive par une wyverne ?
Après tout ça, toutes ces batailles ?

Non.
Non. Impossible. Elle ne pouvait pas. Pas elle. Pas.

Mais pourquoi ? Pourquoi elle, la nécromancienne, ne pouvait-elle pas mourir ? Pourquoi ? N'était-ce pas un cycle tragique et égalitaire ? Touchant de la plèbe à la royauté, sans distinction de race ou de genre ?
Alors pourquoi. Pourquoi.

Ce fut comme un choc électrique, une pensée tardive, alarmiste.
De son écharpe effilochée, elle saisit un os. Un unique os.
De sa magie, de sa rage, elle en puisa la source même, taillant, sculptant en une arme mortelle la dernière des lances, forgeant sa pointe de flammes irisées, alimentaient par sa seule soif de vie.
Elle la lança. Tandis que la gorge de la vouivre se contenait d'un feu rougeoyant, elle la lança.

Et quelque chose explosa.

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MessageSujet: Re: Rathalos - Mission.   Dim 19 Juil - 13:27




Le silence.
Le noir.
Le froid.

Elle ne savait pas. Elle ne savait rien. Il lui semblait qu'elle flottait, mais quelque chose lui bloquait la vue, l'empêchant de respirer, de bouger, comme un lourd voile sur son corps. Alors elle attendit. Elle attendit, encore, toujours, écoutant les quelques voix qui lui parvenaient. Parfois des rires, parfois des soupirs, des mots complexes dans une langue qui lui était inconnue. On l'appelait. Quelque part, au fond de ses pensées, on l'appelait. Mais bloquée, paralysée par son propre poids, elle n'osa bouger, comme terrifier de l'inconnu qui l'entourait. Le temps lui-même n'étais qu'une notion abstraite dans le Néant qu'elle habitait, une pensée tardive dans le noir, comme la lumière dans les ténèbres. Inexistant. Une perception, une idée, une notion dans ce qui semblait être le commencement d'un esprit, le commencement d'un Soi.
Combien de temps plongée dans ce chaos, dans cette étouffante velum, ne bougeant que brièvement ce qui lui semblait être un monceaux de son être. Une extension de cet esprit curieux, tel un réceptacle étroit et accablant. Une masse, un fardeau, emprisonnant sa liberté, l'empêchant d'aller aux confins du noir, dans les plus vastes histoire des rêves.

On l'appelait. Au loin, on l'appelait. Comme un écho vrombissant, déchirant sa chair en une douleur aiguë. Comme une morsure glaciale qui emplit soudainement son corps.

Et soudain, la lumière.
Et soudain, la libération.

Et soudain, la Vie.

- Vous allez bien ?

Ses yeux s'entre-ouvrirent, jusqu'à s'habituer à cette nouvelle couleur, cette clarté soudaine et chaleureuse. Son souffle, faible, saccadé, devait peu à peu régulier, léger, satisfaisant ses pensées, ses muscles, jusqu'à enfin pouvoir se relever. Là, devant elle, le paysan la regardait, inquiet, pansant ses plaies de sa chemise de coton.

- Sacrée attaque dites donc.

Flou.
Souvenir.
Juste un éclair blanc enflammé dans une gueule démoniaque. Un souffle chaud, crispant, bloquant ses poumons. Une étoile de lumière lui brulant la peau. Un bruit. Sourd. Et pourtant lointain. Le silence et la moue douloureuse qu'elle fit obligea le terrestre à s'expliquer, un bref sourire condescendant aux lèvres.

- Votre truc de feu là. Bah, ça a mal réagit avec le gaz de la vouivre. Ça a pété d'un coup, BLAM ! Exagéra t'il de ses bras. La bestiole s'est écroulée juste après, et j'crois bien qu'elle est morte.

Elle scruta les environs, remarquant enfin qu'elle était a plusieurs mètres du nid. Le corps, comme endormi, du monstre, gisait a l'intérieur, criblé d'os et de sang.

- Vous avez été soufflée, et j'ai bien cru que vous alliez mourir vous aussi. Mais... Il tâta la pseudo armure que la femelle portait. Ça vous a bien protégé.

A nouveau, son regard bleu roy se posa sur son torse. La veste, dont le tissu lui était inconnue, offerte par les gardes était en lambeaux. Probablement avait elle absorbée le surplus d'énergie de l'explosion, du feu et des accoues du monstre, protégeant la vie de la maigre femelle.
A vrai dire, sa besace emplie de nourriture était elle-même éventrée, répandant son contenu de ci de là en une bouillie peu ragoutante. Son écharpe était bonne pour une séance de couture, véritable torchon, quant à sa veste volée il y a peu à un faible mage noir, elle avait tenu bon dans son sac, quoique enduite de diverses confitures. Seule sa nouvelle dague était impeccable, luisant dans son fourreau de cuir, comme colérique de ne pas avoir été utilisée.

- Vous pouvez vous lever ?

Elle tenta, oscillant d'abord, prenant appui sur le mâle, avant, qu'enfin, ses pattes ne la soutiennent totalement. Visiblement, elle n'avait rien de cassé, mais son corps était recouvert d'écorchures, enduisant son pelage d'un mélange de sang et de bile draconienne, de douleur et de crampes. Sa tête elle-même était lacérée par la vive douleur, par la lumière et les bruits, tel un lendemain de beuverie.

- On va trouver un clerc au village, vous le méritez bien.
- Je. Je ne retourne pas la-bas.

Léger silence. Surprise. Regard atterré.

- Mais.
- J'ai des choses à faire, coupa t'elle.

Moue inquiète, puis, résignée, comme un enfant sachant pertinemment qu'il n'aurait pas gain de cause. Après tout, lui même n'était pas en état d'user de la force, et au vu du combat que la nécromancienne avait remporté, il n'avait aucune chance. Pragmatique, il se recula.

- Très bien. Merci. Pour. Pour m'avoir sauvé la vie.
- Ouais.

Reverse n'avait jamais été douée pour les adieux. Ni pour les compliments ou remerciements. Et de son état, son esprit était afféré a bien des choses qu'à la politesse des bas peuples. Alors, d'un bref mouvement de tête, elle redescendit par son escalier d'os, titubant tant bien que mal vers ce qu'elle pensait être le chemin de sa nation.

C'était tout ce qu'elle pouvait faire.
Et c'était déjà beaucoup.

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